LA LANGUE MATERNELLE, FORCE DES PEUPLES

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Semaine de la langue française
du 18 au 26 mars 2000
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LA LANGUE MATERNELLE, FORCE DES PEUPLES

Micheline Gagnon

Pourquoi aimons-nous tant notre langue maternelle?
Il ne faut pas être timide, il y a des vérités à dire. Nous affectionnons notre langue
maternelle parce que les premiers mots appris nous viennent du coeur de nos mères et de
nos pères. C’étaient des mots empreints de douceur et d’amour, disant toute la
tendresse que nous vouaient nos parents. Nos petits coeurs d’alors comprirent et les
accents de la langue maternelle fixèrent à jamais notre attachement. Ensuite, vînt
l’école où nous apprenions à lire et à écrire tous les mots doux entendus,
compris et aimés. Et plus nous avancions, plus nous apprenions et comprenions. Et la vie
a continué. J’ai pu constater, lors de voyages à l’étranger, que
d’autres langues charment et sonnent joliment à l’oreille, mais jamais comme
notre langue maternelle. Elle parle même dans le silence des émotions retenues et
comprimées, cachées tout au fond de l’être. Nous traduisons tout dans notre
langue, même si nous avons appris à penser dans une autre.

Notre langue maternelle raconte aux autres notre
histoire, nos traditions et notre culture. On peut tout penser, tout dire, tout écrire
dans notre langue et utiliser toutes les nuances possibles pour préciser, clarifier,
chanter tout ce que nous sommes, ce que nous voulons être, ce que nous préférons, ce
que nous choisissons. La langue maternelle renferme un monde infini de mots et de teintes.
Elle nous permet de tout comprendre et de tout expliquer.

C’est un bien grand crime de tenter
d’étouffer et de remplacer ce besoin profond de tout être sur terre de pouvoir
communiquer dans sa propre langue. Tous les peuples de la terre y ont droit, même les
tout petits peuples. Et si ce droit naturel est nié, c’est la brisure du coeur et la
brisure de l’être. Il faut croire qu’à force de cheminer, à force
d’apprendre, à force de vivre, les dirigeants sauront un jour qu’il faut
respecter, quel qu’en soit le coût, la langue maternelle qui fait
l’enrichissement et la beauté du monde. C’est conserver la vie culturelle que
les peuples transmettent. C’est la liberté de l’affirmation de soi. Pouvoir
s’exprimer dans sa langue maternelle doit se faire naturellement tout comme le soleil
se lève naturellement chaque matin. La langue maternelle, force des peuples.

"C’est notre doux parler qui nous
conserve frères
" a écrit Gustave Zidler.

Pour terminer mes propos, je rapporte ici une
strophe d’un beau poème de William Chapman intitulé "Notre langue":

Essayer d’arrêter son élan, c’est
vouloir
Empêcher les bourgeons et les roses d’éclore;
Tenter d’anéantir son charme et son pouvoir,
C’est rêver d’abolir les rayons de l’aurore.