Poèmes des lauréates et lauréats

Félicitations à tous les lauréates et lauréats. Vous pouvez lire les poèmes en cliquant sur les noms.

Phillippe Andrew Grimard - Depuis la perspective

Depuis la perspective

 

Il y a de cela des lunes que j’ai constaté que mes hauts

et mes bas ressemblaient à des dunes

 

Je me sentais en bateau, transportée

Presque… imbibée

Imbibée d’inspiration, de compassion, de rage et d’affection

Tout cela, pour des gens dans le besoin et qui comprendront…

Je me sentais prisonnière

Il fallait que je m’exprime pour sortir de ma bulle

 

Puis vint l’explosion

 

C’était bizarre de me noyer dans un paysage et de constater combien il fallait que je m’engage

Malheureusement, personne ne voulait entendre

ces deux phrases qui deviendront mon image :

« Chacun et chacune qui voudra s’exprimer aura le droit de ressentir la joie et le devoir d’avoir accompli quelque chose en quoi il ou elle aura foi. »

L’engagement;

« Langagement », c’est important !

 

Philippe Andrew Grimard

Secondaire 1, bourse Radio jeunesse

Arnaud Lavallée - Se langager

Se langager

 

Rien de mieux que de s’engager, pour apprendre à protéger

La langue que nos ancêtres nous ont léguée.

Alors, que notre culture soit caractérisée

Par ce don précieux qu’est notre façon de communiquer

 

Français, mon cher français, toi qui m’as été donné,

Avec tant de gracieuseté,

Tu ne fais que me laisser bouche-bée

Devant tant de grâce bien songée

 

Alors, puisses-tu être conservé,

Et même popularisé,

Car sans toi, je ne suis plus moi,

Sans toute cette variété de mots courtois

 

Serait-ce dommage de t’oublier,

Toi qui me permets de discuter?

Assurément, ce le serait,

Car, mais qu’est-ce qu’on deviendrait?

 

Et donc, je m’engage à protéger

Ce langage béni auquel je dois la vie

Et puis, dis-je, à diffuser

Cette forme de parlage bien jolie

Arnaud Lavallée

Secondaire 2, bourse Radio jeunesse

Myriam Favre - Langage-toi!

Langage-toi!

 

Langagez-vous qu’ils disaient!

Langagement,

Il en faut bien

Pour ensemble, main dans la main,

Changer le monde qu’est demain

En dansant au rythme effréné de nos paroles

Armés de nos mots qui réunissent, deviennent invincibles

Dans le seul but de se faire entendre,

Nous et notre langue dont nous sommes fiers

Gardons la tête haute

Et engageons-nous dans un futur en français!

 

Myriam Favre

Secondaire 2, bourse Adojeune

Jade Tremblay - Enchanté!

Enchanté!

 

Je suis le français, c’est grâce à moi que tu t’exprimes

À travers la pluie, mes mots ternissent

Dans le silence de tes bruits, la langue persiste

Je crains maintenant pour mon extinction

À moi, faites bien attention

 

Mes mots te blessent, mes mots te caressent

Ils expriment le désespoir

Par leurs fautes, tu broies du noir

Ainsi, tes malheurs s’accentuent

Et ta douleur continue

 

Mes lettres te blessent, mes lettres te caressent

En elles, tu caches tes pleurs

Y dissimulant ta douleur

Tu les éloignes du chagrin

Y façonnant ton destin

 

Mes paroles te blessent, mes paroles te caressent

Elles chantent l’amour

Elles rôdent et tournent aux alentours

 

Elles s’attaquent à ton cœur

Ne te laissant que leur bonheur

 

Jade Tremblay

Secondaire 3, bourse Adojeune

Marie-Ève Asselin-Verreault - Langage-toi

Langage-toi

 

Langue bravant les tempêtes,

Puissante comme ses créateurs.

Elle est forte et n’a pas peur,

Célébrons-la, faisons la fête!

 

Âge, âge du français;

Bénéfique ou malfaisant?

À préserver malgré le temps,

Pour mieux combattre, pour la paix.

 

Toi, grand allié loyal,

Grand bouclier redoutable,

Protège le français

Et soigne-le à jamais.

 

Engage-toi à lutter,

Ta langue à tes côtés.

Pour le français, notre diamant,

Langage-toi tout simplement!

 

Marie-Ève Asselin-Verreault

Secondaire 3, bourse Laiterie de l’Outaouais

Sophie Gosselin - Langage-toi

Langage-toi

 

Journée d’hiver, de janvier, enneigée

Les flocons s’empilant par milliers

Comme autant d’anglicismes sur notre vague français étouffé

C’est alors que j’ai décidé de m’engager, de me « langager »

 

De mon vocabulaire, j’ai éliminé les « come on! » et les « let’s go »

Pour les remplacer par des « plus vite! » ou des « allez! », bien plus beaux

J’ai substitué « stop! » par « arrête! »

Et les « parties » par de bonnes vieilles « fêtes »

 

Le cœur et la tête remplis de bonnes intentions

Je pensais que ce défi de francisation serait facile

Mais les anglicismes gravés dans ma mémoire jamais ne se tenaient tranquilles

Et m’empêchaient sans cesse de tenir mes résolutions

 

J’ai replongé au cœur de l’hiver glacé

Les anglicismes s’empilant sur mon vague français

Et alors que j’allais me laisser gagner par l’anglais

Une voix dans ma mémoire me rappela que je m’étais engagée, que je m’étais « langagée »

 

Si la neige aujourd’hui fond peu à peu

C’est que je lui oppose un soleil radieux

L’hiver des anglicismes ne résistera pas

À mon printemps français qui crie à tous : « langage-toi! »

 

Sophie Gosselin

Secondaire 4, bourse Laiterie de l’Outaouais

Sana Ghouri - Langagement

Langagement

 

 

Toi, dont la douce mélodie

Enrobait joliment les comptines de ma mère

Toi, dont j’ai pas à pas appris les bonnes manières

Le rythme fluide et la prononciation arrondie

 

Langue française, je m’engage aujourd’hui à te chérir pour la vie

En dépit des embûches de tout acabit

Je résisterai aux yeux doux d’autres belles

Et te serai éternellement fidèle

 

Avec passion, je parlerai de toi à mes enfants

Qui à leur tour passeront le mot

Jamais tu ne disparaîtras à travers les temps

Non plus que la beauté de tes propos

.

Sana Ghouri

Secondaire 4, bourse Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais

Michelle Veilleux - Sors ta langue de ta poche

Sors ta langue de ta poche

 

 

Sors ta langue de ta poche!

Dans le noir, elle étouffe

Prise entre deux pans de tissu,

Elle peine à s’exprimer

Elle attend une main

Ou plutôt une bouche,

Pour la libérer.

Elle t’attend, impatiente,

Et en t’attendant elle oublie,

Les expressions et les mélodies

Qu’elle savait si bien agencer.

Grouille-toi!

Va faire le tour de toutes tes poches,

Cherche à travers les accents brisés

Et les prépositions éparpillées

La chaleur, la force et la tonalité

Qui composera maintenant ton quotidien

Car, une fois que tu commenceras à l’utiliser

Ta langue se mettra à chanter.

 

Michelle Veilleux

Secondaire 5, bourse Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais

Félix Charron-Leclerc - Langage-toi!

Langage-toi!

 

 

Je me souviens étant petit, je la voyais courir

Des médias à la radio, partageant sa beauté

Nous étions de bons amis, j’aurais dû la couvrir

Avant que de si haut, elle ne soit trébuchée

 

Je lui ai tendu la main, mais son cœur était trop lourd

J’ai crié à l’aide, en vain, mais le peuple était trop sourd

J’ai donc fait un séjour, où les gens étaient plus sains

Je suis revenu armé de secours, d’orateurs, d’écrivains

 

À l’aide de plumes et d’haut-parleurs, nous avons allégé son cœur

Pour lui redonner la couleur, d’une petite fille remplie d’honneur

L’éducation et les lois, l’ont aidée à se relever

Mais ensemble, c’est toi et moi, qui devons avec elle, marcher

 

Aujourd’hui elle est ici, nous la voyons courir

Des médias à la radio partageant sa beauté

Elle est fragile mais si jolie, vaut mieux s’attendre au pire

Pour ne pas tomber de haut, il faut se langager!

 

Félix Charron-Leclerc

Secondaire 5, bourse Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais

Rocxanne Boisvert - Jours d’hiver

Jours d’hiver

 

Sur le pont verglacé, nous avançons, chancelants.

Seuls au monde dans la tourmente de flocons blancs.

Le vent, rugissant son animosité,

Projette des tisons d’albâtre ardents sur nos visages gelés, un peu bleutés.

 

Prenez garde à ces îles de glace sournoisement cachées sous cette neige immaculée.

Elles observent tranquillement, patiemment, notre avancée.

Ce sont des obstacles, de nombreux adversaires contre qui nous dresser.

Brillantes, presque intelligentes, elles savent nous faire nous écrouler.

 

Nombreux sont ceux qui glisseront et tomberont.

Plusieurs, affaiblis, transis, succomberont,

Mais beaucoup d’entre nous se relèveront.

Dents serrées, rage au cœur, nous persévérerons.

 

Sur le pont verglacé, nous avançons, chancelants.

Derrière nous, le soleil doucement, timidement, chasse le mauvais temps,

Sa lumière nimbant les larmes glacées chatoyantes de reflets irisés

Que le pont a pleurées, pendantes de sous les rambardes de givre nacré.

 

Rocxanne Boisvert

Secondaire 5, bourse Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais

Louis Girard-Bock - S’exprimer pour vivre

S’exprimer pour vivre

 

Sous la nitescence lancéolée, les laudes

D’un passereau menu, mais au chant léonin,

Percent la chevelure d’un chêne émeraude

Qui, comme lapidifié, se dresse sans fin.

Au pied de l’arbre, une femme vénuste,

Portant une robe liliale, s’éveille,

Son corps tremblant d’un cri qui soulève son buste.

Imitant l’oiseau, écoutant son conseil,

Elle s’exclame au monde qui l’entoure :

« Je ne puis vivre en silence, je m’envole!

Sur nos coeurs à tous, les mots sont du velours…

Je construirai ma vie en propos et paroles! »

 

 

Louis Girard-Bock

Cégep, bourse Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais

Jici Lord-Gauthier - Les tragiques sursauts des langues

Les tragiques sursauts des langues

 

Haut perché sur un lexique, un réviseur observe le monde :

Les sols tremblent sous le verbe aride et intransitif

Et le chant des calembours, en dix vagues, disjoint l’océan.

Les gratte-ciels croulent sous les ruptures de syntaxe.

Tantôt il neigeait, tantôt il brûlera;

Les journalistes dénoncent l’anacoluthe.

Non loin de là, les idiomes se gendarment réciproquement.

L’anarchie et la lutte pourfendent le sens des mots

Et courbent les colonnes de grammaire.

De la parole agrammatique naissent maintenant les enfants.

Dans les écoles, on y enseigne l’argot et la cacographie;

Dans les parcs, on désarticule même les jeux de virelangues.

Les médecins n’ont plus de vaccins pour soigner

Enfants et adolescents atteints de catégories;

La pandémie, pense-t-on, les emportera tous…

Le réviseur… le rêveur, soudainement, se lève du pupitre,

Soutenu par l’espoir d’une grammaire nouvelle.

Tantôt il brûlait, tantôt il crépitera.

 

Jici Lord-Gauthier

UQO, bourse Université du Québec en Outaouais

Anna Finken - La langue

La langue

 

Langues humaines, langue d’humain;

L’engouement qu’on a pour tous ces mots

Qui séparent les vies comme les pages d’un dictionnaire,

Je ne le comprends pas, et je refuse d’apprendre à le conjuguer.

Avec leurs langues, les gens projettent des mots qu’ils lèchent sans y goûter,

S’attendant à ce que le mot de fin ne goûte pas les ingrédients qu’il contient.

Pourtant, moi, je m’engoue de ces termes dont on me nourrit violemment

Tels des parents impatients nourrissant des nourrissons trop lents.

Ces Hommes aux grands « H », ces « développements » aux grandes haches,

Ces « putain de sale vache », et ces déversements « sans taches »,

Tous ensemble je les recrache, n’avalant pas le poison qui s’y cache.

Dire que c’est moi qu’on diagnostique d’indigestible!

L’injustice est celle qui digère ses cibles

À travers des générations d’héritage de subtilités dans le langage.

C’est de bouche à oreille, de mère en fille, de fil en aiguille

Que l’obédience aux fausses croyances tisse le voile de l’ignorance.

Déshabillons donc ces mots, scrutons leur sens;

Embrassons la vie, plus belle sans connivences.

Apprenons à reconnaître le goût d’une langue qui redonne sa puissance

Au mot « nous » en sa plus profonde essence.

 

Anna Finken

Bourse À l’Échelle du monde

Amine « Sage » Raid - Je suis

Je suis

 

Je suis un homme pour qui les mots prennent vie,

Une partie de rime sur morceau de poésie

Je vous prie de ne pas juger le paraître

Mes origines ou ma race, mais plutôt mon être

 

Je suis un fils fidèle à famille qui m’élève,

Pour famille naturelle et adoptive, je me lève

Je dois focusser, les liens les tisser

Construire un Québec pour mes enfants métissés

 

Je suis un poète qui aime manier les mots,

Non pour la monnaie, les millions me donnent des maux

De tête, je crie, je ressens, je répète,

Les récits récents, infinie est ma quête

 

Je suis un frisson, papillon dans le ventre,

Un tremblement dont le cerveau est épicentre,

Qui veut se propager à la moindre occasion

Générer émotions, le but de ma création

 

Je suis un texte qui tire à sa fin,

Qui cherche son titre, le but de son destin

Une quête qui dure des jours, des nuits

Je prouve mon existence car je suis

 

 

Amine « Sage » Raid

Bourse À l’Échelle du monde

Daniel Leblanc-Poirier - J’ai le goût de faire du cheval mais ma coloc dort

J’ai le goût de faire du cheval mais ma coloc dort

 

Aurais-tu le goût de te faire péter la yeule pendant que je te parle des dinosaures?

Tu pourrais ne pas comprendre et ça me ferait du bien.

Je t’écris ce soir, car je me sens seul.

La lune s’amenuise, elle ressemble à un croc

et j’ai l’impression que la nuit est un animal que je ne vois pas.

Je m’excuse, je me sens en cornière de la violence.

C’est simple, ça m’épuise.

Je voudrais habiter dans le gratte-ciel de tes yeux.

C’est une question de dimensions qui s’imbriquent au problème.

Ainsi, par rapport au vertige nous sommes une chute,

par rapport à la vie nous sommes de la nourriture et ça m’apaise.

C’est parce qu’une proie me dilate.

Tu vois, je connais les cycles.

C’est pour ça que je t’écris et que je n’attends rien de toi.

Je me conforme à l’extinction d’une espèce.

Peut-être que tu ne comprends pas.

Peut-être que tu ne vois pas le dinosaure que je te cache.

Si tu veux, on s’asseoit, on en parle et peut-être qu’à la fin

tu pourras me sauver.

 

Daniel Leblanc-Poirier

Bourse Michel Prévost

Antoine Côté Legault - Donnez-nous des mots

Donnez-nous des mots

 

je voudrais que nous fassions des mots manteaux

qui savent réchauffer comme du chocolat chaud

qui puent la sueur d’idéaux et de hautes idées

aussi fort que les vestiaires de hockey

de vrais grands mots monuments mentaux

aussi grands qu’un gratte-ciel de New York

 

faisons donc des mots Coca-Cola

qui ne sont peut-être pas aussi chics que le champagne

mais qui sont aussi chargés de bulles de joie

 

bouchez nos bouches de mots bourrés de saveur

bouchez-les de mots sauveurs

 

donnez-nous nus des mots épluchés de leur beauté

qui ne riment pas si vous voulez

qui ne sont pas seulement habillés de paraître

des mots qui sentent le sens à plein nez

 

Antoine Côté Legault

Bourse Association pour le soutien et l’usage de la langue française

Camille Girard-Bock - Oser le dire

Oser le dire

 

 

S’ils avaient cru alors leurs naïves espérances

Aussi clairement dites à travers ces silences

Que clamées toutes hautes et avec transparence

C’était en fait entendre une musique sans danse

 

Sans aucune parole, presque sans aucun sens

Une mélodie tenace, mais à peine dure sa transe

Son étourdissement n’est qu’une pâle romance

À laquelle il est rare qu’ensuite on repense

 

Pourtant il arrive bien que presque par malchance

L’un des deux s’y attache malgré le doute immense

Qui le submerge alors, voyant toute cette distance

Les séparant maintenant, tuant toute assurance

 

Celui-là se dit alors qu’il a manqué sa chance

Qu’il aurait dû oser formuler cette évidence

Au moment propice, avec plus d’insistance

Cela aurait bien pu faire pencher la balance…

 

Camille Girard-Bock

Bourse Sol épicerie santé

Géraldine Garneau-Armstrong - Sans titre

Sans titre

 

 

Comment ne pas rêver

De ce naufrage naissant

Au creux de tes bras

Qui amarre mon corps épuisé de voyage

Je cherche encore l’étreinte parfaite

Qui me fera dériver

Sur laquelle se terminera

La pointe aiguë de toute souffrance

L’absolu

La fin recueillant l’ultime

La colossale déclinaison abstraite

Le faîte où mon corps naufragé pourra refleurir d’importance

Sous l’essence d’un murmure

Un mot

Un mot

Pour ne plus surgir dans la terreur de l’impossible

Un mot

Pour flouer le mystère de la laideur

Pour anéantir

Tout le périssable qui y repose

Un mot

Pour bannir

Le risque immense

De la perte

Pour atteindre l’acmé

Le possible vertige

Un mot

Seulement pour embrasser

Compromettre le vide

Tout transgresser enfin

 

Jusqu’à l’essoufflement

Avant l’enchevêtrement

Du limon

Imminent

Adhésive

J’attends toujours les lèvres qui sauront me redire

La consolante récréation

D’une langue mère de délice

Amarrée à l’attente

Suffocante d’espoir

C’est encore dans un cri que je désire naître

C’est encore dans cette dernière lueur

Suffocante d’espoir

Que je veux aimer

 

Géraldine Garneau-Armstrong

Bourse Sol épicerie santé

Madeleine Turgeon - Le mot

 

Le mot

 

 

Une plume tombée,

intacte, au sol.

 

Un peu d’air passe

entre langue et palais

pour écarter les lèvres closes.

Elles se referment aussitôt

et bourdonnent un moment.

 

Je tends les doigts et la ramène à moi.

Douce et chaude entre mes paumes,

ni fffff  fffff vents

ni thth thth thth pluies battantes

ne l’atteindront.

 

Geste politique? Non –

Je protège la légèreté.

 

Madeleine Turgeon

Bourse Société d’histoire de l’Outaouais

Robert Marois - Les mots qui nous manquent

Les mots qui nous manquent.

 

 

Je verse mot à mot dans la solitude.

Gribouillis de nuages gris

Sur le blanc étale.

La lune accablée de noir,

Les étoiles m’apparaissent

Démunies de lumière.

Nébuleuse endeuillée.

Reviendront-elles les oies blanches,

Éperdues de bleu, faire leur nid

D’amour en moi?

Dans le couloir,

J’ai bu, à même tes lèvres,

Les paroles qui ont su guérir

Mon âme de la désolation,

Ne laissant en toi

Qu’un gouffre de soif.

Cœur à cœur, nous inventerons

Un puits de rosée,

Comme des yeux de larmes de joie

Un jour de fête.

 

Robert Marois

Bourse Bistro L’Autre Œil

Sophie Gauthier - Cultiver le verbe

Cultiver le verbe.

 

Cultive ta langue au chant

À l’écrit, simple ou subtil

Sème-la aux quatre vents

Sur tous les fronts et les rangs

Du terroir, campagne et ville

 

Et leurs fruits à la lueur

De ton labeur et des lunes

Mûrissent en force et couleurs

Fais-en au marché la une

Des principales tribunes

 

En des temps plus difficiles

Ou de périodes hostiles

Préserve-la et conserve

Les saveurs de la verve

Locale comme en exil

 

Et puis renaît la clémence

De doux printemps en latence

Dans la fraîcheur des caveaux

Honorant toute semence

Du verbe et son renouveau

 

 

Sophie Gauthier

Bourse librairie Michabou

Suzanne Fiset - Langage-toi!

Langage-toi!

 

Va

Va geindre ailleurs au wagon de queue languissant

à jeun de longueur enivrante

Funiculaire invitant au va et au vient

Luisante coulée vagabonde aux effluves montants

Déferlante invitante à la moite culbute

et à la vague randonnée de têtes gigognes délestées

Poulpe gémissant sans vergogne à l’engin magistral

Venu laper la girolle androgyne et rejoindre incrédule

le con d’ores et déjà imbibé d’un varech engageant

réclamant en vain son crachin machinal

et coiffer enfin le zygote anonyme.

 

Suzanne Fiset

Bourse Bistro L’Autre Oeil

Zachary Savoie-Gauthier - Hymne

Hymne

 

 

Le ciel saigne de nous voir soumis

Et il se couche, ange agonisant

L’espoir reste, là-haut

 

Les feuilles d’érable mortes gisent

Sous nos pieds engourdis, impatients

 

Le rêve succède aux ténèbres immortelles

Se lève soudain, puis s’envole

Avec ses ailes blanches sur l’horizon bleu

Vers un pays éblouissant

Où l’on cueille la fleur de lys

 

Zachary Savoie-Gauthier

Bourse librairie Michabou

Vincent Collard - ORNIÈRE

ORNIÈRE

 

elle était là

en muscle en os en peau en organe en salive

en masse en volume en mouvement

en vie

 

moi ma vie toute ma vie

n’est qu’un immense nuage

que je n’aurai jamais fini de pelleter

 

pas étonnant qu’elle ne m’ait pas reconnu

 

ne reste qu’une ornière

dans la boue séchée de mon corps

 

quelques longs cheveux entremêlés

dans le tricot de mon chandail

 

Vincent Collard

Bourse À l’Échelle du monde

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