| Dimanche, 17 février 2002 20:35 | LANGUE ET DOMINATION DU MONDE |
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LANGUE ET DOMINATION DU MONDE On oublie trop que la volonté de domination du monde par les états-Unis ne date pas d'hier. Ces intentions ont été exprimées depuis fort longtemps. Selon Lauric Guillaud, maître de conférences à l'université de Nantes, auteur de "Histoire secrète de l'Amérique" (éd. Philippe Lebaud, Paris, 1997), le premier à avoir justifié l'expansionnisme américain aux dépens du Mexique, fut le journaliste John O'Sullivan qui, en 1845, utilisa l'expression "Manifest Destiny" (Destin manifeste). Dans un article édité par la revue "Notre histoire" (oct. 2000) intitulé "Un 'destin manifeste' : civiliser la terre", il donne une foule de références à partir desquelles certains étasuniens se sont sentis et se sentent encore investis d'une mission d'origine plus ou moins divine. Entre Bush, l'apôtre du "Bien", et Ben Laden, le fou d'Allah, Dieu a bon dos ! : Dans un discours du 9 janvier 1900, le sénateur Albert Beveridge avait dit : "Il a placé en nous le don de gouverner afin que nous donnions un gouvernement aux peuples sauvages et séniles. Sans une telle force, le monde retomberait dans la barbarie et la nuit. Et de toute notre race. Il a désigné le peuple américain comme sa nation élue pour commencer la régénération du monde". Le même sénateur avait dit en 1894 : "Le sol de notre pays produisant bien au-delà de nos besoins, notre destinée est de nous approprier le commerce mondial". En 1904, Theodore Roosevelt estimait qu'il appartenait à l'Amérique (les états-Unis) "d'exercer des pouvoirs de police internationale". Nous sommes vraiment dans la situation où l'escroc et maquereau se fait passer pour un policier ! Or, dans nos classes, une part croissante du temps d'enseignement est accaparée par la langue que les maîtres du monde veulent imposer comme langue unique pour modifier les structures mentales. Rares sont les gens, y compris parmi nos élus et décideurs, conscients du fait qu'il faut autrement plus de temps et d'efforts pour parler l'anglais (ou toute autre langue étrangère) avec la même aisance et la même précision que des natifs anglophones, que de s'habituer à l'usage d'une nouvelle monnaie. Or, personne n'a voulu d'une monnaie nationale pour l'Union européenne. Il a fallu en inventer une, totalement neutre. Par contre, tout le monde ressent la nécessité impérieuse d'une langue commune, mais rares sont ceux qui savent que l'euro a son équivalent linguistique : l'espéranto, seule langue respectueuse du principe d'égalité des chances. Mais à l'inverse de l'euro, monnaie unique (que rejettent les Anglais !), il n'a pas pour vocation de devenir langue unique : seulement commune. Tant au point de vue des Droits de l'Homme que du droit des consommateurs, il y a un silence qui doit être dénoncé. Il faut braver les tabous et ne pas se contenter de ouï dire. C'est en effet extrêmement grave. Les citoyens européens non anglophones de par leur naissance sont dans la situation de personnes qui trouvent un texte illisible ou incompréhensible dans les clauses d'un contrat. Récemment, "Le Canard Enchaîné" a fait état d'un contrat en anglais signé par des agriculteurs croyant qu'il s'agissait d'une charte de qualité pour du blé, sans soupçonner qu'ils avaient affaire à un escroc. C'est le moment de dire : "C'est en anglais : on ne signe pas !". Les Palestiniens se mordent les doigts d'avoir signé, en 1967, la résolution n° 242 du Conseil de Sécurité qui stipulait en anglais (la langue de référence) que les Israéliens devaient évacuer DES territoires occupés (donc une partie indéterminée) et non LES territoires occupés(la totalité). En ce qui concerne le problème de communication linguistique mondiale, il est important de savoir au départ quel est l'obstacle que le monde politique n'ose pas franchir : l'opposition anglo-américaine absolue à toute "solution" autre que l'anglais est confirmée dans un livre intitulé "Linguistic Imperialism" (Oxford University Press, 1992, 374 p., que l'on peut se procurer chez <http://www.alapage.com>) rédigé par le professeur Robert Phillipson (lecteur d'anglais et de pédagogie des langues à l'Université de Roskilde, Danemark). Il analyse en particulier l'"Anglo-American Conference Report 1961", document confidentiel destiné non point au grand public (rien n'est négligé pour éviter de le réveiller), mais au British Council. Il apparaît que la propagation de l'anglais ne vise pas seulement à remplacer une langue par une autre mais à imposer de nouvelles structures mentales, "une autre vision du monde" : "l'anglais doit devenir la langue dominante" ... "la langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première mais ensuite l'anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale". "The report proclaims that the Center [of English] has a monopoly of language, culture and expertise, and should not tolerate resistance to the rule of English" (Le rapport proclame que ce Centre [de l'anglais] a le monopole de langue, de culture et d'expertise, et ne devrait pas tolérer de résistance contre le règne de l'anglais). "Si des Ministres de l'éducation nationale, aveuglés par le nationalisme [sic] refusent.... c'est le devoir du noyau [dur ?] des représentants anglophones de passer outre" ("it is the duty of the core English-speaking representatives to override them"). Un article du "Guardian" (29.11.2001), qui reflète l'avis de la presse britannique, proclamait que "la solution la plus simple et la plus économique serait de n'utiliser que la langue anglaise". Cette évidence, pour les puissances anglophones, en cache une autre qui touche la totalité des peuples pour lesquels l'anglais n'est pas la langue maternelle, soit 92% de l'humanité. En effet, la totalité de l'effort , des coûts énormes et du temps accaparés pour enseigner l'anglais, donc lui donner une position de force, est à la charge de tous les pays non anglophones pendant que la totalité des profits colossaux et de l'économie de temps va essentiellement à deux puissances anglophones : séjours linguistiques en pays anglophones, rénumération de professeurs natifs anglophones dans le monde non anglophone, etc, sans compter les retombées économiques, diplomatiques et politiques du contrôle des fluxs d'échanges qui résulte de cette situation de monopole linguistique. Dans une situation confortable pour exprimer leurs idées dans les conférences internationales ou les négociations complexes, sans hésitations ni maladresses, avec précision, les intervenants natifs anglophones accaparent la plus grande part du temps de parole pour poser des entraves au développement des autres pays et pour faire triompher leur point de vue (GATT, sommet de Kyoto, affaire des brevets, etc. etc.). Ainsi, à son retour du sommet de Kyoto, Dominique Voynet, ex-ministre de l'environnement, avait déclaré au "Journal du Dimanche" (JDD, 14 décembre 1997) : "Toutes les discussions techniques se sont déroulées en anglais, sans la moindre traduction, alors qu'il s'agissait d'une conférence des Nations unies. Trop de délégués ont été ainsi en situation d'infériorité, dans l'incapacité de répondre efficacement, de faire entendre leurs arguments". La contrainte de publier des documents scientifiques et techniques en anglais permet aux puissances anglophones d'intercepter des découvertes et des inventions, et de les porter à leur propre compte (brevets), par exemple lors de la révision de manuscrits car les usagers de l'anglais (non-natifs) sont rarement capables de rédiger des documents et articles publiables dans cette langue sans aide de correcteurs. Et comme toute peine mérite récompense, le reste du monde a le droit en prime (pas gratuite! grâce au pillage de ses ressources) d'être espionné par le réseau "Echelon" ! La culture de la naïveté par rapport à l'anglais que certains proclament la "langue universelle" au nom d'un prétendu réalisme ne doit donc pas nous étonner. Il nous incombe donc de dévoiler ce mécanisme qui mène à la ségrégation linguistique puis à la vassalisation de tous les peuples non anglophones. Dans cette course au pouvoir sur le monde, la vassalité n'a jamais suscité le respect des maîtres mais, au contraire, rien d'autre que leur mépris et leur arrogance. Voir à ce sujet, sur le site indiqué ci-après, des articles du Wall Street Journal à propos de Silvio Berlusconi, chantre des états-Unis pour qui il n'est point de salut en dehors de l'anglais. Avec tous mes voeux de succès pour l'année 2002. Henri Masson P.-S. Cet article peut être librement reproduit, moyennant mention de l'auteur et de l'URL http://users.skynet.be/aped ( Le 17 février 2002) |
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