Lettre ouverte : La controverse Denise Bombardier

Les Francos qui luttent pour conserver leur langue vont continuer de parler français

Dans le contexte de la controverse qu’a créée la déclaration de Mme Bombardier à Radio-Canada selon laquelle les Francophones hors Québec ne s’exprimeraient pas bien en français, j’aimerais lui souligner que ce n’est pas en faisant des remarques malavisées à leur égard que l’on fait avancer la cause des Francophones qui habitent au Canada français ou ailleurs.

À la suite de sa visite dans le pays des Francos, Mme Bombardier a pris conscience à quel point ces gens-là luttent tous les jours pour préserver leur langue maternelle. Ils font preuve d’un grand courage pour arriver à survivre en français dans un milieu hostile à l’épanouissement de leur langue et de leur culture. Heureusement, il existe des établissements et des organismes dans chaque province, dont le mandat est de promouvoir le français et en tant que Québécois membres de la Francophonie internationale et fiers de vivre en français dans le quotidien, nous devons les encourager à continuer en posant des gestes concrets.

C’est précisément ce qu’accomplit le mouvement Impératif français en décernant depuis plusieurs années le Prix d’excellence Lyse-Daniels à des organismes et à des individus d’un bout à l’autre du Canada qui contribuent à créer, à promouvoir et à faire rayonner la culture d’expression française. Cette distinction comprend plusieurs catégories et ne se limite pas au Canada.

Quelques organismes qui ont été primés par le passé sont : Le Festival du Voyageur, au Manitoba, La Nouvelle Scène, en Ontario, la Société de l’Acadie au Nouveau-Brunswick, le Théâtre la Seizième de Vancouver et l’Assemblée communautaire fransaskoise. Plusieurs personnalités qui ont fait leur marque en contribuant au rayonnement de la langue et de la culture d’expression française ont également reçu cet honneur, dont le Président de l’ACFO Prescott et Russel, Jean Poirier, le Sénateur, Jean-Robert Gauthier et le journaliste, Fulgence Charpentier.

En tant qu’ancienne Manitobaine, présidente d’Impératif français au début de sa fondation et coordonnatrice du Prix d’excellence Lyse-Daniels pendant plus de 25 ans, je peux affirmer que les organismes et les personnes à qui nous avons décerné ce Prix accordent une grande importance à l’honneur qui leur est dévolu. Cette reconnaissance encourage ces organismes à continuer de créer et d’assurer la pérennité de la langue française dans leur coin de pays, de hausser leur profil quand vient le temps de demander des subventions et leur donne un sentiment d’une immense fierté pour le travail accompli dans un contexte souvent ultra-francophobe.

N’en déplaise à Mme Bombardier, les Francos qui luttent pour conserver leur langue vont continuer de parler français, si imparfait à ses yeux soit-il, et j’espère que ses remarques ne feront qu’accroître leur combattivité et raviver leur sentiment d’attachement à leur langue maternelle et à leurs racines profondes.

Toutefois, je tiens à remercier Mme Bombardier qui a profité de la tribune de TLMEP pour dénoncer l’iniquité de traitement entre les Francophones hors Québec et les Anglo-Québécois et ainsi, à sa façon, dénoncer 1) le financement fédéral des organismes canadiens qui œuvrent activement au Québec pour l’accélération de son anglicisation et 2) le sous-financement et le manque de ressources de la francophonie et des organismes du Québec et du Canada hors-Québec qui luttent pour ralentir la défrancisation et la francophobie.

La francophonie est aussi sans frontières et comme Québécois, nous avons tout avantage de voir le français, ses artistes, son savoir-faire, ses entreprises se développer et rayonner partout. Nous en avons tous besoin pour résister contre la pensée unique et le tout-à-l’anglais.

Laurette Bergeron
Ancienne présidente du jury du Prix d’excellence Lyse-Daniels d’Impératif français
Ancienne manitobaine et québécoise depuis près de 50 ans.
Gatineau

1 commentaire

  1. Félicitations, chère Laurette, pour ce magnifique texte d’une clarté exceptionnelle et porteur d’une vision essentielle à la marche de toute la Francophonie vers un français de partage, un français coloré aux multiples accents qui raconte l’histoire de femmes et d’hommes qui ont mené tellement de luttes pour conserver ce français. Enfin, merci d’avoir répondu de manière aussi intelligente à Mme Bombardier, elle ne pourra que profiter de ta réflexion.

    Monique Bisson

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