Le grand mensonge de l’éducation

Le grand mensonge de l’éducation
Luc Germain, Luc Papineau, Benoit Séguin
Lanctôt éditeur

Guy Loubier
yloubier@videotron.ca

Trois professeurs, l’un au primaire, le deuxième au secondaire et le troisième au collégial ont uni leur courage et leurs efforts pour dénoncer les ratés de l’enseignement du français au Québec. S’opposer sans réticence au ministère de l’éducation du Québec, et à des réformes qui menacent de faire un gâchis irréparable du français parlé et écrit chez nous, et encore davantage chez les futures générations, telle est la tâche herculéenne entreprise par nos trois valeureux mousquetaires.

Une donnée saute aux yeux : après 1656 heures de cours de français, étalées sur les six années du primaire, il serait normal de croire que les élèves auraient acquis une connaissance acceptable du français. Or, ce n’est malheureusement pas le cas. De nombreux facteurs ont contribué à cette situation.

Avant 1996, environ 66 % des jeunes Québécois obtenaient leur diplôme d’études secondaires avant 20 ans. Puis, un jour dans les officines du Ministère, quelqu’un a eu une pensée magique. Il était devenu impérieux de porter le taux de réussite à 85 % en 2010. Pour atteindre cette cible, pas question de rehausser les exigences scolaires : au contraire, rendre la tâche plus facile aux élèves devenait dès lors la solution à privilégier. Mais, la réussite sans efforts laisse entrevoir de biens piètres résultats. Lorsque dans une classe de sixième année, on compte près du tiers des élèves tirant de l’arrière et qu’il aurait fallu pour cette raison diriger vers des classes spéciales, il devient humainement impossible pour un enseignant d’accorder toute l’attention requise par les élèves en difficultés, dont certains n’ont pas encore appris à lire correctement, et sont même trop souvent incapables de faire la distinction entre le verbe et le sujet. Il est évident également, que lorsqu’un professeur compte autant de cancres dans une classe, il lui est impossible de motiver ses meilleurs élèves qui ont la fâcheuse impression de perdre leur temps. Toute la clientèle scolaire est alors perdante.

En lisant Le grand mensonge de l’éducation, vous comprendrez facilement que le ministère de l’éducation a lamentablement failli à la tâche, et le fait qu’au cours des 14 dernières années, ce ministère a compté neuf titulaires, a sûrement contribué au manque de cohérence et à l’ambiguïté de ses normes en matière d’enseignement du français.

  • En 1997, le gouvernement Bouchard a poussé à la retraite 8 514 enseignants d’expérience pour les remplacer par des jeunes moins coûteux. économie à court terme pour l’état, mais, recul certain pour l’éducation et hypothèque pour l’avenir. Si, année après année, plus de 85 % des élèves de cinquième secondaire réussissent l’examen ministériel d’écriture, près de 40 % des employeurs, eux, se disent peu satisfaits des compétences en français des jeunes diplômés québécois. Signalons qu’il faut un investissement moyen de plus de 101 100 $ pour former un diplômé du secondaire. Le constat est brutal : l’école québécoise est devenue une machine à produire des analphabètes fonctionnels. Coauteur de cet ouvrage, le professeur Luc Papineau cite le cas suivant : dans quatre phrases variées totalisant 80 mots, 108 élèves ont trouvé le moyen de faire une faute presque tous les 10 mots. Or, ces élèves de cinquième secondaire de mon école, s’étaient pourtant classés au premier rang de ma commission scolaire pour ce qui est des résultats à l’examen ministériel d’écriture de 2004-2005, car plus de 89 % d’entre eux ont réussi cet examen de fin d’études secondaires.

Le professeur en question dresse un réquisitoire foudroyant contre le laxisme et l’hypocrisie des gourous du Ministère à qui il reproche de façon véhémente, leur manque de rigueur, et l’état déplorable du français dans nos écoles. Cette fois-ci, on ne peut y échapper, c’est à notre gouvernement et à ceux qui l’ont précédé que l’on doit cette médiocrité.

(Le 3 janvier 2007)