| Mercredi, 13 février 2002 20:01 | PRATIQUES LINGUISTIQUES |
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PRATIQUES LINGUISTIQUES Jean-Paul Perreault, fidèle et vaillant comme peu dans ses efforts pour empêcher lengloutissement de la francophonie sous la marée de langlicisation, sonnait à nouveau lalarme récemment par rapport, cette fois, aux « pratiques linguistiques » anglicisantes que Gatineau sapprêterait à adopter, des « pratiques » qui consisteraient, à moins que je ne mabuse, à faire du bilinguisme une monnaie courante à la Ville de Gatineau. Monsieur Perreault a profité de cette occasion pour nous rappeler quune forte proportion de la population anglophone dex-Aylmer refuse dapprendre le français. Ce refus nest quun des éléments dont nous pouvons tenir compte à légard de cette question difficile, et peut-être pas le moindre. Ce refus, avec la nécessité que connaissent la plupart des francophones de la région dapprendre langlais est bien, dans le contexte nord-américain, ce qui fait du bilinguisme une question truquée au départ. Le bilinguisme, au Québec, ce nest pas seulement la possibilité de se faire servir dans sa langue ; cest surtout la possibilité de rester unilingue. à quel point ce refus de parler la langue commune ne repose-t-il pas sur lillusion, séduisante pour un anglophone, selon laquelle langlais serait le nouvel espéranto, outil intégrateur du monde entier ? à quel point cet entêtement ne repose-t-il pas sur cette présomption, discrète mais impérieuse, selon laquelle ce nest pas à eux [aux anglophones] dapprendre une autre langue ? Quoiquil en soit, je tiens à vous encourager fortement à faire valoir Gatineau comme étant la porte dentrée à la francophonie, et non pas comme étant sa porte de sortie, sous forme dinstitution assimilatrice. Jespère donc que les pratiques linguistiques que la Ville de Gatineau sapprête à adopter puissent avoir ce principe comme ligne directrice et être clairement en faveur du français. Pour se faire, il faudra certainement être ferme face à des demandes insistantes et je vous félicite au départ pour votre courage. Les demandes des anglophones peuvent ne pas être raisonnables, on ne peut sempêcher de comprendre leur perspective, car ils sont tellement habitués à se faire répondre dans leur langue dans quelque pays que ce soit. Par ailleurs, puisque le bilinguisme se présente surtout comme véhicule dassimilation, je ne crois pas que nous soyons dans lobligation dimiter la politique de bilinguisme, quelle soit bonne ou quelle soit mauvaise, de notre ville-capitale voisine. Je pourrais néanmoins vous signaler quayant récemment fait une requête auprès de la Ville dOttawa pour un rapport, on ma dit que sa version anglaise était disponible immédiatement mais quil fallait attendre trois semaines pour recevoir une copie de ce rapport lorsquon en demandait une copie en français. Je lai demandée en français. Plusieurs mois plus tard, je ne lavais toujours pas reçue et prévois ne jamais la recevoir. Je ne doute pas que les exemples tels que celui-ci soient innombrables. Je crois que nous pouvons tirer de ces constatations un principe qui devrait nous servir de guide-limite par rapport à des pratiques linguistiques :
Par conséquent, comme cest la langue française qui, dans le contexte canadien, se trouve à faire face aux pressions assimilatrices, le barème du maximum daccommodations à accorder aux minorités anglophones devrait être le niveau de service accordé aux francophones là où ce sont ces derniers qui sont minoritaires. Ainsi, serait-il plus clair que lobjectif nest pas de faire valoir impérieusement une langue, mais den préserver une, parmi des centaines dautres au monde, qui est effectivement notre langue commune mais que des circonstances politiques mettent constamment en péril. Lobjectif serait dinclure, dans toute politique linguistique, une police dassurance contre le cheval de Troie que peut représenter - ne devons-nous pas le reconnaître ? - une telle politique dans le contexte linguistique actuel. Une politique linguistique qui joue en faveur dune minorité qui se trouve par ailleurs favorisée par un mouvement dassimilation, lorsque cette politique ne trouve même pas son pendant - là où les proportions entre les groupes linguistiques en question sont inverses - dans une politique linguistique inverse jouant en faveur dune minorité qui, cette fois, subit les effets contraire et défavorables de lassimilation, ne peut faire autrement que prendre malheureusement lallure dune politique masquée dunilinguisme. Brian Monast (Le 13 février 2002) |
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