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CULTURE ET RADIO EN BELGIQUE Version imprimable Suggérer par courriel
05-11-2003

CULTURE ET RADIO EN BELGIQUE
Belgique - Les programmes culturels sont gravement menacés.

Cette carte blanche parue mardi dernier dans le journal belge "Le Soir" (ci-joint en format pdf), qui montre qu'hélas dans ce pays
comme dans beaucoup d'autres la place de la culture dans les médias se réduit comme peau de chagrin.

PS : pour ceux que cela intéresse, voici le lien vers le site de la pétition
http://users.skynet.be/musique3/

[Ancien lien]
http://www.ulb.ac.be/philo/urhm/musique3.html

LE SOIR www.lesoir.be
La culture à la RTBF : un enjeu démocratique

CARTE BLANCHE
Benoît Beyer de Ryke
Secrétaire de l'unité de recherche en histoire médiévale de l'ULB
Hubert Roland
Secrétaire de l'unité de littératures et cultures comparées des langues germaniques de l'UCL

« Les programmes culturels de Musique 3 (.) sont gravement menacées par le plan Magellan »
Les informations des derniers jours le confirment : les programmes culturels de Musique 3, six émissions hebdomadaires de quarante-cinq minutes chacune bien connues des auditeurs de la chaîne, sont gravement menacées par le plan de restructuration Magellan et le nouveau cahier des charges. Et pourtant, on sait que les émissions culturelles (qu'elles portent sur l'histoire, la philosophie, la littérature ou autres sciences humaines ou exactes) sont rares dans le paysage radiophonique belge. Notre pays n'étant pas doté d'une chaîne uniquement dédiée à la culture et à la création radiophonique comme France Culture (dont la réception en Belgique continue d'être brouillée par Q-Music), les émissions culturelles parlées trouvent jusqu'à ce jour place sur Musique 3. Leur qualité incontestable leur procure un audimat non négligeable (y compris en termes de rentabilité), sensible à ce que l'on pourrait appeler un « devoir d'inactualité » au sens où Nietzsche parlait de considérations inactuelles et donc toujours actuelles. Le succès déjà rencontré par la pétition que nous avons récemment initiée atteste que nombreux sont, dans les milieux les plus divers, ceux qui apprécient la mission de service public accomplie jusqu'ici avec brio par Musique 3, chaîne musicale et culturelle de la RTBF et de la Communauté française de Belgique. Ils apprécient à sa juste valeur que le service public puisse encore proposer à l'auditeur ce qu'il n'entend pas ailleurs. Ils sont donc très inquiets face à une restructuration profonde de Musique 3, qui verrait de telles productions réduites à peau de chagrin, voire supprimées. Et honteux de voir la chaîne publique belge francophone sacrifier ainsi quelques uns de ses meilleurs atouts, là où ni la Flandre ni les voisins français, allemand ou britannique ne songent un instant à remettre en cause le rôle éducatif et culturel de la radio, media au coût minime tant pour l'auditeur que pour les instances de production.

Les discussions relatives aux différentes conceptions de la culture ne relèvent pas de l'élucubration d'intellectuels en chambre. Elles illustrent bel et bien des enjeux de société. Dans sa réflexion sur « la crise de la culture », Hannah Arendt resituait bien les enjeux d'un appauvrissement de la culture au stade de loisirs. La société de masse qui impose à ses membres la consommation de biens « culturels » dont l'uniformisation n'a d'égal que la multiplication exponentielle des canaux de diffusion dans le paysage audio-visuel libéralisé n'est pas uniquement soumise à une commercialisation qu'on peut approuver ou regretter. Elle n'invite plus à un espace de détachement des contraintes immédiates et de liberté pour le monde et ses cultures. Il n'y est plus question de valeurs destinées à être échangées mais de biens de consommation destinés à être usés jusqu'à épuisement.

Les enjeux dont il est question ici ne relèvent pas seulement de la philosophie politique ou de l'esthétique. La diversité des points de vue qui trouve à s'exprimer par ce canal, si elle constitue un exercice de résistance contre la pensée unique, favorise aussi une interdisciplinarité que toutes les instances de recherche internationales considèrent comme un acquis réel des dernières années. Car plus personne ne songe à contester que, face à la complexité des problèmes, les disciplines des sciences humaines, exactes et médicales ont tout à gagner à croiser leurs regards dans l'exercice d'une perspective globale. Une réflexion élémentaire associe enfin ces questions à un indispensable exercice de démocratie. La fragmentation de l'information culturelle, qui s'accompagne toujours d'une soumission de celle-ci aux sujets à la mode et aux impératifs de promotion des derniers biens sur le marché de consommation empêche le débat d'idées, gêne la compréhension des enjeux réels et invite à se rallier à l'opinion dominante sous la guidance du plus influent ou du plus charismatique. Oui un programme qui aborderait les mécanismes du pouvoir et de la guerre à l'époque de Napoléon appelle certains développements qui ne peuvent être balayés en l'espace de quelques minutes ; il en est de même pour une réflexion sur les sectes et les hérésies à travers l'histoire, sur la mondialisation au XVIe siècle, sur la psychologie du martyr qui sacrifie sa vie au service de la cause etc. Autant de sujets « inactuels » dont l'actualité immédiate n'appelle pas de longs développements.

Pour toutes ces raisons, il nous semble urgent de lancer un appel vigoureux -sous forme de pétition - contre toute réduction des programmes culturels sur Musique 3, la chaîne musicale et culturelle de la RTBF, radio de service public de la communauté française de Belgique.

Site de la pétition : http://users.skynet.be/musique3/
[ancien site : http://www.ulb.ac.be/philo/urhm/musique3.html ]

(Le 31 octobre 2003)