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Vendredi, 29 mars 2002 11:44
LES PROCHAINES ÉLECTIONS QUÉBÉCOISES Imprimer

LES PROCHAINES éLECTIONS QUéBéCOISES

Les indépendantistes pourront-ils voter ?

Les élections s’en viennent. Les députés sont omniprésents. Les ministres le sont tout autant avec leurs poches pleines de présents : asphalte, tuyaux dégoûts, systèmes dépuration des eaux, réfections d’églises, ponts, prolongements de ceci, redressements de cela : tout y passe. La silhouette de Duplessis se profile à l’horizon. Son ombre plane plus que jamais comme dans le Québec d’antan. Ceux qui croyaient cette époque révolue se trompent bien : l’ère bleue est bien de retour. Il ne manque que le slogan des années 40 «le ciel est bleu, l’enfer est rouge» pour que le tableau soit complet.

Les indépendantistes avaient vu autre chose dans le paysage politique québécois que cette nostalgie de l’ère bleutée, celle du «chef» qu’on adule et qui décide tout, y compris les «clips» sur l’information à donner au peuple.. Ils avaient rêvé d’un pays bien réel, avec des hommes et des femmes prêts à tout sacrifier, y compris leur carrière personnelle, pour les y conduire. Le pouvoir a gangrené les dirigeants de cette cause grande et noble de l’indépendance et le porte-monnaie l’a emporté sur le pays à faire, le pays à nommer. Quelques-uns des dirigeants ou ex-dirigeants accusent maintenant le bon peuple de s’être endormi, en oubliant que ce sont eux qui, volontairement, l’ont chloroformé par leur silence calculateur, leur imprécision et leurs chicanes internes, leur manque de courage et de lucidité. Orphelins d’un parti qui n’est plus que l’ombre de celui dans lequel ils ont milité, orphelins d’une cause et d’un idéal dans lesquels ils ont tant investi, ils se demandent, bien lucidement, à la veille du prochain scrutin, pour qui voter?

Le Québec a maintenant trois partis fédéralistes et aucun n’est authentiquement indépendantiste. Le Parti libéral, dirigé par Jean Charest, est d’un vide à faire mourir tout électeur qui veut se rendre aux urnes. A part le «guelage» de son chef, d’une politique traditionnelle à la petite semaine, ce parti est sans vision, ne présente aucune action stimulante pour quelqu’un qui croit à un avenir meilleur pour sa nation.

L’Action démocratique du Québec fait encore davantage pitié. Mario Dumont n’a pas su livrer une vision claire d’un Québec moderne. Il pratique lui aussi la politique du «ça n’a pas de bon sens de faire ce qui se fait présentement», mais ne propose rien de bien concret comme solution de rechange. Sa position constitutionnelle n’est pas très lumineuse et son programme économique et social ne l’est pas davantage. Qui peut dire, en quelques paragraphes, ce que ce parti propose comme avenir pour l’ensemble de l’électorat? Bien des gens s’apprêtent à l’appuyer en disant que ça ne peut pas être pire que ce qui est là! Les Québécois n’ont pas d’idées : ils n’ont que des sentiments.

Le Parti québécois, voué à l’indépendance du Québec, est bel et bien mort. Jean Bernard Landry est devenu confédéraliste, a repris, sans trop le dire à tout le monde, exactement le programme de l’Action démocratique, version originale. Ceux qui le croyaient pur et dur doivent bien admettre maintenant qu’il est mou, plus mou que ce qu’on pouvait imaginer. Michel Vastel ne craint pas de dire dans sa biographie du premier ministre Landry (p.428) que l’union confédérale qu’il propose n’est qu’un autre modèle de fédéralisme renouvelé. Ce qui veut dire que voter pour le Parti québécois, à la prochaine élection, c’est voter pour rester dans le Canada. C’est voter fédéraliste!

Tout est maintenant bien clair : les trois partis politiques québécois sont maintenant fédéralistes. Ils le sont tous, plus ou moins. Le Parti libéral l’est sans doute plus que son vis-à-vis. L’Action démocratique l’est encore moins qu’il ne l’était et certains matins, je me demande, si ce n’était du maudit orgueil, pourquoi Mario Dumont ne retourne pas paître dans les champs qui l’ont vu naître. Le Québec redeviendrait bipartite : le parti des bleus de Jean Bernard, vision moderne de l’ancienne Union nationale et le parti des rouges de Jean le conservateur, coloré en rouge, venu d’Ottawa, pour nous mettre à genoux devant le grand-frère qui le téléguide.

Les indépendantistes peuvent-ils honnêtement aller voter la prochaine fois? Logiquement, non! Un indépendantiste qui vote fédéraliste n’a aucun sens. Et pourtant, c’est ce que des milliers de Québécois, inconscients, avalés par une machine qui demandera encore de «faire confiance comme en 1998», s’apprêtent à faire. Les indépendantistes sont orphelins d’un idéal. Ils sont orphelins même d’un leader qui aurait une vision claire à présenter. Il ne faudra pas se surprendre d’en voir plusieurs rester à la maison lors de la prochaine élection. Comme en 1985. Il y a des limites à se faire berner d’une élection à l’autre, à manipuler la confiance de l’électeur. Le moment venu, les Québécois se cimenteront autour du pays qu’ils ont dans le coeur. Ils le feront naître parce qu’ils l’aimeront tel qu’ils le sentent et non tel que les politiciens l’inventent.

Nestor Turcotte
Matane
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(Le 28 mars 2002)


 

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