Andrew Leamy, criminel et assassin ?

1er article d’une série de trois – …le nom de ce criminel et assassin ne mérite pas de se retrouver sur la place publique dans un pays comme le Canada.

«…le nom de ce criminel et assassin ne mérite pas de se retrouver sur la place publique dans un pays comme le Canada. C’est pourquoi nous demandons aux autorités tant municipales, fédérales et du gouvernement du Québec de prendre action en changeant le nom du ruisseau, du parc, de même que celui du lac Leamy pour le nom plus inclusif des… Draveurs »

par Albert LeBeau

La période contemporaine de notre histoire voit tomber de son piédestal tout personnage historique un tant soit peu controversé. Qu’il s’agisse d’un général ou d’un premier ministre, dès qu’un doute s’immisce dans l’esprit d’une partie de la société, l’image qu’on en avait est aussitôt ternie. Bien sûr, il va de soi, en tant que collectif, que nous nous fassions un devoir de faire la lumière sur tout personnage historique non seulement controversé, mais criminel avéré, et de le retirer de « l’espace public ».

Andrew Leamy (1810-1868) est un de ces personnages qui est passé sous le radar de nos historiens de la région de la Capitale Nationale. Ainsi, son nom est resté dans « l’espace public » bien qu’il se soit distingué pendant la plus grande partie de sa vie comme membre puis comme leader notoire des « Shiners », cette effroyable organisation de hooligans criminels. Nous savons maintenant avec certitude que … « Andrew Leamy in his past was head of the Shiners »(1).

En effet, ce jeune homme arrive au pays avec ses parents vers 1826 et ils s’installent à Bytown où il y avait un boom économique; canalisation, mines et foresterie.Vers l’année 1832, le jeune Andrew, décrit comme étant « costaud et agressif », a été recruté par Peter Aylen, le « King des Shiners », pour faire partie de cette organisation criminelle. Cette dernière(2) sème la terreur; intimide, brutalise, vandalise, vole, met littéralement à feu et à sang, allant même parfois jusqu’à tuer d’honnêtes citoyens et travailleurs qui s’opposent à eux et à leur insatiable appât du gain(3).

En 1835, Andrew Leamy (25 ans) prit pour épouse Erexina Wright (15 ans), la petite-fille du patriarche Philemon Wright. Erexina apporte comme dot une partie de la première propriété de son grand-père, la Gatteno Farm; un 225 hectares qui comprenait le petit étang «Columbia Pond»,plus connu aujourd’hui sous le nom de « Leamy Lake ». En cette même année 1835, Andrew est l’instigateur de troubles et d’intimidations envers un pasteur et ses ouailles pour une simple question de nouvelle doctrine religieuse qui commençait à prendre racine et qui dérangeait certains leader de Wright’s Town (Hull).

Leamy - Notice John BurtonEn 1837, Peter Aylen, Leamy et leurs « Shiners » font irruption et sèment la pagaille lors d’une réunion du conseil du canton de Nepean et tentent ensuite d’assassiner James Johnson qui les avaient dénoncé. En février 1845, Leamy tue violemment à coups de poing un jeune Écossais du nom de McCrea… pour une bête histoire de la possession d’une rame. Andrew Leamy, un leader des « Shiners », était tellement craint dans la région de Bytown que, dans un premier temps, cet incident ne fut publié que dans un journal de Kingston. Il fallut attendre trois mois pour qu’on en parle dans un journal de Bytown. L’assassin Leamy n’a jamais été inquiété ni subi de procès (dans la région) pour ce meurtre crapuleux puisque, sans parler du fait que personne n’aurait osé témoigner contre lui, les autorités policières et judiciaires les plus rapprochées étaient situées à Perth, en Ontario, soit à 82 kilomètres de Bytown.

Le lundi 9 septembre 1849, le gouverneur général Elgin s’est vu dans l’obligation de faire intervenir l’armée lors du fameux « Stony Monday Riot » car Andrew Leamy, avec environ 200 de ses « Shiners  »… cela peut sembler difficile à croire, voulait traversé le pont Sappers sur le canal Rideau et se servir de canons « 3-pounders » pour régler un différend dans la basse-ville de Bytown.

C’est en 1851 que nous avons vraiment la pleine mesure de la personnalité d’Andrew Leamy. Dans ses activités en tant que futur industriel(4), on se rend compte à quel point il exploitait ses travailleurs, même lorsque ceux-ci quittaient leur emploi de plein gré. En effet, le 7 avril 1851, un certain John Burton quitte son emploi mal rémunéré et très dangereux et le 3 juin suivant, Jean-Baptiste Baudoin (23 ans) fait de même. Comme mesure de rétorsion, Leamy place une annonce dans le journal local, le « Ottawa Daily Citizen »(5), où il met en garde quiconque offrira un emploi ou même un gîte à ces deux hommes qu’il lui intentera un procès. Cette annonce a été publiée dans chaque parution du journal jusqu’au 6 janvier 1852, le but évident étant de maintenir sa mainmise et d’intimider sa main-d’œuvre composée de pauvres gens, surtout d’origine irlandaise, qu’il exploitait éhontément.

Force nous est donc de constater que le nom de ce criminel et assassin ne mériterait pas de se retrouver sur la place publique dans un pays comme le Canada. C’est pourquoi nous demandons aux autorités tant municipales, fédérales et du gouvernement du Québec de prendre action en changeant le nom du ruisseau, du parc, de même que celui du lac Leamy pour le nom plus inclusif des … « Draveurs ».(6)

Notes :

  1. Ottawa Gazette 1878 : William Pittman Lett (1819-1892), né à Bytown où il y sera journaliste et historien, et surtout premier secrétaire principal de la nouvelle Ville d’Ottawa.
  2. Quelques autres leaders des « Shiners » de cette époque : Walter Beckwith (1765-1843), Martin ‘Mart’ Hennessy, Bobby Boyle, les sept frères Slavin, sans oublier le fameux Peter Aylen.
  3. Selon le journal « The Brockville Recorder », les Shiners n’étaient rien de moins que des … démons sous forme humaine … « Demons in human shape … ».
  4. La scierie-à-vapeur du lac Leamy n’a été en production à peine plus d’une décennie,1854 / 1867.  
  5. Ottawa Daily Citizen, parutions du 7 avril 1851 et du 3 juin 1851… jusqu’au 6 janvier 1852.
  6. Nous proposons également un concours ouvert au public afin d’approuver un nouveau nom.

2 commentaires

  1. On lit ce qui suit dans La Minerve du 13 août 1846 (page 2) :

    COUR CRIMINELLE

    Jeudi, 6 août 1846.

    La Cour est occupée toute la journée du procès de Andrew Leamy, pour meurtre de McCrae. MM Drummond et Bouchette, conseils du prisonniers.

    Vendredi, 7 août.
    Leamy est de nouveau à la barre; quelques témoins sont interrogés après quoi le jury se retire, et apporte un verdict de non coupable.

    • S’il est non-coupable, pourquoi l’appelle-t-on assassin dans l’article?

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