ANGLOMANIE

Je vous parlais, tout récemment, de ce concessionnaire automobile de la
Bretagne profonde qui avait baptisé son magasin d’exposition "show
room
", alors que l’immense majorité de ses clients est francophone de
naissance. Voici une suite fort logique à cette histoire.

La
photographie ci-jointe a été prise le 27 janvier dans une rue de la ville de
Rennes. Cette inscr1ption figure sur un véhicule de démonstration d’un
concessionnaire rennais du constructeur automobile OPEL. Les "commerciaux"
concernés pensent vendre davantage de voitures en l’associant à une expression
anglaise. Le français, c’est ringard ! Mais ce n’est nullement par amour de la
langue de Shakespeare qu’ils font cela (en
règle générale, ils n’en savent pas grand chose et n’en connaissent, au mieux,
que quelques centaines de mots). Ils emprunteraient au Chinois, s’ils avaient
l’espoir que cela gonfle leurs ventes ! Ils seraient même capables de se mettre
au … latin, une langue ancienne, pourtant, pas à la mode du tout (horrresco
referens
). C’est qu’on ne recule devant aucun sacrifice pour vendre sa
marchandise !

On songe ici, irrésistiblement, à l’écrivain et professeur
René Etiemble
(1909-2002), ancien élève de
l’école normale supérieure, agrégé de grammaire, ardent défenseur de la langue
française, pourfendant, avec une allègre férocité, publicité, marchands et
publicitaires dans son célèbre "Parlez-vous
franglais ?
" (extraits) :

"Depuis qu’elle (la publicité)
a remarqué qu’on vend mieux un objet en lui donnant un nom qui sonne, ou qui
paraît yanqui, elle pourrit et s’efforce de détruire la langue française. Au
lieu d’occuper le rang que lui assigne toute civilisation qui se respecte, le
dernier, pourquoi le marchand, quand il règne, ne tournerait-il pas ses regards,
son espérance, vers le seul pays où l’empire de l’argent se manifeste dans toute
son insolence, le seul où nul souvenir de monarchie, nul recrutement des élites
au concours, nulle considération pour les arts et le savoir ne tempèrent la
tyrannie de l’argent ? … Un homme dont le métier consiste à n’employer que
superlatifs imposteurs et à remplacer progressivement tous les mots français par
le mot yanqui correspondant, voilà qui, en France, réclame le pouvoir suprême !
"

Ceci ayant été publié en 1964, dans les débuts de la Vème République,
alors que l’Etat est encore animé de la volonté farouche de défendre le
français, bien avant le raz de marée anglicisant du néolibéralisme et
l’abdication des pouvoirs publics, on ne peut qu’admirer la lucidité d’Etiemble.

Jean-Pierre Busnel
contact@iab.com.fr

(Le 31 janvier 2007)

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