Les Français sont-ils « heureux d’être cocus » !??

La nouvelle carte nationale d’identité bilingue ou l’aliénation identitaire par Charles X. Durand

Les autorités de notre pays veulent faire de la France un pays bilingue français-anglais et qu’elles ont fait allégeance à une entité supranationale de tutelle, l’UE pour ne pas la nommer, qui, au fil des ans, a été totalement infiltrée par les intérêts et les groupes de pression étatsuniens.

Le projet de carte nationale d’identité bilingue parait être une mauvaise plaisanterie au moment de la traditionnelle semaine de la Francophonie. Comme son nom l’indique, la carte nationale d’identité est en tout premier lieu un document à usage interne à la nation. Le passeport, quant à lui, est un document destiné à franchir les frontières et qui est traditionnellement rédigé dans plusieurs langues. Certes, la carte d’identité nationale est, en principe, acceptée comme preuve d’identité par la police des frontières des pays de l’UE à l’extérieur de la France. Toutefois, nul n’a besoin d’une traduction anglaise pour un document totalement standardisé. N’importe quel douanier à la vue basse saura repérer le numéro de la carte ainsi que nom, prénom et date de naissance de celui ou celle pour laquelle elle a été émise, bien évidemment. De plus, des systèmes informatisés de reconnaissance automatique sont en mesure de confirmer ou d’infirmer instantanément l’authenticité de la carte.

A priori donc, une traduction en anglais ou dans une quelconque autre langue que le français ne sert à rien. Cependant, le but de la présence de l’anglais n’est certainement pas utilitaire. Il souligne le fait que les autorités de notre pays veulent faire de la France un pays bilingue français-anglais et qu’elles ont fait allégeance à une entité supranationale de tutelle, l’UE pour ne pas la nommer, qui, au fil des ans, a été totalement infiltrée par les intérêts et les groupes de pression étatsuniens.

Dans le droit fil des tentatives, désormais courantes, de nous faire croire aux prophéties incantatoires des mondialistes, on nous rétorquera que le nouveau format bilingue de notre carte nationale d’identité correspond à l’évolution du monde actuel et que les grincheux ne sont que des nostalgiques de temps révolus. Vraiment ? Il convient ici de regarder derrière les coulisses…

Il y a toutefois d’autres arguments massue, à savoir que l’anglais serait devenu, par le plus grand des hasards bien sûr, la langue internationale du monde, un espéranto des temps modernes, en prenant exemple sur le latin qui aurait prétendument servi de « lingua franca » à partir du haut moyen âge jusqu’à la Renaissance. Nos soi-disant élites, dans leur ignorance, ne prônent plus la connaissance des langues étrangères mais, exclusivement, le bilinguisme français-anglais, sans se rendre compte qu’il pourrait éventuellement aboutir au bilinguisme anglais ß français ou même au monolinguisme anglais, puissant outil d’asservissement, comme nous allons le voir.

Ce n’est pas la première fois que nous payons, par le biais de nos impôts, pour accélérer le processus d’abandon de notre propre idiome. Comme n’importe quel enseignant/chercheur peut le constater depuis de nombreuses années, l’Agence NATIONALE de la recherche (ANR) impose l’anglais comme langue de rédaction des demandes d’octroi de recherche  sous le prétexte fallacieux que les évaluations peuvent être faites par des non francophones du fait que les quelques 524 millions de francophones[1] recensés dans le monde ne sont probablement pas suffisants pour couvrir toutes les disciplines ! Grâce à l’Union européenne, peu de gens savent que leurs impôts servent même à financer dans les pays membres de l’OIF[2] des projets de recherche et de développement exclusivement en anglais ! Décidément, les Français doivent être heureux d’être cocus !

« Lingua franca », le mot est lâché mais de quoi s’agissait-il au juste ? Un sabir, accessible à tous, basé sur la langue des Francs, et teinté d’arabe et de turc pour des besoins de communication orale élémentaire en Méditerranée orientale à l’époque des croisades et qui, dans une certaine mesure, pourrait se comparer, par sa pauvreté syntaxique et grammaticale, à l’anglais d’aéroport qui est pratiqué un peu partout en Europe et en Asie orientale. « Bon », dirons les zélés du tout anglais, « mais nous avons eu le latin qui nous permettait à tous de se comprendre ? » Hélas, non ! L’usage du latin au Moyen Age n’atteint pas les classes populaires qui pratiquent les dialectes et patois régionaux, le latin étant l’apanage des lettrés exclusivement. On écrit en latin car il est censé faire le lien entre les chrétiens et qu’on accorde une extrême importance à la beauté et à la richesse de la langue. Les scientifiques qui, à l’époque, sont nécessairement aussi des lettrés qui ont étudié la plupart des disciplines, ont lu et étudié les grands auteurs de l’Antiquité classique afin de s’en approprier toutes les ressources d’autant que les langues des nations en devenir n’ont pas encore reçu leurs lettres de noblesse pour une communication de haut niveau. On observera que, dès que les langues vernaculaires deviennent langues officielles sur les territoires où elles sont pratiquées, la rédaction affinée des œuvres littéraires et scientifiques basculera inéluctablement vers les langues maternelles de leurs auteurs…

Alors, l’anglais est-il l’espéranto des temps modernes ? Encore moins ! En effet, l’espéranto est une langue totalement synthétique dans laquelle exceptions et irrégularités n’existent pas et qui se maîtrise en un temps qui ne constitue qu’une faible fraction[3] de celui qu’il faut pour maîtriser l’anglais qui est bourré d’expressions idiomatiques et d’irrégularités orthographiques et phonétiques !

Venons-en au bilinguisme. Le bilinguisme est à distinguer de la diglossie qui est la pratique de basculer d’une langue vers une autre suivant les sujets abordés. Au contraire, le vrai bilingue s’exprime indifféremment dans une langue ou une autre quel que soit le sujet abordé. Une étude faite par la Commission Harmel dans les années 60 en Belgique, sur le bilinguisme, conclut :

« Tout bilinguisme imposé est à condamner. Il détruit le caractère et l’individualité de la communauté. Une communauté entièrement bilingue est vouée à la mort, car elle n’a plus aucune raison, dès lors, de rester bilingue, puisqu’elle peut, en théorie, fonctionner dans les deux langues. L’expérience montre que c’est la langue du plus fort[4], souvent imposée de l’extérieur, vers laquelle une communauté vraiment bilingue finira par basculer inévitablement. C’est bien sûr le peuple qui connaît les deux langues qui finira par ne plus parler la sienne.

De fait, le bilinguisme est une stratégie qui mène à l’assimilation, avec tout ce qu’elle entraîne… »

Nous en avons une illustration particulièrement probante chez nos cousins d’Amérique, les Canadiens français, au cours des dernières décennies. Ce n’est qu’en instituant finalement une politique d’unilinguisme au Québec que le gouvernement de cette province a pu enrayer la marginalisation de sa propre société et assurer sa pérennité[5].

Dans les années 30, Mustapha Kemal (Atatürk) imposa brutalement une réforme du système d’écriture. Le turc s’écrivait autrefois en caractères arabes mais la réforme imposa aux Turcs l’alphabet latin. Le résultat eut pour effet de couper le peuple d’un accès direct à leur patrimoine littéraire antérieur à 1930. Aujourd’hui, l’altération du français que nous pouvons partout observer est de très mauvais augure. Encore une fois, si la barre n’est pas redressée rapidement, les Français pourraient suivre le chemin des Acadiens du Nouveau-Brunswick[6], des Ontariens du nord, des « francophones » de la Nouvelle-Angleterre, voire de ceux de Louisiane, qui parlent un sabir presque inintelligible, truffé de mots anglais dont ils ne connaissent plus la traduction, puisqu’ils ont été presque entièrement coupés de leurs racines ! A l’écrit comme à l’oral, beaucoup de Français de France commencent à donner aussi le triste exemple de cette dégénérescence linguistique qui préfigure leur atrophie mentale ! Celui qui perd sa langue perd sa culture, son identité, et n’est plus capable de se défendre contre les prédateurs. Peut-être est-ce cela que les thuriféraires de Bruxelles ambitionnent mais ils ne se rendent pas compte qu’ils seront les premiers larbins de l’empire avec un strapontin dans les cénacles de ceux qui décideront de leur avenir…

La carte nationale d’identité bilingue est parmi les prémisses de cet avenir qui est presque palpable quand on écoute BFM-WC qui nous parle de « clusters », d’essais « randomisés », ou de sciences «dures » (au lieu de sciences « exactes »)…

Comment ne pas voir, à travers l’actualité récente, que la langue est la cible privilégiée quand on veut étendre son influence ? L’une des premières priorités du nouveau gouvernement ukrainien issu du coup d’Etat soutenu par les Etatsuniens en 2014 fut d’abolir le statut du russe dans l’est du pays. La première priorité de la nouvelle présidente de Moldavie, Maïa Sandu, soutenue par Washington, ne fut-elle pas de remplacer immédiatement l’enseignement du russe comme seconde langue par celui de l’anglais ? Les Etatsuniens ont besoin de milliers de Porochenko, de Iatseniouk et de Saaskachvili ânonnant l’anglais pour asseoir et pérenniser leur influence mais, en France, Dieu merci, nous avons déjà des « young leaders » de la French-American foundation, en les personnes de Nicolas Sarkozy, François Hollande et, Emmanuel Macron, bien entendu !

Avec de tels amis, la France n’a certainement pas besoin d’ennemis ! Tous au « tout anglais » !

Pour commentaires :
Députés de l’Assemblée nationale française : https://www2.assemblee-nationale.fr/deputes/liste/alphabetique
Les Sénateurs : http://www.senat.fr/senateurs/senatl.html


[1] Voir les données publiées par le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone qui explique les différences observées par rapport aux chiffres publiés par l’OIF (l’Organisation Internationale de la Francophonie).

[2] C’est le cas par exemple au Vietnam, au Cambodge et au Laos, actuellement.

[3] Les espérantistes estiment cette fraction entre 10 et 20%, valeur qu’il faut bien entendu moduler en fonction de la langue maternelle de l’apprenant. Il est évident qu’un Japonais ou qu’un Coréen étudiant l’anglais mettra environ 3 fois plus de temps pour maîtriser l’anglais qu’un Européen, par exemple.

[4] Les plus nombreux ou les plus forts économiquement parlant.

[5] Cette politique, depuis Pierre Trudeau, est battue en brèche par le gouvernement fédéral, qui prône le bilinguisme et, pire encore, le multiculturalisme.

[6] L’Acadie occidentale débaptisée après la conquête anglaise de 1760.

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