Nos anglicismes

Nos anglicismes – Jacques Laurin – éditions de l’Homme

Guy Loubier
yloubier@videotron.ca

Dans cet ouvrage, l’auteur propose 2300 mots ou expressions à corriger. Or nombre de ces expressions sont entièrement tirées par les cheveux. Pour être utile aux lecteurs à qui il est destiné, il aurait fallu que la sélection des termes soit beaucoup plus rigoureuse et qu’elle s’appuie sur un indice de fréquence d’utilisation des mots en question nous permettant de déterminer s’ils font véritablement partie du langage quotidien. Quelques exemples tirés de la lettre A de l’ouvrage sont éloquents.

Accommoder quelqu’un d’un prêt – Consentir un prêt
Pouvoir accommoder une demande – pouvoir satisfaire à une demande
Acter au théâtre – jouer au théâtre
We were on the air – on était sur l’air – on était sur les ondes, à l’antenne, en ondes
To adjust to a new teach – s’ajuster à un nouveau professeur – se faire, s’adapter à un nouveau professeur
To be authorized to sign cheques – être alloué de signer des chèques – être autorisé à signer des chèques
She was enti the idea – elle était enti cette idée – elle était contre cette idée
What’s up with you – qu’est-ce qu’il y a avec toi – qu’est-ce que tu as?
Are you after my job – es-tu après ma job? Veux-tu ma place?

Lecteur impénitent, je ne me souviens pas d’avoir lu ou entendu de telles expressions. Par hasard, les connaissez-vous? à un prix de 26,95 $, vous pourrez sûrement vous procurer un ouvrage offrant un meilleur rapport qualité/prix.

La langue québécoise vue par les Français

Les Français nous arrivent parfois avec des expressions dites québécoises, mais qu’un vieux lecteur comme moi n’a jamais noté dans les journaux ni dans toute autre source. Quelques exemples permettront aux lecteurs d’en juger.

Une expression comme aller aux vues a vieilli, car dans la langue de tous les jours, on entend plutôt aller au cinéma.
avoir le kick rendu en français par avoir le béguin, n’est pas très courant au Québec
boutonné en jaloux – mal boutonné J’avoue mon ignorance. Cette expression m’est totalement étrangère.
c’est au boutte – c’est le pied . J’en perds mon latin.
faire le train – traire les vaches – une autre expression qui tombe en désuétude.
La glace est coulante – la glace est glissante. Qu’en pensez-vous?
Sentir le canard à la patte cassée – sentir mauvais, puer. Diable, d’où peut bien venir cette expression?

Le dernier droit

Je me suis souvent demandé d’où venait cette expression. J’ai finalement trouvé une réponse dans le site de l’Office de la langue française. Elle semblerait avoir été calquée de l’anglais the last straigth du même sens, même si en Amérique du Nord, le terme usuel pour nommer cette réalité est stretch, comme dans home stretch ou final stretch au propre comme au figuré. Cette expression qui ne veut strictement rien dire gagnerait à être remplacée par autre chose. Aux linguistes de jouer.

 

Mentir comme un arracheur de dents

Cette expression est très ancienne puisqu’elle remonte au XVIe siècle, à une époque où les analgésiques n’existaient pas encore. Il fallait donc arracher les dents cariées, car il n’y avait pas d’autre moyen de les soigner. Cet acte s’effectuait sur les places publiques ou dans les foires à l’aide de simples tenailles, les « spécialistes » prétendaient pouvoir extraire les dents sans aucune douleur. Le « dentiste » effectuait son opération sous le son de trompettes ou d’autres instruments de musique, afin de couvrir les hurlements du malheureux patient.

 

(Le 7 décembre 2006)