| Jeudi, 20 juin 2002 17:43 | F R E N C H A M E R I C A N T V |
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F R E N C H A M E R I C A N T
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Si au plan de la qualité je suis consterné par la déchéance des deux grandes chaînes privées québécoises TVA et TQS - chez lesquelles la violence dispute constamment aux commerciaux et à des émissions et une filmographie de facture étatsunienne d'une indigence à faire frémir (à telle enseigne que je ne paramètre même plus ces antennes en mémoire de télécommande) -, que conclure de ce net retour en arrière eu égard au respect dû à notre propre culture d'ascendance française? Par exemple, il redevient maintenant habituel de reconduire les titres anglais des séries ou feuilletons américains (des films également, à l'occasion), et dieu sait qu'ils et elles sont nombreux, présentés sur les chaînes d'ici. Phénomène singulièrement remarquable au Canal Z («X Files», «Star Trek», «Sliders», «Farscape», «Highlander», «Total Recall»...) et même sur une chaîne foncièrement québécoise dans ses contenus comme Musique Plus. Télé-Québec, quoique dans une moindre mesure assurément, n'échappe pas à cette 'régression' avec, entre autres, ses «Boston Public» (à sa décharge on dira qu'il s'agit là, outre «La Loi de Los Angeles» et «L'Hôpital Chicago Hope», de l'une des très rares téléséries américaines solides et intelligentes des vingt dernières années). Bref, face à pareil englissement, Credit Titles & Castings included, on se croirait décidément ...en France.
Incidemment. Qu'avons-nous fait, bonnes gens, de cette
chaîne qui, il y a peu encore, aiguillonnait la fierté de tous les Franciens de
la Planète? J'ai bien sûr nommé TV5. Conçue à l'origine pour se voir
diffusée aux 24 fuseaux horaires et sur tous les parallèles, ou quasiment - de
Dakar à Godbout, d'Arlon à Port-au-Prince, de Bouctouche à Beyrouth, Lausanne,
Saint-Hilaire et Meudon -, la programmation du génie télévisuel et
cinématographique d'expression française s'est depuis métamorphosée, à peu de
choses près, en véritable pubelle infantili-commerciale pour écoulement de ce
que en la matière l'Hexagone produit de plus vain. Aussi, non seulement la
France a-t-elle procédé unilatéralement à une réelle invasion des lieux
(comme si TV5 était sa chose, ou la stricte somme de TF1, FR2
et M6, laissant la portion fort congrue à la francité hors France),
mais elle monopolise de surcroît l'antenne de ses jeux, quiz et variétés
de tous acabits et rien moins, trop souvent, que sénilisants. Et ce, du
grotesque et phallocrate «Tout le monde en parle», de Thierry Ardisson, au
désolant «Union libre» (animé par la tout de même pétillante Christine Bravo,
faut dire), par le détour de tous ces «On a tout essayé» oiseux. Soyons concis:
La subtile, délicate et raffinée panse d'Obélix a choisi d'occuper tout
l'espace.
D'autre part, pourquoi ne pas identifier les films québécois, en salles au même titre que dans les télé-horaires et autres programmes ou supports analogues, comme étant... mais québécois, pardi! Ce sont des créations fort 'distinctes', il me semble, des productions dites canadiennes. Ce ne serait pas plus compliqué, ni plus mal assurément; ce serait également tout à la fois moins conformiste et plus conforme à la réalité et, last but not least, plus respectueux de l'ensemble de la collectivité - créateurs et chalands des beaux ouvrages sur pellicule confondus. Tire-pois en vis-à-vis aux mortiers de l'intoxication multimillionnarisée - aux frais du Trésor public - de nos Stéphane Dion et de nos Sheila Copps, ripostera-t-on? Soit. Qui sait toutefois si on ne réussit pas un jour très prochain - intelligence et dignité citoyennes contre argent et endoctrinement - à fabriquer des poids lourds de nos p'tits pois au four?
Compte tenu de sa présence diffuse et constante, de sa
puissante influence, donc, au sein de notre société, la télévision de notre
temps s'avère un filon de réflexion inépuisable. Il y aurait par conséquent bien
à dire encore. Relativement à la violence dont elle devenue l'instrument de
choix, par exemple, et ce, jusque dans le tissu des consciences de nos enfants
extrêmement vulnérables par spongiosité psychique naturelle; eu égard à la
médiocrisation galopante de la programmation, que je nomme le T-V-Abêtissement
du (moins petit désormais que gracile) écran; concernant la dégradation de la
qualité de la langue qu'on y manifeste sans scrupule, aussi. Ne pas oublier au
passage - autre régression aux années cinquante et soixante - le retour en force
des publicités conçues et réalisées hors Québec, et que l'on drape ou nappe
ensuite d'une native voice, en postsynchrolabialité, à l'attention d'un
«bassin» culturel pour lequel, hormis ce qui regarde son strict pouvoir d'achat,
ne sont témoignés absolument aucuns respect ou sensibilité. Par ailleurs,
qu'attend donc l'état québécois pour offrir à la nation - investir en soi-même
ne constitue point un débit à loger dans le passif d'un bilan - une authentique
télévision publique d'envergure comparable, mutatis mutandis, à ce que
représente la BBC, par exemple, dans le giron du Royaume-Uni?
Qu'on me laisse clore par une fugace éclaircie sur ce sol raviné. Nonobstant ma très pointilleuse réserve à l'égard de Radio-Canada, et dont je me suis ouvert à maintes reprises sur moult tribunes, c'est avec tendresse que je désire ici saluer la professionnelle et séduisante équipe des journalistes/animatrices (les Nadeau, Asselin, Jean, Bougie, Bourbonnais, Chung, Duguay, Fournier, Foisy, St-Pierre...)du Réseau de l'Information (RDI). Mention honorable également à Historia.
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| 28.05.2012 à 19h30 - GUY PERREAULT |