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FRANSQUILLON : UNE ESPÈCE EN VOIE DE DISPARITION Version imprimable Suggérer par courriel
02-12-2003

FRANSQUILLON : UNE ESPèCE EN VOIE DE DISPARITION

Ayant vu par hasard que vous aviez repris un article à propos de l'ouvrage
de mon père sur les Francophones des Flandres, je me permets de vous envoyer
deux autres articles sur le même sujet.

Bien à vous,

Benoît BEYER de RYKE
Université Libre de Bruxelles (ULB)
CP 108
50 avenue F. D. Roosevelt
1050 BRUXELLES
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Site : www.ulb.ac.be/philo/urhm

Pour lire

Fransquillon : une espèce en voie d'extinction...

« Les lys de Flandre Vie et mort des Francophones de Flandre » par Luc Beyer de Ryke

Luc Beyer, l’ancien présentateur du JT de la RTB partage son temps entre Uccle et Montmartre mais « sa » Flandre natale le rend toujours nostalgique. Et davantage encore son appartenance à une espèce en voie d’extinction : les francophones de Flandre. Au point d’avoir voulu leur rendre hommage à un moment éminemment symbolique : le 700e anniversaire de la bataille des Eperons d’or.

Fransquillon, il est né, fransquillon, il mourra mais, à ses yeux, ce terme politiquement incorrect aujourd’hui, reste une marque de fabrique, une référence... C’est que Beyer estime que les reproches faits aux siens depuis le XIXe siècle ne sont pas fondés. Même s’il y a eu des abus au nom d’une soi-disant supériorité de la langue de Voltaire, les francophones ont aussi contribué à la réputation de la Flandre. Certes, ils ont pu dominer le peuple et un retour de balancier était inéluctable. Toutefois l’auteur regrette l’outrance de la réaction flamande. Un dispositif législatif, scolaire, administratif a conduit à l’éradication de la minorité francophone. Une minorité à laquelle le vocable même de minorité et un statut approprié sont déniés. Et de constater que depuis quarante ans, la suppression du volet linguistique du recensement ne leur permet même plus de se compter. Certes, le Conseil de l’Europe a constaté récemment que la Flandre ne respectait pas ses minorités, mais il n’y a pas un fifrelin d’espoir que ça change. Car dans ce combat, il n’y a ni majorité ni minorité, mais uniquement des Flamands très, très convaincus.

Au nom du devoir de mémoire, l’ex-parlementaire a rendu hommage aux francophones de Flandre. Beyer prévient qu’il ne s’agit pas de ceux qui vivent en périphérie bruxelloise, axés sur la capitale. Ils sont pourtant sur le même bateau : là aussi, l’exercice de la liberté culturelle devient difficile. Mais moins qu’en Flandre où les cercles et les clubs francophones ont pratiquement tous disparu. Le racisme y est même religieux : depuis belle lurette, les catholiques n’ont plus le droit de professer leur foi in ‘t frans. C’est à l’heure de Vatican II qui a ouvert l’Eglise aux langues modernes que l’on a banni le français des églises. La franc-maçonnerie est bien plus tolérante : Gand compte encore des loges bilingues...

Beyer rappelle aussi que la presse francophone a disparu. Les quotidiens ont succombé dans les années septante, alors que la presse périodique survit au singulier avec « La Semaine d’Anvers ».

Par-delà le constat de décès, Beyer veut laisser un témoignage plus positif. Dans le style inimitable qui fut le sien sur les ondes, il égrène le Livre d’heures de la Flandre depuis 1302. Une évocation romantique qui n’en reste pas moins réaliste lorsqu’il explique comment les Wallons ont participé à l’éradication des des francophones de Flandre.

Beyer ne croit pas au retour du passé. Forcément, la Belgique léopoldienne a vécu mais le libéralisme d’esprit, de langue, de culture lui, n’a pas d’heure. Il exige un respect mutuel et l’effort d’aller vers l’autre. Mais il faut une bonne volonté réciproque. Et ça...·

CHRISTIAN LAPORTE

Editions François-Xavier de Guibert, Paris, 165 pp,19 euros.

© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002

http://www.ulb.ac.be/philo/urhm/lys.html

Histoire

Les francophones de Flandre, à l'imparfait

Paul Vaute

Les Lys de Flandre par Luc Beyer de Ryke. Office d’édition impression librairie (OEIL) - François-Xavier de Guibert, rue Jean-François Gerbillon 3, 75006 Paris (France), 165 pp., 19 euros.

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A l'athénée en terre flamande où Luc Beyer de Ryke fit ses études, il fallut un jour que le recteur intervienne pour empêcher la transformation de la cour de récréation en champ de bataille de Groeninghe. Les élèves flamingants et fransquillons - enfin, un tantinet - rejouaient le Lion et le Lys, les communiers et les chevaliers de la bataille des Eperons d'or. Rien d'étonnant si ce `mythe fondateur´, dont le septième centenaire vient d'être célébré, sert de point de départ à l'étude que le journaliste et député européen honoraire consacre aux francophones du plat pays.

Pour ceux qui se souviennent du présentateur du Journal télévisé et d'autres émissions, précisons qu'il a la plume aussi élégante que la parole: un régal, donc. Sur le fond, sa démarche combine recherche historique, regard sociologique et témoignage personnel, non sans laisser filtrer tristesse et nostalgie du paradis perdu. Il y a dans ces pages comme une révolte refoulée, assez proche sans doute des sentiments qu'ont dû éprouver maints Flamands de Bruxelles, au XIXe siècle, en voyant leur ville se franciser inéluctablement. Ou encore et en plus grand nombre, les Français qui assistèrent à l'extinction de leur dialecte breton, poitevin ou occitan sous les coups de latte des instituteurs de l'Etat jacobin administrés aux doigts des petits patoisants.

LA BOURDE DU CARDINAL

La différence est qu'ici, ce n'est pas le peuple qui a souffert mais une classe dominante. Quand l'auteur, né en 1933 à Gand, est entré au conseil communal de la cité des Van Artevelde, sept des dix sièges libéraux étaient occupés par des francophones affirmés ou prudents. A présent, il en reste un pour l'ensemble des élus.

Notre confrère n'idéalise pas. Dans un passé plus lointain, la domination de cette bourgeoisie et de cette aristocratie `ne fut pas exempte d'injustices´, trop favorisées qu'elles étaient par `le jeu des intérêts, des équilibres sociologiques, le rayonnement intellectuel de la langue française´. Est épinglée à juste titre, la condescendance d'un cardinal Mercier quand il affirmait, après la Première Guerre mondiale, que `les Flamands qui voudraient flandriciser une université n'ont pas assez réfléchi au rôle supérieur auquel doit prétendre cette université´. Propos d'époque? Il nous remet au contraire en mémoire que les Tchèques disposaient alors d'une université dans leur langue, à Prague, depuis 1880...

Sur l'autre plateau de la balance s'accumulent les dérives du mouvement flamand, en particulier au cours des deux guerres mondiales, et la manière dont il a débouché sur `un dispositif législatif, scolaire, administratif´ visant à l'éradication d'une minorité `à laquelle le vocable même de minorité et un statut approprié est dénié´ (le cas très spécifique des francophones de la périphérie bruxelloise n'est pas envisagé ici). L'unilinguisme régional, ce `rouleau compresseur´ enclenché méthodiquement par la législation de 1932, est aujourd'hui à ce point accompli qu'on se prend à rêver devant le catalogue des droits reconnus sans problème aux 5 pc de suédophones de Finlande.

Ceux qui, comme de Coster ou Verhaeren, aiment la Flandre dans la langue de Molière, perçoivent avec plus d'acuité l'homogénéisation culturelle comme une négation de l'héritage national. Le Nord s'est enrichi, au fil des siècles, d'influences romanes comme le Sud d'influences germaniques. N'est-il pas surprenant `de voir le souvenir de la Bourgogne plus présent et illustré à Bruges, Gand ou Bruxelles qu'à... Dijon´ ?

Peut-être ces réalités et bien d'autres qui nous sont rappelées par Luc Beyer seront-elles assez solides et défendues, demain, pour imposer un tournant radical à une nouvelle génération de politiques. Sinon, il aura offert un beau chant désespéré à sa communauté d'`âmes mortes´ qu'on ne peut même plus recenser.

© La Libre Belgique 2002

Cet article provient de http://www.lalibre.be

Adresse de l’article : http://www.lalibre.be/article.phtml?id=5&subid=103&art_id=71892

http://www.ulb.ac.be/philo/urhm/lys1.html

Mis en ligne le 18/07/2002

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(Le 27 novembre 2003)