Langue française à l’agonie : faut-il en rire ou en pleurer ?

La risée des anglophones eux-mêmes, de voir jeunes et moins jeunes imiter, par pur snobisme, une langue étrangère dont ils ne connaissent rien, inventant même tous ces ridicules anglicismes qui font hurler aux éclats les gens de la Perfide Albion !
(Philippe Carron, responsable du collectif francophone Langue française, antenne romande)

Quel bonheur de débarquer à Genève, à Lausanne ou ailleurs dans une Suisse romande devenue un véritable espace de non-droit pour le français – et ceci dans un Etat de droit – d’assister à un subtil phénomène d’arrachage de langue qui ne laissera bientôt plus d’une langue française que quelques miettes pour ceux qui croyaient encore en elle !

Les rues romandes, nos institutions et autres organisations ne crient-elles pas désormais leur insolence du haut de leurs accroches à la gloire de l’Oncle Sam, les grandes surfaces ne résonnent-elles pas toutes de cette invariable musique de fond uniformément anglo-américain, et ce au nez et à la barbe d’une population béate d’admiration devant des chimères qui viennent pourtant lui ravir ce qu’elle a de plus cher ?

Quelle joie de constater avec quelle évidente soumission les Romands – à l’instar des Belges et des Français, d’ailleurs – subissent la risée des anglophones eux-mêmes, de voir jeunes et moins jeunes imiter, par pur snobisme, une langue étrangère dont ils ne connaissent rien, inventant même tous ces ridicules anglicismes qui font hurler aux éclats les gens de la Perfide Albion !

Les e-billmaisonning, camping-car, mail, hashtag, podcast, credit card, car wash, et j’en passe, ne sont-ils rien d’autre que des formes de patois de colonisés, une kyrielle de substituts aussi inintelligibles qu’inutiles qui en disent long sur l’absence d’état d’âme de toute une société vouée corps et âme aux élans prédateurs des monstres du numérique ?

Quel plaisir de voir, où que l’on se tourne, cet oubli de soi – pire encore – cette haine de soi, ce désir incoercible de vouloir faire table rase d’une langue française unique dans le paysage linguistique mondial … six pieds sous terre, la trop prestigieuse noble dame, et que l’on n’en parle plus… !

Ne prend-on pas en terre romande pour un signe de supériorité et de prestige ce qui n’est après tout qu’une forme d’asservissement, chacun allant de son insatiable anglomanie pour qualifier sa dernière idée ou sa nouvelle enseigne ?

Quel régal que d’assister à l’inertie de nos élus romands devant la criante « irresponsabilité intellectuelle » qui régit la formation des Registres de commerce cantonaux – leur incapacité à mettre sur pied dans l’urgence des garde-fous contraignants, à l’instar de la loi 101 au Québec ou de la loi Toubon en France. 

N’est-il pas de bon ton, dans les sphères dirigeantes, de chanter les louanges d’une soi-disant cohésion nationale alors qu’une langue étrangère suffit à elle seule pour saper toutes les autres jusque dans leur substantifique moëlle ?

Quel délice enfin de réaliser que les repères syntaxiques et morphologiques du français aient volé en mille éclats alors même que l’on en appelle encore – et avec quelle redoutable désinvolture – à la nécessité de laisser évoluer une langue… qui, elle, n’en peut plus d’agoniser, la preuve étant là rien qu’au sortir de chez soi.

Le dénouement de pareille inconscience sera nul doute des plus amer et le souvenir d’une perte irrémédiable restera à jamais gravé au plus profond de nos âmes. 

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