LA LANGUE MATERNELLE, FORCE DES PEUPLES
Micheline Gagnon
Pourquoi aimons-nous tant notre langue maternelle?
Il ne faut pas être timide, il y a des vérités à dire. Nous affectionnons notre langue
maternelle parce que les premiers mots appris nous viennent du coeur de nos mères et de
nos pères. Cétaient des mots empreints de douceur et damour, disant toute la
tendresse que nous vouaient nos parents. Nos petits coeurs dalors comprirent et les
accents de la langue maternelle fixèrent à jamais notre attachement. Ensuite, vînt
lécole où nous apprenions à lire et à écrire tous les mots doux entendus,
compris et aimés. Et plus nous avancions, plus nous apprenions et comprenions. Et la vie
a continué. Jai pu constater, lors de voyages à létranger, que
dautres langues charment et sonnent joliment à loreille, mais jamais comme
notre langue maternelle. Elle parle même dans le silence des émotions retenues et
comprimées, cachées tout au fond de lêtre. Nous traduisons tout dans notre
langue, même si nous avons appris à penser dans une autre.
Notre langue maternelle raconte aux autres notre
histoire, nos traditions et notre culture. On peut tout penser, tout dire, tout écrire
dans notre langue et utiliser toutes les nuances possibles pour préciser, clarifier,
chanter tout ce que nous sommes, ce que nous voulons être, ce que nous préférons, ce
que nous choisissons. La langue maternelle renferme un monde infini de mots et de teintes.
Elle nous permet de tout comprendre et de tout expliquer.
Cest un bien grand crime de tenter
détouffer et de remplacer ce besoin profond de tout être sur terre de pouvoir
communiquer dans sa propre langue. Tous les peuples de la terre y ont droit, même les
tout petits peuples. Et si ce droit naturel est nié, cest la brisure du coeur et la
brisure de lêtre. Il faut croire quà force de cheminer, à force
dapprendre, à force de vivre, les dirigeants sauront un jour quil faut
respecter, quel quen soit le coût, la langue maternelle qui fait
lenrichissement et la beauté du monde. Cest conserver la vie culturelle que
les peuples transmettent. Cest la liberté de laffirmation de soi. Pouvoir
sexprimer dans sa langue maternelle doit se faire naturellement tout comme le soleil
se lève naturellement chaque matin. La langue maternelle, force des peuples.
"Cest notre doux parler qui nous
conserve frères" a écrit Gustave Zidler.
Pour terminer mes propos, je rapporte ici une
strophe dun beau poème de William Chapman intitulé "Notre langue":
Essayer darrêter son élan, cest
vouloir
Empêcher les bourgeons et les roses déclore;
Tenter danéantir son charme et son pouvoir,
Cest rêver dabolir les rayons de laurore. |