
Histoire
Les francophones de Flandre, à l'imparfait
Paul Vaute
Les Lys de
Flandre par Luc Beyer de Ryke.
Office d’édition impression librairie (OEIL) - François-Xavier de Guibert, rue
Jean-François Gerbillon 3, 75006 Paris (France), 165 pp., 19 euros.
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A
l'athénée en terre flamande où Luc Beyer de Ryke fit ses études, il fallut un
jour que le recteur intervienne pour empêcher la transformation de la cour de
récréation en champ de bataille de Groeninghe. Les élèves flamingants et
fransquillons - enfin, un tantinet - rejouaient le Lion et le Lys, les
communiers et les chevaliers de la bataille des Eperons d'or. Rien d'étonnant
si ce `mythe fondateur´, dont le septième centenaire vient d'être
célébré, sert de point de départ à l'étude que le journaliste et député
européen honoraire consacre aux francophones du plat pays.
Pour ceux qui se souviennent du présentateur du Journal télévisé et d'autres
émissions, précisons qu'il a la plume aussi élégante que la parole: un régal,
donc. Sur le fond, sa démarche combine recherche historique, regard
sociologique et témoignage personnel, non sans laisser filtrer tristesse et
nostalgie du paradis perdu. Il y a dans ces pages comme une révolte refoulée,
assez proche sans doute des sentiments qu'ont dû éprouver maints Flamands de
Bruxelles, au XIXe siècle, en voyant leur ville se franciser inéluctablement.
Ou encore et en plus grand nombre, les Français qui assistèrent à l'extinction
de leur dialecte breton, poitevin ou occitan sous les coups de latte des
instituteurs de l'Etat jacobin administrés aux doigts des petits patoisants.
LA BOURDE DU CARDINAL
La différence est qu'ici, ce n'est pas le peuple qui a souffert mais une
classe dominante. Quand l'auteur, né en 1933 à Gand, est entré au conseil
communal de la cité des Van Artevelde, sept des dix sièges libéraux étaient
occupés par des francophones affirmés ou prudents. A présent, il en reste un
pour l'ensemble des élus.
Notre confrère n'idéalise pas. Dans un passé plus lointain, la domination de
cette bourgeoisie et de cette aristocratie `ne fut pas exempte
d'injustices´, trop favorisées qu'elles étaient par `le jeu des
intérêts, des équilibres sociologiques, le rayonnement intellectuel de la
langue française´. Est épinglée à juste titre, la condescendance d'un
cardinal Mercier quand il affirmait, après la Première Guerre mondiale, que
`les Flamands qui voudraient flandriciser une université n'ont pas assez
réfléchi au rôle supérieur auquel doit prétendre cette université´. Propos
d'époque? Il nous remet au contraire en mémoire que les Tchèques disposaient
alors d'une université dans leur langue, à Prague, depuis 1880...
Sur l'autre plateau de la balance s'accumulent les dérives du mouvement
flamand, en particulier au cours des deux guerres mondiales, et la manière
dont il a débouché sur `un dispositif législatif, scolaire, administratif´
visant à l'éradication d'une minorité `à laquelle le vocable même de
minorité et un statut approprié est dénié´ (le cas très spécifique des
francophones de la périphérie bruxelloise n'est pas envisagé ici).
L'unilinguisme régional, ce `rouleau compresseur´ enclenché
méthodiquement par la législation de 1932, est aujourd'hui à ce point accompli
qu'on se prend à rêver devant le catalogue des droits reconnus sans problème
aux 5 pc de suédophones de Finlande.
Ceux qui, comme de Coster ou Verhaeren, aiment la Flandre dans la langue de
Molière, perçoivent avec plus d'acuité l'homogénéisation culturelle comme une
négation de l'héritage national. Le Nord s'est enrichi, au fil des siècles,
d'influences romanes comme le Sud d'influences germaniques. N'est-il pas
surprenant `de voir le souvenir de la Bourgogne plus présent et illustré à
Bruges, Gand ou Bruxelles qu'à... Dijon´ ?
Peut-être ces réalités et bien d'autres qui nous sont rappelées par Luc Beyer
seront-elles assez solides et défendues, demain, pour imposer un tournant
radical à une nouvelle génération de politiques. Sinon, il aura offert un beau
chant désespéré à sa communauté d'`âmes mortes´ qu'on ne peut même plus
recenser.
© La Libre Belgique 2002
Cet article provient de
http://www.lalibre.be
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http://www.ulb.ac.be/philo/urhm/lys1.html
Mis en
ligne le 18/07/2002
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(Le 27
novembre 2003)