| Lundi, 18 mars 2002 19:43 | DES LANGUES POUR CONSTRUIRE L'EUROPE |
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DES LANGUES POUR CONSTRUIRE L'EUROPE L'Observatoire international de la langue française (OILF) a décidé Je considère que les associations de défense des langues et de la Je ferai tout mon possible pour que tous ceux qui le souhaitent Veuilez trouver, ci-joint, le document de réflexion preparé par Pierre Anna Maria Campogrande
Bruxelles, le 16 octobre 2001 DES LANGUES POUR CONSTRUIRE L'EUROPE Thème d'un Séminaire plurilingue sur le plurilinguisme dans les Institutions européennes Pierre DEFRAIGNE *
* Ce texte n'engage ni Pascal Lamy ni les services de la Commission européenne ** D'autres versions linguistiques seront bientôt disponibles
Maîtriser sa langue maternelle permet de s'approprier les héritages et les progrès de sa propre culture, de communiquer sur pied d'égalité avec les autres et d'exercer sa part de pouvoir social. S'exprimer en outre dans une autre langue élargit son champ de communication et de culture. Enfin, utiliser l'anglais courant d'aujourd'hui, c'est s'assurer de pouvoir circuler plus facilement en Europe et dans le monde et de communiquer avec toute la planète. Abandonner à une langue, au motif de son utilité, le monopole de l'expression et insensiblement de la pensée en Europe constituerait en revanche un terrible appauvrissement. Ce péril est probablement imaginaire au sein de la société européenne, car les Européens tiennent dur comme fer à leurs identités culturelles. En revanche, au sein des Institutions de l'Union européenne, qui sont le creuset de l'organisation de l'Europe de demain, et qui, à ce titre devraient être le garant de la richesse culturelle de l'Europe, l'anglais courant d'aujourd'hui, appauvri et simplifié à l'extrême, menace le plurilinguisme relatif jusqu'ici pratiqué à l'intérieur des Institutions. Si l'on s'en tient à une logique de marché et sous la condition restrictive de rabaisser la langue au rang de moyen de communication, l'anglais comme langue véhiculaire unique offre les mêmes avantages qu'une monnaie unique : plus elle est utilisée, plus il est avantageux de l'apprendre et de s'en servir, car, à s'en tenir à la communication, elle dispense d'apprendre d'autres langues. La langue de communication est en effet un cas d'école d' "externalité de réseau", à la manière d'une carte de crédit ou d'un standard technique universel. Dans un souci louable d'économiser les deniers publics, des formules sont aujourd'hui à l'étude pour simplifier et réduire le flux des traductions et de l'interprétation à l'intérieur des institutions. C'est une nécessité, ne serait-ce que parce qu'une certaine partie de ces traductions sont en fait inutiles. Mais le problème va bien au-delà du coût budgétaire. Il est politique. Coincée entre l'extension rapide de l'anglais à l'intérieur de la branche exécutive et le coût astronomique et exponentiel des traductions (de 11 langues aujourd'hui, l'UE passera à 22 langues à la fin de l'élargissement en cours), l'UE paie le prix de sa politique de l'autruche. Elle n'a jamais voulu trancher la question des langues de travail1 dans les institutions et à mesure que le nombre de langues grandit, le risque de n'en retenir effectivement qu'une seule grandit aussi. Or l'anglais de Bruxelles n'a pas grand chose à voir avec la merveilleuse langue que parlent nos collègues irlandais et britanniques. L'anglais de Bruxelles est une langue dangereuse, parce qu'elle simplifie tout, de manière outrancière ; elle ne permet qu'une expression sommaire de la pensée et des sentiments, bien éloignée des tragédies de Shakespeare, de l'Ulysse de Joyce ou des poèmes de Shelley ; elle n'a pas la précision qui est cependant la marque de cette langue technique et innovante ; et surtout, elle convoie, à l'insu de ses utilisateurs, une pensée d'origine nord-américaine simplifiée jusqu'au manichéisme. A langue pauvre, pensée pauvre ! Ce n'est pas un hasard si la Commission européenne est accusée d'être devenue le réceptacle de la pensée néo-libérale en Europe, pensée unique, pensée a-temporelle et, pour tout dire, pensée a-européenne. Cela n'a rien de surprenant si l'on songe que la principale source commune de doctrine économique de tous les fonctionnaires européens dont la pratique de l'anglais est le dénominateur commun, est la source nord-américaine, la plus abondante et la plus homogène, certes, mais aussi la plus éloignée de la tradition européenne. Dans le profond malentendu entre la Commission européenne et l'opinion publique, la pensée unique a aussi sa part et l'anglais de Bruxelles également. Que faire ? Légiférer ! Car, ici, il faut résister à la "pression du marché", puisque ce sont des valeurs essentielles pour l'Europe qui sont en cause. Or légiférer, c'est choisir. Refuser de choisir, c'est se résigner, dans un avenir très rapproché, à l'anglais de Bruxelles et c'est construire l'Europe sur un modèle "mid-atlantic" qu'avec raison nos concitoyens rejetteront ; c'est aussi aggraver le divorce entre les Institutions et les citoyens. Quel choix ? Comment assurer un plurilinguisme praticable au sein des institutions européennes ? Et en quoi pourrait-il consister ? On peut imaginer plusieurs formules, mais le plus important est, à ce stade, de convenir d'une procédure de consultation et de décision pour aboutir au choix de trois, à la rigueur de quatre langues de travail, qui serait acceptable pour les citoyens européens. Lançons, à titre illustratif, quelques orientations : arrêter le principe de l'égalité des langues de travail. définir le concept de langue de travail par la combinaison de deux exigences : a) une langue dont la version serait obligatoire au moment où s'élabore la décision de sorte que les documents préparatoires seraient effectivement rédigés dans une des langues de travail sans qu'aucune de ces langues bénéficie d'un avantage sur les autres ; b) une langue effectivement utilisée dans les débats internes des instances communautaires dès le stade de la réunion hebdomadaire des chefs de cabinet des Commissaires. proposer un choix de langues de travail dans lequel entreront plusieurs considérations : éléments historiques, culturels et politiques, ou interroger les Européens sur les langues de travail qu'ils souhaiteraient retenir par une méthode qui ne se ramènerait pas à un simple référendum. en même temps approfondir la connaissance de la langue maternelle et améliorer l'apprentissage d'autres langues dans l'UE. assurer la formation des fonctionnaires à mi-carrière en vue de leur accession à des fonctions dirigeantes et dispenser l'enseignement et l'organisation des travaux pratiques dans les langues de travail de l'UE (collège trilingue ou quadrilingue qui pourrait résulter d'une initiative franco-allemande de coopération renforcée). CONCLUSION Le combat pour le plurilinguisme est indissociable du combat pour penser le modèle européen dans sa double dimension de projet de société et de cadre institutionnel. Ce qui fonde le prestige d'une langue, c'est la hauteur de la pensée et c'est la beauté de la forme. La loi peut protéger une langue vivante. Elle ne peut pas ranimer une langue morte. 1. A l'heure actuelle, la Commission utilise 3 langues de travail : allemand, français et anglais. (Le 18 mars 2002)
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