| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | RAPPROCHEMENT INTERCULTUREL |
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RAPPROCHEMENT INTERCULTUREL
Georges Galand
Invitation à faire de la langue française une langue d'accueil et de socialisation. Je profite de l'audience d'Impératif français et de son intérêt pour la francisation des allophones pour apporter quelques éléments d'information sur les obstacles rencontrés par les immigrants lors de leur recherche d'intégration et pour inviter à la recherche de moyens concrets de faire du français une langue d'échange. Parmi les obstacles à la francisation des allophones je relève :
Je ne m'étendrais pas sur les actions à mener pour lutter contre les premiers obstacles cités étant donné que les amis, les militants et les sympathisants d'Impératif français les ont bien identifiés et utilisent diverses stratégies combatives pour rehausser le statut du français comme langue de travail. Tout en reconnaissant l'importance des stratégies structurelles pour la défense et la promotion de la langue française, je voudrais développer davantage des interventions à la portée de tous les citoyens qui leur sont complémentaires. A laur arrivée au pays, la plupart des immigrants ont en principe la possibilité de s'inscrire au COFI pour acquérir les éléments de base de la langue française et une connaissance des valeurs et des ressources de la société québécoise. Ceux d'entre nous qui ont effectué un retour aux études savent combien cette démarche est exigeante, autant pour ceux qui avaient peu fréquenté l'école que pour ceux qui comptaient déjà une scolarité importante. Chacun découvre alors l'étendue de son ignorance, ou du moins une partie de cet incommensurable univers, et se remet à des exercices de mémorisation, modifie ses méthodes d'apprentissage pour s'ajuster aux exigences d'une situation nouvelle, d'une réalité perçue différemment. à cette occasion, il n'est pas rare que les meilleurs d'entre nous doutent de la pertinence de leurs apprentissages antérieurs, des contenus et des techniques qu'ils croyaient avoir intégrés et de leurs propres facultés de s'adapter aux nouveaux défis. Parce qu'ils sont capables ou préfèrent apprendre seuls ou dans des instituts privées, parce que l'autonomie économique mobilise toute leur énergie, parce que le processus leur semble au-dessus de leurs force, parce qu'ils se protègent en se repliant sur une communauté-oasis, parce qu'ils auraient besoin de davantage de support et de renforcements positifs, parce que la valeur instrumentale de la langue française pour socialiser ou travailler ne leur paraît pas évidente, ou pour d'autres raisons, il semble que 70% de la clientèle potentielle n'utilise pas le COFI pour une francisation de base. L'étudiant trouve dans la communauté du groupe d'apprentissage et auprès des enseignants un support essentiel mais au fur et à mesure qu'il progresse, il a besoin de vérifier ses progrès et leur pertinence par rapport à ses objectifs d'intégration sociale et économique dans la société d'établissement. Tout en découvrant les aspects positifs d'une société démocratique, dotée d'un ensemble de programmes sociaux et consciente de la nécessité d'attirer et de retenir de nouveaux arrivants pour compenser la chute du taux de natalité, il découvre aussi l'importance des réseaux sociaux et du confort de certaines réalités dont il s'est éloigné. Progressivement il découvre que le rêve qu'il s'était construit ne correspond pas à la situation dans laquelle il évolue. à ce moment, il a besoin de créer des liens qui lui permettront de s'ancrer dans ce nouveau monde. Il a besoin de vérifier qu'il devient capable d'établir le contact, de se faire comprendre, de produire des choses utiles pour lesquelles on le rétribuera et d'être fier de contribuer tant au bien-être de ceux qui lui sont chers qu'au développement d'une société qui devient la sienne et celle de ses enfants. Mais il doute parfois de lui, a honte de la maladresse linguistique qui donne une image de ses compétences bien inférieures à celle qu'il avait construite dans son pays d'origine. Lorsque les enseignants conseillent aux élèves d'appeler Tel-Aide pour avoir l'occasion de pratiquer la langue du pays, cette recommandation donne une image de la facilité des contacts avec la population francophone! Ce conseil sous-estime probablement la disponibilité et le goût pour la jasette de la population... quoique, selon le père Julien Harvey, la timidité interculturelle puisse caractériser une partie de la population québécoise. Certains immigrants disent qu'ils se font aborder en anglais avant d'ouvrir la bouche ou dès que leur interlocuteur perçoit qu'ils ne maîtrisent pas parfaitement le français. Pour ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais, ceci constitue une indication supplémentaire que ce serait bien utile de combler cette lacune, mais pour ceux qui font l'effort d'apprendre le français comme deuxième ou troisième langue, c'est de l'héroïsme que de refuser cette solution de facilité. Quand il y a une file derrière soi, pour se soustraire à la pression de l'attente, il faut faire vite. Certains en déduisent que l'accueil des efforts d'acquisition de la compétence linguistique est plus répandu parmi les anglophones que dans la population francophone. J'ai personnellement été témoin à plusieurs reprises de la critique adressée, directement ou non, à ceux qui ne maîtrisent pas les subtilités grammaticales et orthographiques de notre langue complexe! Le virtuose qui dénigre son voisin est davantage passionné par le pouvoir qu'un amoureux de l'art au service de la communication. Avant de relever les erreurs, il y a tant de stratégies de support à mettre en oeuvre! Il serait intéressant de nous questionner afin de savoir si nos comportements et attitudes encouragent l'apprentissage de notre langue ou nourrissent l'humiliation et l'isolement de ceux qui s'efforcent à progresser. Les programmes de télévision sont-ils nos principaux agents de francisation et de socialisation ? En dehors du travail, l'incitatif majeur à la maîtrise de la langue est l'éducation des enfants. Les parents qui ont à coeur d'aider ou de superviser l'éducation de leurs enfants, non seulement ne peuvent plus assumer ce rôle dans un contexte où ils ne maîtrisent pas la langue, mais ils se trouvent à la merci de leurs enfants pour des démarches dans lesquelles ils n'ont pas l'habitude de les impliquer. Les jumelages entre familles immigrantes et familles québécoises sont de beaux outils pour donner le goût et les occasions de parler. Plusieurs associations interculturelles recrutent activement dans la société québécoise des personnes intéressées à accueillir des familles immigrantes et à les informer du fonctionnement de nos institutions et de nos coutumes. Il existe dans les quartiers Daniel Johnson et Fournier des comités de quartier intéressés à mettre en relation les Québécois et les immigrés. Parmi leurs activités, on trouve une école de devoir tenue par des personnes âgées et fréquentée par plusieurs enfants d'immigrants. Parmi les personnes qui ont des échanges avec les immigrants, aucune ne m'a fait part lors de mes enquêtes de désagréments dus aux différences culturelles. Ce n'est pas toujours facile, notamment à cause des difficultés d'ordre linguistique et de la méconnaissance des habitudes et valeurs culturelles, mais la satisfaction croît avec l'usage. Plusieurs personnes engagées considèrent que c'est un enrichissement pour elles de fréquenter les personnes venues des quatre coins du monde avec leur spécificité. Ils ouvrent notre esprit sur d'autres choix et nous permettent de voir différemment les nôtres. Ils nous permettent aussi de découvrir que l'image que l'on se construit de la différence est bien plus menaçante que la personne elle-même quand nous prenons le temps d'établir un lien. De nombreux Québécois ont voyagé à travers le monde et plusieurs ont une expérience de vie à l'étranger. Ils savent à quel point quelques éléments de la culture dans laquelle on a grandi peuvent aider à reprendre son souffle. Ils savent combien nos valeurs nous semblent mériter respect et protection, aussi désireux soit-on de s'ouvrir à une autre manière de vivre, de se créer un nouveau réseau. Dans notre société où de plus en plus de personnes en pleine possession de leurs ressources intellectuelles sont libérées de l'obligation de travailler pour subvenir à leurs besoins économiques, le goût d'être utile et d'élargir ses horizons pourrait s'accomplir dans une multitude de relations comme l'aide aux devoirs scolaires, les commentaires de lectures, le bavardage par dessus la clôture, la jasette et la partie de sacs de sables. Cette démarche peut venir de clubs sociaux intéressés à déborder leur recrutement traditionnel, de services conscients de la croissance de la solitude ou de citoyens et citoyennes prêts à un démarche individuelle. J'ai entendu des immigrants constater avec résignation que les Québécois n'ont pas le temps de parler avec eux. Alors que dans de nombreuses cultures les liens familiaux et amicaux soient primordiaux, le déracinement de l'immigration se traduit la plupart du temps par une perte de la majeure partie de son réseau. Bien que le dynamisme de certaines associations et la solidarité à l'intérieur de certaines familles nous fassent croire qu'il n'y a pas de problèmes, la pudeur de ceux qui souffrent et leur crainte de nous déranger masquent la solitude dans laquelle vivent plusieurs d'entre eux, nos voisins. Plusieurs immigrants utilisent les programmes mis en place par la sécurité du revenu pour travailler dans des organisations communautaires, s'insérer socialement et apprendre le français. Mais on ne leur trouve pas toujours de la place parce que leur maîtrise de la langue ne leur permet pas de donner le service. Ayant moi même travaillé en Tunisie dans un centre hospitalier dont une partie de la clientèle était unilingue arabophone, je sais combien il est humiliant, lorsque l'on est censé être compétent dans son domaine, de ne pas pouvoir expliquer à l'autre qu'on ne comprend pas les informations qu'il croit que nous maîtrisons. Cependant, ce n'est pas en étant bénévole relégué à la cuisine ou à la buanderie que l'on perfectionne son français. C'est en étant obligé de résoudre des problèmes qu'on apprend les mathématiques et c'est en cherchant à se faire comprendre qu'on utilise les quelques mots déjà appris. J'ai donc pensé qu'à côté de la fustigation des mécanismes systémiques ou systématiques d'assimilation, et des individus qui en sont les acteurs, en plus de l'organisation d'événements rassembleurs comme la Fête nationale, Impératif français pourrait sensibiliser la population à l'effet de la « jasette » et de l'entraide sur l'acquisition et l'utilisation d'une langue commune et sur le développement d'une communauté attrayante. C'est à mon sens une merveilleuse prise de conscience de son pouvoir de faire aimer tout ce que nous considérons important. Je suis convaincu que partout des comités de citoyens, des organismes communautaires, des individus disponibles pourraient utiliser leurs compétences linguistiques et relationnelles pour faire de la langue française un outil de rapprochement entre les cultures et les générations. Je remercie donc Impératif français de m'avoir offert cette tribune et de favoriser vos commentaires. Georges Galand |
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| 25.02.2012 à 18h00 - SOIRÉE HOMMAGE À JACQUES LACOURSIÈRE |
| 25.02.2012 à 20h00 - CONCERT BRASSENS |