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Lundi, 01 juillet 2002 16:48
UNE LANGUE INOUÏBLIABLE Imprimer

Une Langue inouïbliable
Franc idiome ou franche idiotie

Objet : La Langue de chez-nous, chez Historia ou ailleurs

Site du Réseau AstralMedia inc. :
http://www.astral.com/fr/01/01_04.asp et/ou http://www.astral.com/fr/01/01_04_01.asp
Adrélec de la chaîne de télévision Historia : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
« Longtemps les murs ont été les gardiens des mots.
Et aujourd¹hui, les mots sont devenus les gardiens des murs. »

Gilles Vigneault, La Chanson comme miroir de poche
J'aime bien le concept Historia.

Le plus souvent, les documentaires ne manquent pas d'intérêt. Les fictions, films et téléséries conjugués, me semblent également choisis avec un certain soin. La très torontoise AstralMedia - et c'est décidément à son honneur (le phénomène se révèle suffisamment rare, en effet, pour qu'il soit ici expressément signalé) - a saisi de même l'à-propos (mais que dis-je là: l'impératif!) d'inclure dans ses diffusions de nombreux dossiers concernant spécifiquement le pays de Félix Leclerc et de Gaston Miron. à cet égard, j'apprécie singulièrement la série qui oriente ses projecteurs sur «Les 30 journées qui ont fait le Québec».

Le grand handicap d'Historia, toutefois, et il est de taille, réside dans la langue qu'on y «étale». Laquelle se loge à un doigt de l'insoutenable, à plein dans l'indéfendable. Et si certains présentateurs ou animateurs témoignent d'un verbe correct (Claude Charron ou Pierre Nadeau, par exemple), il faut bien admettre que c'est là l'exception...

Une illustration parmi moult et moult. Je me réjouissais de syntoniser la chaîne le soir du 25 courant afin d'écouter le documentaire portant sur la fameuse «Citadelle de Québec». Or, il est invraisemblable combien la totalité des intervenants (et ils étaient nombreux), hormis peut-être Tex Lecor à titre de présentateur principal, ont démontré une langue approximative, bourrée d'impropriétés et d'erreurs de toutes sortes. Tous, sans exceptions. Bref, un langage terriblement pauvre à tous égards assomma l'auditeur toute l'heure durant: un Suisse, un Martiniquais, un Belge, un Sénégalais ou un Français n'y auraient pas retrouvé leur latin, tout au plus ...l'idée générale. Pour le dire sans détour: j'eus l'impression de visionner une vidéocassette élaborée par des étudiants de Secondaire.

Prenons acte et allons droit au but : La désolante qualité de l'expression verbale d'un grand nombre des collaborateurs/trices d'Historia atteint parfois aux limites de l'intelligible. Ce qui en rend l'écoute tout simplement exaspérante...

Je le répète: j'estime Historia. Je signifie en cela, quoique relativement inégale, sa programmation en termes de contenu. Mais hélas! il est très difficile d'accorder crédibilité à une entreprise dont le niveau linguistique nous ramène tout droit à... Télévision Quatre Saisons (TQS). Par le truchement de cette antenne, je m'attends à "recevoir" chez moi des gens compétents et capables de m'informer de manière intelligente. Et tout d'abord: intelligible. Non point des figurants avec une "poignée" de phrases déglinguées en bouche comme tout bagage...

C'est résolument irrespectueux pour votre auditoire que de laisser langue semblable se déhancher sur les ondes. Vraiment, et en dépit de ma plus que bonne volonté et de mes «préjugés favorables» à votre endroit, je ne parviens plus à passer outre. à défaut de quoi il s'agirait, en quelque sorte, de s'entêter à encaisser constamment les gifles assénées par une séduisante demoiselle aux charmes (que l'on croit) prometteurs.

S'il est vrai, à l'image du premier quidam venu, qu'une organisation quelconque peut tenir un discours vide et sans intérêt dans une langue châtiée, il s'avère non moins exact d'affirmer - c'est là un principe de base dans l'univers de la communication en général, dans la sphère du savoir et de l'information en particulier - que celle-ci ne saurait espérer se voir gratifiée d'une crédibilité supérieure à la trempe du messager qu'elle affecte à la 'transmission'. Quelles que soient la pertinence et les vertus du message par ailleurs. Eh oui! The Medium is the Message, nous enseigne MacLuhan depuis maintenant belle lurette.
L'alternative : Franc idiome ou franche idiotie
Cela dit, et à sa défense, au moins en partie, je conviens que ladite chaîne ne récolte pas sans nuances tous les torts. Si les spécialistes, ou présumés tels, des thèmes abordés se révèlent pour la plupart (pas tous sans distinctions, mais enfin...) impuissants à s'exprimer dans une langue simplement décente (je ne dis pas: littéraire), c'est que le problème se manifeste tout en un comme académique, sociétal, collectif et... abyssal. Et qu'en l'occurrence, il dépasse sans conteste les décisions ponctuelles d'Historia - de nature administrative ou sous l'angle de la planification des contenus, indifféremment. Bien que ces dernières pourraient assurément, en de nombreuses occasions, se montrer nettement plus judicieuses. La "modicité" a un prix. Fort.

On peut, je crois, identifier d'emblée ici l'un des plus criants symptômes de ce qu'il ne sera pas excessif de nommer une «crise»: on accorde au Québec des diplômes universitaires, doctorats compris, à des individus doués d'une langue cacochymique. C'est là l'indice d'un malaise extrêmement sérieux et aux conséquences imprévisibles. Ou plutôt si! Car «si un handicapé de la langue est un infirme de l'esprit
*, un peuple doué d'une langue bâclée se la fera bientôt forcément trancher.» Quoi qu'on en ait, avec Aristote il faut se rendre à l'évidence: l'homme reste fondamentalement politique par essence. Mais ne nous égarons point...

Aussi (ajouterai-je de manière à peine accessoire), face à pareille «urgence nationale» (inaptitude à "dompter" le français après seize, dix-huit, voire plus de vingt ans d'étude), n'est-il pas trivial jusqu'à l'absurde de prôner l'enseignement de l'idiome anglais dès la toute première année scolaire de nos enfants, ainsi que le réclament M. Jean Charest, le parti qu'il dirige et quelques citoyens pas toujours bien informés...?

Une société qui perd la maîtrise de son verbe ne s'expose pas seulement à déconstruire son destin à chacun de ses pas: elle atrophie sa faculté de penser comme on ampute une main déchiquetée. Devenus incapables de réfléchir, faute d'outils valides et de compétences langagières solidement acquises, ses citoyens deviennent progressivement inaptes à comprendre plus que l'élémentaire de l'existence. En outre, et en particulier, cette société évente irrémédiablement chez ceux-ci leur pouvoir critique; ce qui les mine au coeur même de leur capacité d'agir, de s'affirmer, de s'affermir enfin, puis de grandir et d'évoluer. En clair, notre idiome national s'apparente de plus en plus, ce me semble, à la novlangue orwellienne de 1984. Or débiliter la langue d'un peuple - l'infirmer, rigoureusement parlant -, c'est, à terme, faire de celui-ci un troupeau dont le premier tyran venu s'emparera comme d'un fruit mûr.

The Worst New Words for the Brave New World ?

Quand au sein d'un pays les «dépositaires du savoir» ne «possèdent» même plus leur propre langue, c'est que celui-ci a d'ores et déjà lâché prise quant à sa Volonté d'être. Il a sécrété en son organisme la bactérie mangeuse d'avenir.

Il a d'ores et déjà décrété sa fin.

Jean-Luc Gouin
27 juin 2002

Petite-Rivière-St-François
En Charlevoix, Québec
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* Nonobstant l'intelligence de celui-ci, laquelle peut certes à l'occasion s'avérer rien moins que géniale. Mais un génie cloué dans son mutisme, faute de l'instrument fondamental de la pensée - la rigueur des mots dans une construction mentale structurée -, est-il autre chose qu'un terroriste en (im)puissance...? Voir si désiré « Le Franc Pays », en: http://www.vigile.net/idees/polgouinpays.html

 

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