| Mercredi, 29 novembre 2000 21:44 | LA FÊTE |
|
(Allocution faite à Aylmer, le mardi 30 mai à 10 h) La première chose qui me vient en tête ce matin - et vous comprendrez du coup le surprenant costume que je porte - cest de vous raconter une histoire qui se passe au XVIIIe siècle.Pendant quau loin, en France, François Marie Arouet faisait le bonheur ou le malheur de certaines bourgeoises ou prenait lair avec quelque primesautiè re marquise, au son des musiques de lharmonieux et brillant Lully, non loin dici, dans ce qui allait devenir le parc des Cèdres, lun des plus magnifiques sites du territoire de lOutaouais, il y avait aussi un mouvement de va-et-vient, où, cette fois, la musique ne rejoignait pas seulement lagréable, mais encore encourageait l utile. Un spectateur attentif aurait pu entendre, parmi les cris nasillards des sarcelles et lappel langoureux du huard, une histoire damour peu ordinaire chantée sur la rivière par des hommes vêtus comme moi dune chemise rouge, dune tuque en laine, de mitasses, cest-à- dire de jambières, de souliers de chevreuil, dune bourse aux couleurs voyantes appelée aussi sac à feu, où ils jetaient non seulement leur pipe, leur briquet et leur tabac mais aussi tout leur coeur. Dans cette histoire, chantée par nos valeureux voyageurs, il est question dun homme qui vient voir sa fiancée, laquelle a appris quil partait pour la guerre. Il la trouve éplorée. Il lui dit la vérité, lui demande même de venir le reconduire jusquau pied du rocher, où là, dans un grand moment de partage, il lui avoue quil lépousera si la guerre le ramène. La jeune fille sappelait Françoise. Depuis des siècles, Françoise est sur les lèvres des jeunes hommes qui remontent lOutaouais dans leurs grands canots de maître. Car layant tant trouvé seulette « sur son lit qui pleurait, Maluron lurette », ils ont décidé de la prendre avec eux jusquaux Grands Lacs, en sorte de toujours lavoir bien en bouche. On appelait ces voyageurs les « galériens chantants », non seulement parce quils ramaient dix-huit heures par jour en remontant les courants, mais encore parce quils transportaient dans leur musique les airs les plus chauds et le nom le plus doux. Ils ont porté à travers lAmérique la belle langue française. Ils ne se vautraient pas, chaque soir, dans lédredon comme François Marie Arouet, dit Voltaire, lhomme des « quelques arpents de neige », mais sur un lit de branches de cèdre coupées sur le rivage de la Grande Rivière. à leur façon, ils avaient le sens de la fête. Ces hommes des canots géants chantaient la liberté au rythme des saisons de leurs chairs. La morale de cette histoire : il ny a pas de plus belles noces que celles de langue et du coeur. Notre fête nationale, cest aussi ce moment où nous devons dun seul coeur chanter aux sarcelles et aux cèdres de notre pays une belle histoire damour :
Stéphane-Albert Boulais, écrivain |
Faites un don ou devenez membre d'Impératif français
Pour faire un don rapidement
| 28.05.2012 à 19h30 - GUY PERREAULT |