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Dimanche, 20 janvier 2002 20:11
DE BERNARD LANDRY À...MAURICE DUPLESSIS Imprimer

De Bernard Landry à...Maurice Duplessis

Nestor Turcotte
(Matane)

Le gouvernement du Parti québécois, sous la direction de Bernard Landry, n’est plus séparatiste. Il est confédéraliste. Constitutionnellement parlant, il est comme le Parti Libéral du Québec, l’Action démocratique de Mario Dumont. Les mots utilisés ne sont sans doute pas les mêmes dans les partis mentionnés, mais la réalité est exactement la même, à bien y regarder : aucun parti ne veut quitter le pays habité; chacun, selon différentes modalités, veut plus ou moins réaménager celui dans lequel on a été élevé.

Constitutionnellement parlant, il faut avoir le courage de l’écrire et le dire, le Parti québécois est redevenu l’Union nationale de Maurice Duplessis qui réclamait, déjà dans son temps, haut et fort, sa part de butin d’Ottawa, le gouvernement tout juste d’à côté. Même que Maurice Duplessis réclamait plus que les Trudel, les Legault, les Marois, les Chevrette et tous les autres que vous connaissez dans ce Parti québécois délavé. Landry est sorti en lion; il broute maintenant en mouton. Il a glissé d’abord sur le chiffon rouge; il se terre maintenant dans sa tour de la vieille capitale, en habile chevalier de l’autonomie provinciale habilement bien cachée. Il n’y a plus entre les partis politiques provinciaux une différence de nature : tout est maintenant et simplement une différence de degré. Comme au bon vieux temps, vous l’aurez déjà noté.

Que le président du Parti Québécois l’admette ou non, l’union confédérale qu’il propose n’est qu’un autre modèle de fédéralisme. La souveraineté dont il rêve n’est qu’un autre modèle de fédéralisme. Ces propos de Michel Vastel (p.428) de sa biographie de Bernard Landry confirme ce que j’écrivais dans les pages de ce journal, le vendredi 16 février 2001, dans un article intitulé : De Bernard Landry à...Robert Bourassa. Le Parti québécois, est bel et bien mort. Il vit artificiellement dans ses structures, mais l’âme de ce parti est disparue. Il est bel et bien devenu un parti nationaliste, avec moins de verdeur et de revendications que la défunte Union nationale, qui a régné sur le Québec tant d’années.

La prochaine élection ne se fera pas autour d’idéologies, de projet de société et de plan quinquennal bien structuré, de vision claire et bien établie par des gens qui ont le courage de la proposer. Elle sera purement pragmatique, comme le défunt Duplessis avait le don d’en faire, durant ces belles années. Ce sera une élection dans la plus pure tradition de nos pères, telle que le Québec de jadis avait la façon et l’originalité de les forger. Ce sera une élection d’asphalte, de bouts de chemins, d’autoroutes, de ponts, de bulldozers, de parapets, de goudron, de concassé, de ciment, de camions, de panneaux-réclames, de feuilles d’érables, de fleurs de lys, de contrats signés devant les caméras, d’inaugurations, d’écoles à rénover, de cégeps à retaper, de CLSC et d’hôpitaux à rallonger, de lampadaires à remplacer, de gros «trucks» sur les chemins encombrés, de tuyaux haut de même à remplacer, de trous à boucher, de courbes à déplacer et j’en passe... parce que vous en avez assez!

Les élections avec des idées, c’est bel et bien dépassées! Les Québécois n’ont que des émotions et pas d’idées. Ils sont comme ça et ceux qui les dirigent ne veulent pas les mener plus loin que ce pragmatisme qui les sert bien à volonté. Pour ceux qui, jadis, avaient mis toutes leurs énergies à lutter pour un pays dont ils avaient rêvé, la déception est grande et dure à avaler. Nous avions trouvé le chef qui pouvait nous y mener. Mais les troupes, de l’intérieur, l’ont assassiné. Il ne nous reste plus qu’un «bout de chemin» à arranger, triste réalité à donner à nos enfants désabusés. Un «bout de chemin» pour satisfaire les lobbysmes et les amis du pouvoir agglutinés. Il ne nous reste qu’un peuple sans avenir, à cause de sa dénatalité, qui finira bien par mourir, faute de vision et d’idéalité.

L’an dernier, j’avais écrit De Bernard Landry à...Robert Bourassa, dans un article paru en page éditoriale de ce journal largement diffusé. Hélas, je m’aperçois que je m’étais un peu trompé de quelques années. En m’arrêtant à Robert Bourassa, je n’étais pas assez remonté. Il faut faire le lien avec Maurice Duplessis, si on veut bien comprendre ce qu’on vient de nous annoncer. Nous sommes un peuple de bouts de chemins, de coup de pioches et de gens sur les pelles accoudés. On a peur des gens à longues visées. Le pain et les jeux suffisent à des gens colonisés. On n’a pas besoin de chercher en dehors de nous pour savoir où sont ceux qui veulent nous assimiler. Notre régime politique s’est chargé de bien les cultiver! Et en nombre suffisant pour avoir le goût de nous révolter et sentir en nous monter le colère monter.

L’auteur est de Matane et il est professeur de philosophie émérite du Collège de Matane.

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