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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
«UN RALLYE DE REDNECK» Imprimer

« UN RALLYE DE REDNECKS »

Preston Manning visitait Moose Jaw le 24 mai dernier. Je suis allé à son rallye de « rednecks ». J'ai pensé que ce qui suit vous intéresserait peut-être.

Son discours sur l'unité nationale fut décevant et menaçant. Il a dit que le vieux partenariat anglais-français [datant de 1840] est vieux jeu, dépassé et ne s'applique plus. Il a ajouté que, pour les gens de la Colombie-Britannique, ce partenariat ne signifie rien, que la réalité là est différente, que l'Ouest est multiculturel. Les gens ont grandement applaudi son discours. Je ne me sentais pas bienvenu et j'ai bien failli quitter...

Par ce discours, il est évident que M. Manning et le Parti Réformiste rejettent carrément le caractère anglais-français du Canada. Ceci est une insulte aux Québécois et aux Canadiens-français en général. De plus, l'existence même de ce pays repose sur ce partenariat fondamental. M. Manning essaie de vendre un
« new and better Canada » tout en ignorant l'histoire même du pays. ça ne pourra pas marcher.

Avant le discours, j'ai discuté avec la candidate Réformiste de notre circonscription. Je lui ai dit que je ne suis pas d'accord avec la politique sur l'unité nationale de son parti. J'ai poursuivi en disant que quand j'ai déménagé au Canada Anglais, il n'y avait plus rien de français, pas de services, etc. et qu'aussitôt installé on fait face à l'assimilation. Elle m'a répondu : « bien, c'était ton choix de déménager dans l'Ouest », en voulant dire que je devrais accepter les conséquences de ma décision. Il est évident qu'elle ne voit aucune responsabilité de sa part à accomoder les Québécois dans la confédération. Pourtant selon des gens comme elle, le Québec a la responsabilité de prendre bien soin de sa minorité anglophone, et de bien accueillir les anglophones venus d'ailleurs. Le fardeau est toujours mis sur le Québec.

Après le rallye, j'ai rencontré la même attitude bornée de deux autres supporters Réformistes, et pas n'importe qui -- des « businessmen ». Ils me disaient que le gouvernement fédéral ne devrait pas débourser d'argent pour supporter les écoles (ou tous les autres projets) francophones, une raison étant que ça coute trop cher... une perte d'argent ! Leur solution serait que les francophones eux-mêmes devraient être entièrement responsables du financement de leurs écoles. Ils ont dit que c'est exactement ce que les Chinois, les Grecs font. Leur vision est erronée : on est un peuple fondateur, donc on devrait avoir droit à une représentation et un support du gouvernement fédéral.

Comme vous pouvez voir, les Réformistes mettent les Québécois (francophones en général) au même rang que les immigrants !!! C'est insultant. Mes 15 ans d'expérience au Canada Anglais m'amènent à dire avec certitude totale ce qui suit :

« Les gens ici ne voient aucune différence fondamentale entre un *peuple* canadien-français de plus de 7 millions établi au Canada depuis plus de 400 ans et une petite *famille* de quatre immigrée au Canada depuis deux mois. »

Je ne fais pas de farce ! Mais, on n'est pas des immigrants tout de même. On était ici il y a 250 ans, avant même l'existence du Canada ! Les Réformistes ne croient pas que les Canadiens-français constituent un peuple fondateur, ou n'en voit pas du tout l'importance. Ce sentiment de « grass-root » est bien reflété bien dans le rapatriment de la constitution de 1982.

Après le rallye, je me suis faufillé à travers la foule pour rejoindre Preston Manning et lui parler ! Je lui a dit que je ne suis pas d'accord avec sa vision de l'unité nationale. Je lui a dit que s'il ne reconnaît pas le fondement anglais-français de ce pays, alors que va-t-il faire des Canadiens-français hors-Québec, s'il devient Premier Ministre ? Il m'a répondu que le soutien des minorités francophones relèvera des gouvernements provinciaux, non plus du fédéral.

Le problème est que l'histoire a bien démontré que les provinces ont très mal servi leurs minorités francophones, en fait plusieurs provinces avaient même des lois interdisant l'enseignement du français ! Un autre exemple est la fermeture imminente du seul hôpital francophone de l'Ontario. Ces gouvernements sont entièrement anglophones. Comment voulez-vous qu'ils aient une appréciation du défi auquel font face les minorités francophones ? Le résultat serait inévitablement une assimilation rapide et garantie des francophones. Les Réformistes veulent tout décentraliser, mais c'est trop. Avant de quitter Preston Manning, je lui a dit que je vois sa vision du Canada comme une menace (à la survie des francophones) ! Il a souri.
« Pas moi ».

J'ai déjà mentionné précédemment que le Parti réformiste rejette le caractère Anglais-Français du Canada. Il n'est pas surprennant qu'il s'oppose aussi au support financier par les gouvernements des associations et des organisations oeuvrant à la promotion de la culture canadienne-française. Finallement, on sait bien que ce Parti réformiste éliminerait la Loi sur les langues officielles s'il forme un jour le gouvernement fédéral.

Pourquoi cette attitude féroce? La raison se trouve dans l'histoire de l'Ouest canadien. L'Ouest a été très massivement peuplé par des immigrants à partir de 1890. Les gouvernements du temps, évidenment britanniques, leur ont donné l'impression que le Canada est un pays anglophone, malgré la présence des Canadiens-Français. étant donné que le Canada représentait pour les immigrants un espoir pour un avenir meilleur, ils ont bien accepté l'apprentissage de l'anglais. Il faut noté cependant que plusieurs immigrants ont résisté à l'assimilation vers l'anglais.

Aujourd'hui, très peu des descendants de ces immigrants conservent leur langue. Les immigrants qui ont choisi le Canada après la deuxième guerre mondiale ont suivi le même cheminement que les immigrants des générations antérieures.

Les Canadiens-Français, pourtant dejà établis dans l'Ouest depuis bien plus longtemps, étaient vus comme des immigrants aussi. Les gouvernements ne se sont pas empressés à corriger cette erreur de vision... Bien au contraire, ça faisait bien leur affaire que les Canadiens-Français se fassent passer pour des immigrants, des étrangers. Imaginez, les Canadiens-Français, des étrangers dans leur propre pays qu'ils ont eux-mêmes fondé avec les anglais !!

Voilà donc l'origine du Parti réformiste en regard de l'unité nationale. Croyez-moi, les Canadiens-Français sont vu comme une minorité *privilegiée*, voir même des *immigrants* privilegiés. Financer le soutien de la culture canadienne-francaise est vu comme une gâterie, une inégalité en rapport aux autres minoritées, voir même une injustice.

La vision du Parti réformiste est celle du 19e siècle. Par exemple, en mars 1890 le gouvernement manitobain abolissait le financement public des écoles catholiques. Maintenant, 110 plus tard, le Parti réformiste veut revenir à cette abolition. Bien sûr, le Parti ne le dit pas ouvertement, mais je sais que c'est ce les membres veulent, tout comme je l'ai mentionné au cinquième paragraphe de cet exposé.

Jean Corriveau
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