Impératif français
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JE VOUS VIENS DE LOIN Version imprimable Suggérer par courriel
25-05-2003

Discours patriotique

Je vous viens de loin


Je vous viens de loin. Je vous viens de très très loin.

Je vous viens d’une île depuis le centre de ma bouche où je déferle des mots rouges de vie; autant de mots que Saint-Malo a déferlé de nefs portant nos ancêtres jusqu’aux berges de l’Outaouais.

Je vous viens de l’Est, d’un ruisseau qui s’est jetée en rivière, d’une rivière qui s’est donnée à l’océan et qui s’est rendue jusqu’au bord de ce fleuve où je vous parle d’elle.

Je vous viens du 24 juin 1608, d’une langue royale baptisée par la sueur et le sang d’hommes et de femmes dont les cris survivent dans ma gorge.

Je vous viens aussi d’un 24 juin 1760, d’une langue menacée, qui a été brûlée, qui a été interdite, mutilée et je porte aujourd’hui en bouche les marques de cette avanie auxquelles elle a survécu et les leçons apprises par rapport au respect de la beauté de ma langue et de celle des autres.

Je vous viens d’un 24 juin 1850, je vous viens d’une langue qui, en dépit de la menace qui planait sur elle, a su créer ses écoles et ses journaux; et je porte aujourd’hui en bouche les mots de ceux qui avaient soif d’en apprendre d’autres.

Mais je vous viens aussi d’un 24 juin 1968, d’une langue qui me précède, que l’on a reconquis par l’amour de la poésie et du théâtre, et je porte aujourd’hui en bouche les mots de ceux qui avaient soif de savoir et d’horizons.

Je vous viens de ce 24 juin 2003, et j’ai déjà en bouche les mots que porteront à leur tour ceux qui me suivront : une langue de diversités et de richesses, de cultures aux multiples beautés, une langue généreuse de promesses.

Ces mots, tous ces mots, appartiennent à ceux qui me précèdent, ceux qui me succèdent et à ceux qui m’écoutent ou me lisent. Ces mots me servent de scaphandre : ils me permettent de plonger dans l’abîme de l’histoire et de remonter vers nous. Ces mots, je ne les ai qu’empruntés pour mieux vous les remettre, pour mieux vous dire, que cette île où je vis et que je porte en bouche s’appelle langue, qu’elle vient de très très loin, que j’y vis auprès de mes ancêtres et que j’y mourrai bien avant d’avoir entendu la voix des enfants à venir et qu’à elle seule, aussi petite qu’elle soit, elle peut porter l’histoire et la vie de tout un continent, de tout un monde, de tout un peuple, aussi vaste et éternel qu’un amour. Un amour, comme tous ceux qu'on nous présente : insatisfaisant parce qu'incomplet, incomplet mais plus que parfait parce qu'il ne correspond pas tout à fait à l'identité de l'heure, parce qu'il est toujours en train de se donner naissance dans la bouche de ceux qui la parlent.

Je porte en bouche l’amour de cette langue, grosse de ses cultures et des Saint-Jean-Baptiste à venir, et je vous l’offre depuis l’île d’où je vous viens et où nous sommes nés. Bonne Saint-Jean, bonne Fête nationale !

Denis Mateo
Ambassadeur
L’Outaouais en fête
édition 2003

Le 27 mai 2003