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Dimanche, 19 décembre 2004 15:27
QUÉBEC-RADIO Imprimer
- La qualité du français : souveraineté ou aliénéation ?

Réplique de Québec-Radio à Paul Rivard

Bonjour Monsieur Rivard,

Tout d’abord, j’aimerais vous remercier pour l’intérêt que vous portez à Québec-Radio.

Concernant notre dénomination, le nom « Québec-Radio » a été choisi pour une simple question de logistique avec la toile mondiale. Si vous effectuez une recherche sur un moteur quelconque en inscrivant « stations de radio du Québec » ou encore « radio Québec », il y a beaucoup plus de chances que notre site internet sorte parmi les premiers que si nous avions eu une autre dénomination. Il était hors de question que nous utilisions Radio-Québec, ce qui aurait causé une confusion avec l’ancienne appellation du réseau de télévision du même nom.

En ce qui concerne la qualité de la langue des chansons diffusées à Québec-Radio, sachez que nous sommes une radio populiste et non élitiste. Donc plusieurs pièces comportent des anglicismes et du joual ce que les français appellerait de l’argot. Si nous nous limitions à diffuser seulement des chansons dans un parfait français, nous serions très limités dans le choix; Félix Leclerc, Pierre Calvé, Monique Leyrac, Claude Gauthier...

Le joual et par le fait même les anglicismes font parti qu’on le veuille ou non de la culture populaire Québécoise. Michel Tremblay avec sa pièce « Les Belles Soeurs » à la fin des années soixante a réussi, en brisant les normes, à créer une culture populaire Québécoise. Si ça n’avait pas été de lui, nous en serions encore aux pièces burlesques des années 40-50. Même chose avec la chanson. C’est Robert Charlebois qui fût le premier en 1967 à inclure du langage populaire dans ses chansons, ainsi le rock pouvait se chanter en « Québécois ». Cette influence peut encore se faire sentir chez les Daniel Boucher de la nouvelle génération.

Lorsque vous nous suggérer de diffuser des pièces acadiennes ou cajuns, sachez que nous en diffusons déjà et que ces chansons sont truffées d’anglicismes ou de « chiac ».

Je suis du même avis que vous, un média de communication se doit de donner l’exemple en matière de qualité de langue française. C’est pourquoi nos futurs animateurs se devront de parler dans une langue la plus correcte possible et par le fait même, la plus accessible possible. En tant qu’animateur de radio ayant environ une vingtaine d’années d’expérience, il m’arrive, moi aussi de commettre certaines fautes de français, je ne demande qu’à être corrigé. Mais concernant la chanson, ces pièces sont des oeuvres d’art et elles ont étés composés et enregistrés de cette façon. C’est notre langue populaire. écoutez les chansons d’un français comme Renaud, vous constaterez à quel point il utilise des anglicismes et de l’argot, sans toutefois massacrer la langue française.

En conclusion, je ne crois pas que Québec-Radio mette en péril la langue française au Québec, bien au contraire elle en fait la promotion.

Sur ce, j’espère vous compter, Monsieur Rivard, parmi nos plus fidèles auditeurs.

Cordialement,

Claude Fournelle
Programmation
Québec-Radio
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La qualité du français à la station Québec-Radio : souveraineté ou aliénéation ?

Monsieur Fournelle,

Je viens de découvrir l'existence de la station Québec-Radio, qui s'identifie comme la radio souverainiste du Québec. Or, dès mes premières minutes d'écoute, j'entends une chanson, de Marjo, me semble-t-il, dont le refrain utilise ad nauseam les mots anglais « slow motion ». Au moment où je reviens devant mon ordi, après avoir pris mon petit déjeuner, j'entends Valiquette, dont j'oublie le prénom, chanter : « C'est ben l'fun, c'est ben l'fun, c'est ben l'fun ».

à mon avis, les gens qui, comme Marjo ou Valiquette, n'hésitent pas à exprimer leurs idées en polluant leur langue avec la langue des autres, surtout quand, comme dans ces cas qui nous occupent, ces emprunts n'expriment rien qui ne puissent être exprimé en français, sont loin de contribuer à notre souveraineté comme peuple ; bien au contraire, ils sont des instruments de notre aliénation, car le fait même d'employer des anglicismes comme ils le font dénote une paresse intellectuelle dont l'effet est pernicieux. En effet, il laisse aux auditeurs de telles chansons un message qu'on pourrait qualifier de subliminal, soit celui qu'il est impossible d'exprimer toutes les nuances de sa pensée sans avoir recours à des mots anglais ou à des tournures de cette langue et donc que notre propre langue, le français, est inférieure à celle des Anglo-Saxons.

Je commence ce paragraphe après avoir dû m'arrêter pour faire une course urgente et ce que j'entends présentement est une chanson avec de longs passages en anglais qui commencent par « Mummy », chanson jadis interprétée par Pauline Julien. En passant, ce mot anglais se traduit non seulement par maman, comme le contexte de cette chanson le fait entendre, mais aussi par momie, ce qui est plus près de la réalité subliminale...

Je ne vous cacherai pas aussi que je suis déçu qu'une radio qui se proclame souverainiste se désigne elle-même par une appellation dont la syntaxe est anglaise. c'est-à-dire qui place le déterminant avant le déterminé. En cela, les responsables de cette station radiophonique copient servilement ceux des stations radiophoniques de la République française appelées France Culture et France Musique, mais faut-il rappeler aux responsables de la mal nommée QUéBEC-RADIO, dont vous faites partie, Monsieur Fournelle, que, depuis que la population de l'Hexagone, par inertie, a fini par s'habituer à de telles appellations qui vont à l'encontre du génie de la langue qu'elle partage avec nous, la France n'a cessé de s'angliciser, au fur et à mesure que des tournures comme celles-là ont proliféré (Paris-Match, Johnny Hallyday Story, France Télécom, etc.) au point où presque plus personne ne réagit, dans le pays de nos ancêtres et de nos frères en civilisation, au moment où des colonisés réclament, là-bas, comme ici, l'enseignement de l'anglais dès le primaire et où l'état s'apprête à entériner officiellement un usage, déjà amorcé, de déposer, uniquement en anglais, des brevets auprès des autorités compétentes de la République. Une pétition pour empêcher une telle infamie est accessible sur la Toile mondiale depuis environ deux ans et n'a recueilli, à ce jour, que 411 signatures ( www.voxlatina.com ).

Pendant que j'écrivais le paragraphe que je viens d'achever, j'ai entendu une chanson qui m'a semblé être interprétée par Raymond Lévesque, chanson dans laquelle foisonnaient les anglicismes, non seulement lexicaux, mais aussi de prononciation. Par exemple, on y fait rimer « Châteauguay » avec « Salaberry », en prononçant ce dernier mot comme s'il se terminait par « beurré ». Or, il s'agit d'un nom français, dont les deux dernières syllabes correspondent au nom d'une province française, le Berry, dont la dernière syllabe rime plutôt avec « chéri » qu'avec « sherry ». Est-il besoin de vous rappeler, Monsieur Fournelle, que les médias, en une semaine, ont infiniment plus d'influence sur la correction langagière ou sur la détérioration de la langue, que pourraient en avoir, en un an, tous les enseignants de français. N'oubliez que les gens qui écoutent la radio, ou qui, simplement l'entendent dans les divers commerces où ils se rendent, sont beaucoup plus sensibles, pour ne pas dire ouverts, aux modèles proposés par la radio, répétés à l'envi, qu'aux recommandations d'enseignants de français, lesquels sont, d'ailleurs, eux aussi, portés à croire que les formes entendues dans les divers médias sont nécessairement correctes, car, la plupart, s'imaginent, à tort - à mon avis, que les médias n'oseraient pas utiliser des formes incorrectes. Le rôle est médias est donc extrêmement important et nous ne nous en sortirons jamais, si les dirigeants des médias n'en ont pas conscience.

Je vous invite donc, Monsieur Fournelle, à faire en sorte que le nom de votre station soit véritablement français (pourquoi pas : LA RADIO SOUVERAINISTE?), mais aussi qu'elle soit soucieuse de la qualité du français qu'elle diffuse. Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi cette radio se limiterait à la seule chanson québécoise; au contraire, qu'elle accueille les chansons des interprètes de toute la francophonie, mais qu'elle s'applique, en particulier, les talents acadiens, cadiens, franco-américains, franco-ontariens, franco-manitobains, fransaskois, franco-albertains, franco-colombiens, franco-yukonais, franco-ténois et franco-nunavutois, sans négliger les talents encore plus méconnus peut-être du Val d'Aoste, en Italie, des îles franco-normandes de Jersey et de Guernesey et des talents francophones de pays non francophones, comme il peut en exister au Mexique ou dans les autres pays des Amériques. à ce chapitre, je me ferai fort de vous faire connaître des sites de musique cadienne, de Louisiane ou du Texas, mais aussi de musique franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre. Je veux, en effet, terminer ce message, par une note positive. Je vous félicite donc, vous et toute l'équipe qui vous entoure, de cette magnifique initiative d'avoir fondé une radio qui veuille mettre en évidence le talent québécois et qui se prononce en faveur de la souveraineté. Toutefois, j'insiste pour dire que la souveraineté ne doit pas être présentée comme une fermeture sur soi, mais une fierté de ce que nous sommes : c'est pourquoi l'ouverture de vos ondes aux talents d'expression française de partout dans le monde, en particulier d'Amérique, bien sûr, me semble indispensable à cette démonstration que notre souveraineté en matières linguistique et culturelle peut aussi se nourrir des productions culturelles de nos frères et soeurs en civilisation française.

Veuillez agréer, Monsieur Fournelle, mes salutations distinguées

Paul RIVARD
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Voir aussi :
QUéBEC-RADIO
Un tout nouveau média souverainiste
http://www.imperatif-francais.org/dossiers/dossiers.php?id_dossier=3345

(Le 18 décembre 2004)

 

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