EN ANGLETERRE

à LA RECHERCHE DE SES ANCêTRES

par Mario Scott

EN ANGLETERRE, PENDANT PLUSIEURS SIèCLES,
ON PARLE LE FRANçAIS

En effectuant des recherches sur Guillaume 1er (1027-1087), dit le
Conquérant, mon 28ième arrière-grand-père, j’ai été étonné d’apprendre qu’à la
suite de sa Conquête de l’Angleterre, et ce, pendant plusieurs siècles, la
langue des Normands fut parlée dans ce pays. Pays dont la devise est « Dieu et
mon Droit » et celle de leur Ordre très noble de la jarretière; « Honni soit qui
mal y pense ». Et tout cela en français!

Allons voir de plus près ce phénomène intéressant.

PETIT-FILS DE ROLLON LE VIKING

Robert Ragnvaldsson Von Norwegen (860-932 env.), dit Rollon, est le troisième
arrière-grand-père de Guillaume le Conquérant, premier roi d’Angleterre, qui
régna de 1066 à 1087 et septième duc de Normandie, de 1035 à 1087.

Rollon, un roi Viking, était le fils d’un jarl (aristocrate) de Môre, en
Norvège. Son groupe, vraisemblablement composé de Norvégiens et de Danois, a
envahi la Normandie vers le IX ième siècle.

Dès cet instant, le vocabulaire normand est enrichi par la langue viking.

Des noms de cités normandes telles Elbeuf, Honfleur, Caudebec ont tous des
terminaisons de mots d’origine scandinave : -beuf, -fleur, -bec.

Le suffixe « beuf » (du scandinave budh) désigne un « abri ». Ainsi le nom de
la ville de Criquebeuf, sachant que Crique signifie église, veut dire « à l’abri
de l’église ». La ville d’Elbeuf; « à l’abri de la fontaine », Lindebeuf; « à
l’abri des tilleuls »…

Le suffixe « bec » (du scandinave bekkr) signifie « ruisseau ». Le nom de la
ville de Caudebec, veut dire « le froid ruisseau », car « Caude » vient du mot «
kald » qui signifie « froid ». Houlbec, elle, veut dire « le profond ruisseau ».

Finalement, le suffixe « fleur » (du scandinave flar) signifie crique. On
retrouve celui-ci dans le nom des villes normandes de Honfleur ainsi que de
Harfleur.

La langue française a conservé certains termes vikings. Mais aujourd’hui il
ne reste que très peu de mots et quelques noms toponymiques. Il s’agit surtout
de termes de navigation et de pêche : vague (de vagr), marsouin, homard (de
hummarr), babord, tribord… Le scandinave a aussi influencé la langue anglaise.

LA LANGUE D’OÏL : DE L’ANCIEN FRANçAIS

Des Normands, des Bretons, des Picards, des Flamands et des habitants de
l’Ile-de-France, près de 10,000 hommes en tout, accompagnaient Guillaume le
Conquérant en Angleterre.

La plupart d’entre eux étaient des chevaliers, des religieux et des
commerçants. Ils avaient en commun de parler des dialectes de la langue d’oïl.
C’est-à-dire une forme de l’ancien français parlé dans chacune des régions de la
France, issu du latin parlé dans le nord de la Gaule. Le mot « oïl » signifie «
oui » au nord de la Loire. Cependant, « oui » est prononcé « oc » au sud. Il y
avait donc des dialectes différents selon la région.

Ces vainqueurs de la bataille de Hastings, en 1066, importèrent donc leur
culture. Quelque temps après, leurs dialectes combinés au vocabulaire du peuple
soumis, créent une langue anglo-normande qui est utilisée pendant plusieurs
siècles en Angleterre. Un parler qui est un mélange de langues d’origine latine
et germanique. Cette dernière ayant été introduite dans les îles britanniques
par les Saxons et les Angles.

CES MOTS FRANçAIS DANS LE VOCABULAIRE ANGLAIS

Des mots d’origine latine et germanique sont toujours existants dans la
langue anglaise d’aujourd’hui. Par exemple : « challenge » (défi), « pledge »
(gage, pacte), « conquer » (conquérir, de conquerre en ancien
français), « riot » (émeute), de riote, en ancien français également, «
constable
» (fonctionnaire de police), de conestable, toujours de ancien
français.

Le mot « towel » (serviette) provient du mot, en vieux français,
toaille
, « curtain », lui, vient de cortine, encore du
vieux français. Le fameux « tartan » écossais dont le mot vient de
tiretaine
. Le terme « coat » (tunique) provient de cote
(comme la cote de mailles des chevaliers), « beverage » vient du
vieux mot français bevrage, « chair » vient de chaire (un siège à
dossier, dont le mot sera par la suite d’usage ecclésiastique).

« Fame » est un mot en vieux français de cette époque. Il signifie réputation
et a donc la même signification en anglais. Le mot « plenty », qui veut dire
abondance, est issu d’un autre mot en vieux français plenté.

Le mot « mushroom » (champignon) vient du français mousseron.

Bref, des milliers de mots français font donc partie du vocabulaire anglais.

DE LA NORMANDIE ET DE LA PICARDIE

L’anglais a conservé des mots comme castel, candelle,
carpentier
ou carriage qui ont été très peu ou pas du tout
modifiés pour devenir « castel (aussi castle) », « candel », « carpenter » et «
carriage ». On les retrouve dans les écrits en Normandie au Moyen-âge et ils
sont encore utilisés, aujourd’hui, dans les patois normands.

En français d’aujourd’hui, pour certains de ces termes, nous avons ajouté un
« h » après le « c », à ces termes de vieux français, Par exemple pour les mots
chandelle, charpentier…. En fait il s’agit d’un « c » latin, prononcé « ch »
suivi d’un « a ». On le retrouve également dans la traduction du mot « château »
pour « castel », « chariot » pour « carriage »…

D’autres mots en vieux français, avec notre « c » latin suivi d’un « e » ou
d’un « i ». Comme cherise, chisel (ciseau), chive
(cive ou ciboulette), féchon (mode) ont été adaptés par les
anglais en « cherry/cherries », « chives », « chisel », « fashion »… Que dire de
« toast » (griller) qui, en vieux français, est toster. Le latin
aussi a influencé l’anglais : picture (pictura), quiet (quietus)…

D’ORIGINE GERMANIQUE

Le « w » d’origine germanique était trop compliqué à prononcer par les
locuteurs d’oïl. Ils l’ont donc remplacé par un « g ». « Warrant » est ainsi
devenu garant, « wage » est gage, tandis que «
warren » est devenu garenne. Même chose pour « wardrobe » qui
devient garde-robe. Il en est de même de mon patronyme maternel
Guénette
(ou Ganet) qui vient du mot allemand « wano »
(espérance, attente).

Des traductions de l’anglais au français ont aussi une particularité avec ce
« W en G », qui peuvent ne pas être reliées au « w » germanique, mais
intéressantes. Comme « war » pour guerre, et « William » qui se
traduit par Guillaume.

L’INFLUENCE DU NORD-OUEST D’OÏL

Au XI ième siècle les Français prononcent les mots « bourgeois » et « voir »
en burgeis et veeir. Dans les régions de la
Bretagne, du Maine, d’Anjou et de Poitou, on prononce, encore aujourd’hui,
baire
pour « boire », pour « moi ». Alors il ne faut
pas s’étonner si l’anglais a conservé ces formes anciennes de receivre
pour « recevoir », conveier pour « convoyer ».

On dit aussi, dans ces régions : « J’ai pou(r) » pour « J’ai peur », « goule
» pour « gueule ». La langue anglaise a conservé cette prononciation dans
colour, honour, flour, precious…

Pour terminer voici encore des observations particulières de cette influence
française sur la langue anglaise. On dit, en anglais, « solar » pour
solaire, et non « sunar » (du mot sun – soleil). Il en est de même pour
le mot « lunar » (lunaire). On ne dit pas « moonar » (du mot moon
– lune).

Bibliographie : « L’invasion de l’Angleterre – Guillaume le Conquérant »,
Revue Historia (France), édition spéciale, numéro 59, juin 1999. Il y a un
excellent article, intitulé : « La langue anglaise : des milliers de mots
français! » de Catherine Bougy, maître en ancien français et dialectes de
l’université de Caen.

Et si voulez en savoir plus sur Guillaume 1er et nos ancêtres qui nous
relient à lui, je vous invite à consulter mes données généalogiques (contenant
plus de 16,800 personnes), accessibles en 23 langues (cliquez un drapeau), à
cette adresse :


http://www.geneaweb.org/oratio

Une fois sur le site, cliquez sur l’accès « ami » (il n’est pas nécessaire
d’avoir un nom d’utilisateur) et entrez le mot de passe « amo », afin de
pouvoir lire toutes les informations sur les ancêtres. à noter que le logiciel
peut vous donner le lien de parenté entre vous et ces ancêtres.

Source:

Mario Scott, oratio@sympatico.ca

(Le 13 mars 2005)