Concours de poésie « Impératif français » 2018-2019

POÈMES DES LAURÉATS ET LAURÉATES

Poèmes des lauréats du Prix concours de poésie, édition 2019

Mon français, je le vis, je le lis, je l’écris

Trille de Lys par Sylvie Léger

Trille de Lys par Sylvie Léger

J’en ai assez de tenir ma langue ontaroise!
Je la délie à jamais pour la laisser libre.
Avec ses accents graves et aigus, ses « r » roulés et grasseyés,
C’est une langue résiliente qui en a mangé une maudite.
Prise dans une tête de cochon, elle refuse de mourir,
De se laisser abattre par les fusées des bombardiers,
De se laisser happer par un vieux Ford.
Je la revendique cette langue qui évolue au fil du temps,
Qui se plie à la jeunesse, à la diversité, à la technologie.
J’y tiens malgré ceux qui la jugent indigne
Sans savoir combien elle a souffert d’injustices, de discrimination,
De règlements et d’assimilation.
Je l’honore chaque fois que je la parle, que je la transmets à mes enfants,
Que je l’exporte, que je la fais vivre dans les poèmes et les chansons.
Non, je ne la mettrai plus jamais dans ma poche!

Novice par Amine « Sage » Raid

Novice par Amine « Sage » Raid

Je slam les adjectifs les plus objectifs, quand tu qualifies, l’esprit est réceptif
J’adore l’action, la phrase, le verbe. J’en suis devenu pro, je chante des proverbes
Lorsque la bouche est sèche, un verre de Ricard, À la santé de mes potes : ou, et, donc, or, ni,
car
Je préfère « être », c’est moins de faux pas, car moi et « avoir » on ne s’accorde pas
Tous ces vers que nous allumons pour ce tabac de mots que nous fumons
Vivre le présent est un impératif, je le conjugue au 514, c’est mon indicatif
Je suis un novice, calme et humble, avec un penchant pour le passé simple
Un mode avec lequel je veux bien composer, les choses complexes ont des tendances aux vers
dosées
Je sniffe les verbes, j’en ai toute une troupe, le 1er, 2ème et même ceux du 3ème groupe
Ces des bons copains, je les connais comme ma poche, On a déconné en pensant à futur
proche

Je suis un no vice, mais je n’ai pas de « gang », mesdames, on dit que je manie bien la langue
C’est une bonne copine, mais trop sensible, surtout la française, elle est trop susceptible
Pour les détails, j’attends le moment propice, Je vous l’ai déjà dit, moi, je suis un no vice
Je suis un no vice, même si les femmes défilaient, Je la joue rimeur d’élite pour ne pas les
laisser filer
Sur un ton sensuel, fais vaciller le moral, fais vibrer les oreilles de mes cordes vocales
Je la courtise, ensuite je disparais, tourner autour du pot… non, non, je suis trop carré
Elle a ses règles, que cela ne vous déplaise, elle est tellement coquine ma belle langue
française!

La gouverneure par Daniel Leblanc-Poirier

La gouverneure par Daniel Leblanc-Poirier

Quand tu parles notre langue
Ça permet à l’aube de se craquer le cou
Quand je m’étire
Ce que je cherche
C’est une place
Dans le marshmallow
De ta caresse
Être en permission
Dans la vaseline de tes yeux
Quand tu me dévisages
Le pont s’effondre et
On sort du lit
Tu ranges la gouverneure générale
Dans le garage
Ça fait pousser des balles
Dans le champ de baseball

Hymne à la langue française par Alexandre Bergeron

Hymne à la langue française par Alexandre Bergeron

Notre langue est un érable au feuillage épais
Que nos mots nourrissent comme une pluie vernale.
Dans cette forêt qui nous semble si banale
S’affrontent en même temps la guerre et la paix.
Deux cent soixante ans ont épargné par respect
La vie de l’arbre de la menace hivernale ;
Le froid, plus fort que notre espèce végétale,
Tente à présent de souiller son sublime aspect.

Feuille à feuille, le noble feuillu se dénude ;
Mais jamais ne devrait poindre l’inquiétude
Tant que subsiste notre amour pour l’étendard.
Semons, arrosons, fertilisons cet érable
Au moyen de paroles, de rimes et d’art
– Que notre voix te soit à jamais favorable !

Des mots qui lient pour toi qui ères par Myriam Favre

Des mots qui lient pour toi qui ères par Myriam Favre

Loin sont les âmes qui s’aiment
Existent entre nous tant de frontières
À celles-ci s’ajoute ma Molière
Dont les accords sont le dilemme
Elle n’est pourtant ni farouche ni extrême
Bien que capricieuse dans sa grammaire
L’apprendre semble fardeau, peine voire misère
Alors voici pour toi mon théorème
Tu m’as prend un «s» car ensemble tout est pluriel
Nous allons se prononce lié car je te suivrai, fidèle
Et lorsque j’écris je t’aime il n’y a ni règle ni exception
Seulement l’espoir qu’un jour nous nous retrouvions