Et le français fut

Guy Loubier
yloubier@videotron.ca

La Cantilène de sainte Eulalie est le plus ancien poème de langue française. On doit au hasard le fait que ce manuscrit se soit retrouvé dans les textes conservés. Le texte fut écrit à partir des feuillets blancs d’un recueil de sermons de Grégoire de Naziance. La Cantilène raconte qu’au cours de la persécution des chrétiens ordonnée par l’empereur Dioclétien, cette jeune fille d’une riche famille, refusa de renier sa foi. Au moment où Eulalie expira, on vit une colombe blanche sortir de sa bouche et s’élever vers le ciel.

Le poème a été composé vers 880 et il est conservé à la Bibliothèque municipale de Valenciennes. Sainte Eulalie est la patronne des marins.

Voici quelques strophes de son poème et la traduction en français contemporain.

Buona pucella fut Eulalia Eulalie était une bonne jeune fille
Bel avret corps, bellezour anima Elle avait le corps beau et l’âme plus belle encore
Voldrent la veintre li Deo inimi Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre
Voldrent la faire diaule servir Les ennemis de Dieu voulurent la faire diable servir

La chanson de Roland

Les personnes d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain, se souviendront sans doute de la Chanson de Roland, le chef-d’oeuvre de la littérature médiévale. Il est pour le moins étonnant de constater qu’il y a plus de 60 ans, cette chanson de geste était connue des bambins de régions du Québec éloignées des grands centres. Ce récit passionnant était sûrement l’un de nos premiers contacts avec la France, car sauf les manuels scolaires, les livres étaient rares à cette époque.

Bien que cet événement historique remonte à l’an 778, cette chanson de geste n’aurait été composée qu’en 1090.

En résumé, elle met en scène le chevalier Roland, neveu de Charlemagne. Pris au piège par les Sarrasins dans le défilé de Roncevaux, il refuse par crainte de passer pour un lâche, de faire sien le conseil d’Olivier, son fidèle compagnon, qui le presse de faire appel à l’armée de Charlemagne Blessé, il tentera, mais sans y parvenir, de briser Durandal, sa loyale épée.

Voici un quatrain de l’oeuvre originale qui permet de constater les lents progrès du français à cette époque au regard du poème d’Eulalie.

Carles 1i reis, nostre emper(er)e magnes
Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne :
Tresqu’en la mer cunquist la tere altaigne
N’i ad castel ki devant lui remaigne

On trouvera dans Internet des extraits de cette oeuvre en français moderne. Au moyen de Google, chercher Chanson de Roland en français moderne

Snobisme à l’anglaise

Dans La Presse du 24 juillet 2006, on peut lire : Michèle Ouimet revient à l’écriture comme « city columnist ». A l’instar de bien d’autres personnes, j’avoue que je n’aurais pu en donner l’équivalent en français, mais lorsque l’on se targue d’être le plus grand journal francophone en Amérique du Nord, on devrait se faire un devoir d’écrire en français. L’équivalent de ce terme en français est rédacteur local. L’anglais qui a emprunté environ 60 p.100 de son vocabulaire au français semble moins friand que nos médias de nous servir en français des termes dont la plupart des lecteurs devraient chercher la signification dans un dictionnaire. Notre langue contient suffisamment de mots pour nous permettre d’écrire un français convenable sans devoir tomber dans une anglomanie déplorable.

Harnacher

On entend et on lit assez souvent le mot harnacher qui semble nous venir tout simplement de l’anglais harness. Harnacher n’a tout simplement pas ce sens en français, il signifie mettre un harnais. Harnacher une rivière se dirait en français aménager une rivière.

Milliard et billiard

On tend parfois à confondre milliard et billiard. Le premier signifie 1000 millions et le second, un million de milliards.

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(Le 25 juillet 2006)