Entente de partenariat AFO, SANB et QCGN : Une première !!!

Les associations représentant les communautés de langue minoritaire en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick ont signé un protocole d’entente.
PHOTO : RADIO-CANADA / ANTOINE TRÉPANIER

M. Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) – resistance@monassemblee.ca

Je vous écris en réaction au courriel que j’ai reçu de vous annonçant la conclusion d’une entente de partenariat entre l’AFO, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick et le Quebec Community Groups Network.

À mon avis, c’est une erreur stratégique que d’avoir allié l’AFO au Quebec Community Groups Network. L’anglophonie se porte bien au Québec, même très bien. Les institutions anglophones sont protégées par nos lois et, de surcroît, le gouvernement du Canada soutien l’anglophonie par un programme d’apprentissage de l’anglais au Québec spécialement conçu pour les immigrants.

Contrairement à votre allusion à la menace de disparition des institutions anglophones du Québec qui plane sur l’anglophonie, je constate que les institutions anglophones se portent très bien au Québec. Par exemple, les gouvernements du Québec ont légiféré et soutenu la construction du Centre universitaire de santé de l’Université McGill (CUSUM) à coup de milliards de dollars avec les deniers publics de façon disproportionnée au poids démographique des anglophones du Québec.

De plus, le gouvernement du Québec a confié la formation des médecins en Outaouais à l’Université McGill. C’est une avanie faite aux Canadiens-français du Québec que d’octroyer à leurs dépens de tels privilèges aux citoyens anglophones. On est loin de l’égalité entre francophones et anglophones au Québec. Cette inégalité se mesure aussi à l’aune de la bataille acharnée qu’ont dû mener les Canadiens-français de l’Ontario pour conserver la gestion de leur hôpital Montfort, hôpital francophone à Ottawa.

Comme ailleurs au Canada, les anglophones du Québec dominent encore aujourd’hui, malgré les velléités d’émancipation des Canadiens-français du Québec, et jouissent de leur privilège de conquérants. Il n’y a pas d’égalité entre anglophones et francophones, loin s’en faut. Les francophones et les anglophones sont aussi inégaux que le sont les colonisés et les colonisateurs.

Je vous relate une anecdote, parmi tant d’autres, qui atteste indubitablement de cet état du Canadien-français colonisé et de l’anglophone colonisateur. La semaine dernière, ma belle-sœur, une employée d’une grande entreprise de téléphonie, nous relatait, à ma épouse et à moi, son désarroi lorsque, lors d’une réunion de bureau à Montréal, 10 francophones ont décidé de s’exprimer en anglais parce qu’un anglophone de Toronto ne s’exprimait qu’en anglais. Peut-on être plus colonisés que ces francophones et plus colonisateur que cet anglophone? Contre toute attente, OUI. La suite de l’histoire vous désolera autant qu’elle m’a désolée.

Après le départ de l’anglophone, les francophones ont continué de s’exprimer en anglais. Pourtant, ma belle-sœur ne s’exprimait qu’en français avec ses collègues francophones. Malgré ses efforts à les persuader de poursuivre la réunion en français, ses collègues ont poursuivi la réunion en anglais, même ceux qui baragouinent la langue de Shakespeare.

Force est de constater, qu’à l’instar de l’esclave qui se conçoit comme tel même en l’absence de son maître, le colonisé se conçoit comme un colonisé même en l’absence de son colonisateur. C’est sa conception de lui-même qui imprègne profondément sa psyché.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario serait-elle aussi à ce point imprégnée de son état de groupe linguistique minoritaire colonisé qu’elle s’assimile à un n’importe quel autre groupe minoritaire linguistique, même à celui du colonisateur ? Faut-il rappeler que les Afrikaners constituaient, jusqu’à l’abolition de l’apartheid, la minorité tyrannique et hégémonique de l’Afrique du sud, environ 6% de la population ?

M. Jolin, en s’alliant au Quebec Community Groups Network, l’AFO donne une crédibilité dont le Quebec Community Groups Network n’a définitivement pas besoin. Pis, en s’alliant à vous, le Quebec Community Groups Network laisse entendre que le sort de la minorité anglophone du Québec s’assimile à celle des minorités francophones des autres provinces du Canada. C’est une fumisterie qui perpétue le colonialisme anglo-saxon dans la psyché des colonisés francophones, fumisterie qui, par un jeu de réflexions confuses, conduit les colonisés à une identification perverse aux colonisateurs.

En terminant, moi, Canadien-français du Québec, je vous exhorte à renier cette entente de partenariat qui contribue à semer la confusion identitaire des Canadiens-français du Canada, voire à renforcer inconsciemment leur psyché de colonisés.

Je vous prie d’agréer, M. le Président, l’expression de ma considération respectueuse.

Benoît Bergeron


———- Message d’origine ———-
De : Carol Jolin <resistance@monassemblee.ca>
Daté : 3 juillet 2019 à 17:27

Bonjour ,

Hier, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a signé une entente de partenariat avec la Société de l’Acadie du Nouveau Brunswick (SANB) et le Quebec Community Groups Network (QCGN) pour faire des langues officielles un enjeu important de la prochaine campagne électorale fédérale et pour protéger de façon concertée nos institutions.

Je suis conscient qu’il y a des membres de la communauté qui trouvent cette décision controversée. J’aimerais prendre le temps d’expliquer notre positionnement.

Je pense que cette collaboration est une bonne chose pour deux raisons principales :

1. Il est temps pour les francophones et les anglophones en situation minoritaire de s’unir pour devenir plus forts dans la protection de leurs droits communs et de leurs institutions.

2. À la lumière du 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, il faut avoir une conversation nationale sur les langues officielles avant, pendant et après la campagne électorale fédérale.

Je pense que même si nos situations sont différentes, nous partageons plusieurs droits communs. Ensemble, nous voulons écrire le prochain chapitre des droits linguistiques au pays. Notre objectif, c’est que cette entente historique soit la première d’une longue série qui permettra à nos communautés de langues officielles en situation minoritaire de s’épanouir et de prospérer.

La Loi sur les langues officielles a besoin de mécanismes lui donnant plus de mordant à travers une mise en oeuvre centralisée et une plus grande place accordée aux communautés. Tous les paliers de gouvernement ont la responsabilité de protéger nos institutions, piliers de nos organismes, et de respecter les droits linguistiques de nos communautés. En ce sens, les partis et les candidat.e.s aux élections fédérales devront nous expliquer leur vision sur les langues officielles au pays.

Cette entente répond également à ce qui a été demandé par la communauté dans le cadre de la conception du dernier plan stratégique communautaire de l’Ontario français: « tisser des liens avec d’autres groupes (notamment les anglophones, les francophiles, les Québécoises et Québécois, les Autochtones et les nouveaux arrivants) afin de favoriser un rapprochement et un sens de solidarité. » (http://bit.ly/AFOpsc?utm_source=R%C3%89SISTANCE&utm_campaign=a701372589-EMAIL_CAMPAIGN_2019_07_03_05_29&utm_medium=email&utm_term=0_c81bfa9aa9-a701372589-181872725)

Il n’a jamais été question de prendre partie pour un groupe plutôt que pour un autre. Depuis 152 ans, anglophones et francophones minoritaires travaillent surtout en parallèle. Nous devons conclure que cette approche n’a pas fonctionné et nous sommes prêts à en tenter une autre. Nous voulons nous concentrer sur les nombreuses choses qui nous unissent car c’est en se ralliant sur nos droits communs que nous deviendrons beaucoup plus forts.

Si la gestion scolaire «par et pour» est enlevée à la communauté d’expression anglaise du Québec et que nous ne disons rien, comment l’AFO pourrait-elle lutter en toute conscience contre un assaut similaire en Ontario ou ailleurs au pays?

La SANB et QCGN ont également été parmi les premiers groupes à manifester leur solidarité dans le cadre de La Résistance franco-ontarienne. Nous entretenons de bons liens avec ces organisations depuis longtemps. Cette entente vient simplement consolider la relation.

Sois rassuré.e que l’AFO travaille pour la communauté franco-ontarienne. Le mandat reste le même. La signature de cette entente nous permet de renforcer notre appui des Québécois d’expression anglaise tout en étant solidaires de nos frères et soeurs francophones dans l’ensemble du pays. Nous croyons qu’il est possible de bâtir notre relation avec la société québécoise tout en appuyant les droits linguistiques que nous avons en commun avec la communauté d’expression anglaise du Québec.

Mon souhait, c’est de voir les communautés de langues officielles en situation minoritaire disposer d’institutions fortes et de préserver leurs acquis, tout en assurant l’épanouissement de la langue française en Ontario et ailleurs sur notre continent ainsi que le respect des droits linguistiques au pays. Lorsque les droits d’une communauté de langue minoritaire sont attaqués, les droits des autres communautés de langue minoritaire le sont également.

Je t’invite donc à t’associer à moi dans ce projet et à soutenir cette entente de partenariat. Sa réussite est d’abord la tienne, toi, francophone de l’Ontario, alors qu’on se bat pour assurer la vitalité de toutes nos communautés de langues officielles en situation minoritaire.

Vous pouvez consulter une version abrégée de l’entente de partenariat (http://bit.ly/unepage?utm_source=R%C3%89SISTANCE&utm_campaign=a701372589-EMAIL_CAMPAIGN_2019_07_03_05_29&utm_medium=email&utm_term=0_c81bfa9aa9-a701372589-181872725).

Le président

CAROL JOLIN

1 commentaire

  1. M. Carol Jolin cherche à nous faire prendre des vessies pour des lanternes :

    1. La prétendue « minorité » anglo-québécoise est une fiction colportée par le gouvernement canadien. Dans le régime fédéral, cette communauté privilégiée n’est que le prolongement de la majorité anglaise du Canada au Québec.

    2. La seule réalité commune aux trois organisations est leur source de financement : les subventions fédérales.

    3. Les deux organisations francophones trahissent le peuple québécois, lui aussi spolié et dominé par la majorité anglo-canadienne. Cela signifie qu’il est plus important pour l’AFO et la SANB d’être fédéralistes que d’être francophones.

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