UN LIEN POUR NOUS UNIR : LA LANGUE FRANÇAISE

Semaine de la langue française
du 13 au 21 mars
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Allocution de Marie-Hélène Poirier, animatrice de Tournée d’Amérique,
prononcée au déjeuner-causerie d’Impératif français tenu pour
souligner la Semaine internationale de la Francophonie, édition 1998.

UN
LIEN POUR NOUS UNIR : LA LANGUE FRANçAISE

Marie-Hélène Poirier
Journaliste

L’émission que j’anime à la radio de Radio-Canada: Tournée d’Amérique, m’offre la
grande joie d’unir chaque semaine des voix francophones, d’un océan à l’autre, et
souvent d’au-delà les océans, puisque la radio permet une telle souplesse dans la
communication.(…)

Moi qui fait depuis 30 ans de la radio en français, je ne vous cacherai pas mon
émotion et mon enthousiasme quand je découvre aux quatre coins de la planète
"la" personne qui me donnera une entrevue dans la langue de Molière. Et je me
dis que Molière serait bien fier d’entendre parler français depuis le Pôle Sud, ou
depuis Le Pôle Nord, quand Bernard Voyer décide d’y porter ses pas. ça a moins bien
marché pour l’Everest… mais ça… c’est la montagne qui l’a décidé.

Qu’il y ait, tendus autour du globe, de multiples liens pour unir les francophones,
c’est un réalité et une source de fierté. Mais nous savons tous, surtout nous
Canadiens, à quel poin la force d’attraction de l’Anglais – de l’Américain
devrait-on dire- peut effilocher ces liens et qu’il arrive même que là où le lien
devrait être le plus fort, dans la famille, l’enfant désapprenne la langue de sa mère.

Deux mots ( m-o-t-s) pour luttter contre ce mal qui nous guette tous: la Passion et
l’Appropriation.

Nous participons à un petit déjeuner: la table est mise… j’aurais le goût de vous
proposer une allégorie alimentaire. De la même façon que vous vous demandez
régulièrement: "Ai-j pris ma vitamine C ce matin, mon jus d’orange, ou mon
demi- pamplemousse?" Pourquoi n nous nous demandons-nous pas, également:
"Ai-je enrichi mon vocabulaire aujourd’hui? itre d’une chronique du
Reader’s Digest) Ai-je utilisé un mot nouveau? Quand ai-je ouvert l dictionnaire,
la dernière fois, pour vérifier le sens d’un mot ou pour lui trouver un synonym
plus riche, plus précis?

De la même façon que nous nous forçons pour manger plus de brocolis…ou
d’épinards… – de la même façon que nous écoutons les spécialistes de la
diététique quand ils nous disen de varier le contenu de notre assiette… Pourquoi
ne nous efforçons-nous pas de nommer proprement chaque objet ?.. s’il est question de
mobilier, pouvons-nous distinguer la commode du bureau, le buffet, du vaisselier, de la
desserte ou de la console? Une étagère, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’une
tablette, qu’une bibliothèque ou qu’une armoire. Un banc et un tabouret sont sans doute
cousins, mais pas frères- jumeaux. Reston dans la maison: si vous préparez un roti
ce soir et que vous voulez l’attacher…avec un corde… pourquoi n’essayez-vous
donc pas de prendre de la ficelle à la place… votre rôt s’attendrira d’une si
délicate attention! Au menu: nous approprier les mots les plus variés, le plus
colorés, les plus riches, les plus fantasques, les plus sincères. Ma grand-mère, qui
avai beaucoup de talent comme couturière, était aussi une cruciverbiste
passionnée. Avec quelle adresse ne faisait- elle pas éclore à partir de définitions
plutôt linéaires, des mots qui avaient l’insigne qualité d’entrer précisément dans le
nombre de carrés prévus tout exprès pour le recevoir! Grand-mère Joséphine, qui
dormait seule, n’avait qu’une seule lecture de chevet: l dictionnaire. Elle en
était folle de son Larousse! Imaginez si elle avait connu le Petit Robert ! ( il
n’existait pas encore…. trop jeune pour elle).

Loin de moi l’idée de défendre la norme. Comme journaliste, je ne suis ni
grammairienne n linguiste. Et je suis loin d’avoir "la science infuse"
comme on dit. Cependant, dans mo métier, l’outil principal est le mot et cela
m’impose d’employer le plus précis , afin d’obtenir un maximum de clarté dans la
communication. Or, la communication est un acte d’amour. C’est le mathématicien
français, philosophe à ses heures, Michel Serres qui a déjà dit de l
communication qu’elle était acte érotique… L’enseignant, le journaliste, le
conférencier doit séduire s’il veut se faire comprendre. Alors, mettez-ça bout à bout:
érotisme, passion,et variété (…du vocabulaire, bien entendu…), je crois que nous
voilà équipés pour veiller tard!

Vous savez, on dit que dans l’amour, que c’est comme dans les auberges espagnoles d’il
y a quelques années: on y trouve ce qu’on y apporte! "La langue française, un lien
pour nou unir" c’est vrai, de Conakry à Tannarive et de Chicoutimi à La
Fayette. Mais ne prenons rien pour acquis: comme les baleines dans le golfe du St-Laurent
et comme les arbre centenaires de la forêt amazonienne, des cultures et des langues
disparaissent elles-aussi. Si nous voulons que le lien demeure entre nous et le reste du
monde, il nous faut entretenir nos connaissances linguistiques, les développer, faire
faire de la gymnastique à nos mots et otre langue. Je vous propose, à
coups de vitamines, de dictionnaires, de désir, de passion, de nous entraîner… comme
si chacun d’entre nous devions participer, en personne, aux Jeux de la francophonie qui
vont se dérouler dans la région Hull Ottawa en 2,001 L’entraînement commence
aujourd’hui même: nous allons devenir, vous et moi, de vrais athlètes de la langue!

Marie-Hélène Poirier, animatrice de Tournée d’Amérique
CBOF. 90,7 FM