Le français à son meilleur

Le français à son meilleur

Guy Loubier
yloubier@videotron.ca

Il fut une époque où la littérature française régnait en maître. Que l’on s’arrête par exemple à des grands noms comme Chateaubriand, Balzac, Victor Hugo,. Guy de Maupassant et Zola.

Qu’ont en commun ces cinq écrivains? Évidemment, l’amour de la langue et des mots, et du talent à revendre. Mais quoi, encore?. Ils ont tous travaillé en écrivant à la main, et sans compter sur autre chose que leur ingéniosité. Pour effectuer leurs recherches, ils devaient se déplacer la plupart du temps à pied, et à l’exception de Zola, qui en a peut-être bénéficié, ils ne pouvaient alléger leur travail, la machine à écrire n’ayant pas encore été inventée à l’époque. Or, sauf leurs confrères, la plupart des gens ne savaient ni lire, ni écrire. Rappelons que Victor Hugo déclarait qu’en 1850, 65 % des Français étaient analphabètes. Ajoutons que la Loi sur l’instruction publique n’a été votée qu’en 1885, et qu’à cette époque, l’enseignement était dispensé par des congrégations religieuses en nombre nettement insuffisant, et par des précepteurs privés pour les biens nantis

Où ces auteurs avaient-ils puisé leur magistrale connaissance du français? Dans Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand a écrit des pages d’un lyrisme à nul autre pareil dont le vocabulaire éblouissant est demeuré sans rival. Balzac, l’auteur du roman moderne a laissé une œuvre très abondante et a travaillé comme un forcené dans une vie ponctuée de nombreuses épreuves.

Victor Hugo, poète, romancier et homme politique nous a donné Les misérables, roman-fleuve qui aborde le thème de la justice sociale avec fougue et élan, et qui est encore beaucoup lu de nos jours.

Guy de Maupassant, neurasthénique et dévoré par une maladie mentale, prendra ses premières leçons de style de Flaubert, et réinventera l’art du conte avec un naturel qui comble encore ses lecteurs d’aujourd’hui,

Zola, le fondateur du naturalisme, et sans doute, l’auteur le plus honni de l’Église, était un auteur maudit au Québec, dont on prononçait le nom avec effroi.

Si l’on compare leur époque à la nôtre, on pourrait affirmer sans trop se tromper que le niveau d’éducation de ces grands écrivains n’aurait pas dépassé la 1re année du cégep.

Arrêtons-nous à Chateaubriand. Vivant dans le sombre château de Combourg, il avait dû s’exiler en Angleterre durant la Révolution française où il apprit sans doute l’anglais qui le servit au cours de son voyage en Amérique. Il avait dû assez bien assimiler la langue anglaise, car durant son séjour dans la fière Albion, il se livrait à des traductions pour assurer son gagne-pain.

Prenons le cas de Balzac. Malheureux au collège des Oratoriens, il poursuit plus tard des études de droit sans les terminer. Soulignons également que le baccalauréat n’a été institué qu’en 1808.

Peu aimé de ses parents, Balzac fera une carrière d’écrivain plutôt famélique. Criblé de dettes, il devait souvent à ses créanciers la totalité des sommes que pourrait lui valoir le roman qu’il était en train d’écrire. Ce tâcheron de la littérature assurait lui-même la correction de ses textes, travail abrutissant comme en témoignent ses manuscrits qui nous révèlent une écriture peu facile à lire.

Pour sa part, Victor Hugo a connu la pauvreté tôt dans la vie. Fils d’un général de Napoléon qui guerroyait un peu partout, sa mère, une Vendéenne qui avait connu la cruauté de la Révolution française, était devenue l’amante de Lahorie, général royaliste qui avait participé à un complot contre Napoléon et qui fut passé par les armes. C’est donc dire que Hugo avait été partagé entre deux hommes, et que par surcroît, sa mère mourut alors qu’elle n’avait pas 50 ans.

Guy de Maupassant a beaucoup écrit alors même qu’il était constamment menacé par la maladie mentale qui allait l’emporter. Entre un père collectionnant les conquêtes féminines et une mère égoĩste. il fera un séjour malheureux dans un collège, abandonnera ses études de droit lorsque la guerre éclate entre la Prusse et la France en 1870, et dans une carrière de moins de 15 ans, il écrira plusieurs romans et plus de 300 contes.

Émile Zola, fils d’un ingénieur italien, devra tôt subvenir aux besoins de sa famille, suite au décès de son père. Travaillant chez Hachette, et critique d’art pendant un certain temps, il délaissera la peinture pour consacrer tout son talent et toute son énergie à la littérature. Il laissera une œuvre monumentale : Les Rougeon-Macquart, romans du Second Empire et de la Troisième république, qui seront maintes fois portés à l’écran.

De cette époque, on pourrait citer de nombreux autres auteurs, certains célèbres, d’autres moins, comme Alfred de Musset, Alexandre Dumas. Théophile Gauthier, Alphonse Daudet, etc., qui ont laissé des œuvres qui font la gloire du français.

Au Québec, par exemple, nombre de personnes âgées se souviendront qu’il y a cinquante ou soixante ans, le français parlé et écrit était de meilleure qualité qu’aujourd’hui, et que sous la férule des Frères et des Sœurs, bien peu d’élèves redoublaient leur classe. Certes, notre vocabulaire était plus limité que de nos jours, mais nous n’avions à notre disposition qu’une grammaire, et le seul dictionnaire connu, Le Petit Larousse, était plutôt rare dans les chaumières du Québec.

De nos jours, les ouvrages consacrés au français sont très nombreux, et vous pourriez passer des heures sur les sites Internet à consulter tout ce qui s’écrit sur le français. En outre, Internet signale vos fautes lorsque vous écrivez avec Word, et le nombre d’outils mis à la disposition de toute personne désireuse d’améliorer son orthographe et son style ne cesse de s’accroître. À moins d’être analphabète, toute personne jeune ou vieille devrait pouvoir faire des progrès en français, quel que soit son niveau d’éducation.

À mon humble avis, l’Office de la langue française et les organismes de sauvegarde du français devraient davantage chercher à valoriser la langue française plutôt que de pourchasser les violations et les infractions dans ce domaine, car notre langue, c’est notre héritage, notre façon d’exprimer tous nos sentiments. S’il est au Québec une valeur entre toutes à conserver et à préserver, c’est bien notre langue, l’une des plus belles au monde, que depuis trois siècles, tous nos devanciers ont lutté d’arrache-pied pour en assurer la survivance.