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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
PRÉVOIR ET PLANIFIER L'IMMIGRATION Imprimer

PRéVOIR ET PLANIFIER L'IMMIGRATION :

UN ACCUEIL EN FRANçAIS POUR ASSURER NOTRE AVENIR


Introduction

Le mouvement Impératif français appuie le ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration dans sa volonté d'accroître son influence dans la gestion des mouvements d'immigration et d'édifier une société francophone, démocratique et pluraliste.

Il rappelle que, bien que le nombre d'immigrants invités à s'établir au Québec doive être déterminé en fonction de la capacité québécoise de maîtriser les retombées linguistiques, culturelles et sociales de cet apport, une vision à long terme doit améliorer cette capacité d'accueil et d'intégration des nouveaux arrivants. Le développement du Québec et la pérennité du français en Amérique du Nord en dépendent.

L'identification de quelques obstacles qui limitent l'intégration linguistique des nouveaux arrivants sera suivie de quelques suggestions adressées aux différentes composantes de notre société.

Cette contribution à la planification s'inscrit comme un engagement à collaborer à l'augmentation de la capacité d'accueil et d'intégration des immigrants, dans le cadre de la mission de notre organisme et de notre capacité de mobiliser les ressources nécessaires.

1. Planifier pour répondre aux besoins

1.1. Ajuster l'entrée de nouveaux arrivants à notre capacité de les accueillir.

Nous reconnaissons, dans la consultation publique sur l'exercice des pouvoirs québécois en matière d'immigration, la volonté du ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration de faire correspondre le nombre des immigrants autorisés à s'établir au Québec à la capacité d'accueil des institutions publiques et privées et de la population québécoises.

Nous encourageons le ministre à augmenter de manière globale le nombre d'immigrants; à augmenter le nombre d'immigrants indépendants (orientation 1); à maintenir l'aide humanitaire aux réfugiés et autres personnes en détresse (orientation 3); à faire progresser le nombre d'admission d'immigrants ayant de bonnes capacités d'adaptation au marché du travail (orientations 4 et 5). Ceci en plus de ceux échappant actuellement à son pouvoir d'intervention...

L'orientation qui emporte davantage notre adhésion est celle d'optimiser la proportion des immigrants francophones (orientation 2).

Nous souhaitons que la régionalisation de l'immigration soit renforcée de manière à soutenir le développement des régions, à favoriser l'intégration des immigrants et à susciter le développement d'expertises régionales en relations interculturelles.

Bien qu'il faille augmenter le nombre d'immigrants pour enrayer la baisse du poids relatif de la «belle province» dans la fédération canadienne, il nous apparaît sage de garder comme priorités:

  • l'intégration de ces nouveaux arrivants à la population déjà établie;
  • l'établissement de relations réciproques harmonieuses;
  • la réalisation socio-économique de chacun.

Il est de notre devoir de rappeler qu'une limitation du nombre d'immigrants invités à s'établir au Québec ne fait que différer la recherche de solutions à la consolidation de la présence culturelle francophone en Amérique du Nord. En effet, près de 0,5 % de la population résidente quitte chaque année le Québec pour le Canada anglais. De 1990 à 1995, le flux migratoire interprovincial se solde ainsi par une perte de près de 60,000 résidents (MRCI; 1997, 19). Et le Québec accueille désormais moins de 15% de l'immigration canadienne (Berthelot; 1997, 51).

De plus, il est indiqué de rappeler l'effet de la politique canadienne sur l'évolution de la langue française au Canada. En effet, les transferts linguistiques ont fait progresser de 2 '29 330 individus le groupe des utilisateurs de l'anglais contre des pertes de 273 635 pour le français (Statistique Canada, 1991). Ainsi, entre 1951 et 1991, au Canada, le poids relatif des francophones est passé de 29% à 24,3% et celui des Québécois de 28,9% à 25,2% (Statistique Canada). La tendance se maintient!

1.2. Augmenter notre capacité d'intégration des nouveaux immigrants enfonction des besoins démographiques

Comme le dit Pierre Bourgault « La politique n'est pas l'art du possible. C'est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire. »

Aussi, la consultation tenue par le gouvernement du Québec est-elle pour nous une invitation à insister sur la nécessité de développer notre capacité d'accueil et d'intégration de nouveaux arrivants intéressés à contribuer équitablement à l'essor culturel et au développement du Québec.

1.3. La volonté de se perpétuer ne peut venir d'un système fermé.

Nous tous, particuliers et organisations, avons la responsabilité de créer, de manière formelle et informelle, des lieux et des moments de rencontre. De fait, une société qui ne serait capable, ni de se reproduire, ni de rallier ceux qui assument sa relève, pourrait être considérée comme dénuée de volonté de se perpétuer et résignée à sa disparition. Il convient de rappeler que le taux de natalité au Québec demeure l'un des plus faibles du monde.

à court terme, les réactions du marché de l'emploi à une offre supplémentaire de main-d'oeuvre semblent menaçantes pour tous. Cependant, à moyen terme, la capacité des jeunes Québécois de financer la retraite de leurs aînés sera amoindrie sans la contribution de la main-d'oeuvre immigrée. Le vieillissement de la population et le coût de la prise en charge des services requis par cette tranche de la population exigent la préparation immédiate d'un accroissement de la main-d'oeuvre.

2. Les obstacles à l'intégration des nouveaux arrivants.

Impératif français est plus particulièrement attentif à l'intégration linguistique des nouveaux arrivants. Nous avons identifié les obstacles suivants à cette intégration:

  • la pression assimilatrice de la communauté anglophone, son refus d'en prendre conscience et de reconnaître aux francophones le droit d'y remédier;
  • la méconnaissance, dans le contexte pré-migratoire, des caractéristiques linguistiques et culturelles du Québec ;
  • les carences du cadre institutionnel chargé de garantir le caractère francophone du Québec dans une société pluraliste;
  • l'utilité de maîtriser la langue anglaise pour raccourcir la période de recherche de travail et accéder à un emploi mieux rémunéré;
  • la prédominance des termes anglais parmi les termes techniques, le jargon scientifique et celui des nouvelles technologies;
  • la fréquence du recours à la langue anglaise lors des relations avec les personnes dont l'apparence ne correspond pas à l'idée que l'on se fait du Québécois «de souche»;
  • la contradiction entre les messages affirmant que le français est la langue officielle et les pratiques incitant à l'utilisation de l'anglais dans la vie courante;
  • la faiblesse du niveau d'expertise relative au processus d'acquisition de la langue commune dans les entreprises et autres organismes, et leurs réserves quant à leur rôle dans ce domaine;
  • la difficulté de trouver des interlocuteurs disponibles pour parler le français;
  • la difficulté des parents allophones de donner le soutien requis aux travaux scolaires de leurs enfants;
  • le sentiment de certains immigrants que la population québécoise «de souche» n'est pas disposée à les inclure dans son réseau de relations interpersonnelles;
  • le sentiment de certains immigrants que leur intégration dans la société d'établissement menace la préservation de leurs valeurs morales et religieuses;
  • la crainte de certains Québécois de voir s'effriter leurs acquis culturels et sociaux sous la pression de valeurs véhiculées par certains immigrants;
  • la concentration des immigrants dans la région de Montréal et en particulier dans certains quartiers où les francophones sont moins présents.

La prise de conscience de ces obstacles nous incite à esquisser des propositions d'actions propres à favoriser leur intégration, notamment linguistique.

3. La dynamique de l'intégration

L'immigrant qui s'expatrie, mû par le rêve ou la nécessité, est en général décidé à acquérir les outils nécessaires à la réussite de cette nouvelle vie. Il se perçoit comme capable de relever les défis liés à ce nouveau départ. Il fonde sa confiance sur la conscience des contraintes auxquelles il compte échapper. Il est convaincu d'avoir identifié dans les obstacles prévisibles les moyens qui lui permettront d'en venir à bout.

Après une plus ou moins longue période d'euphorie, certains découvrent le poids de l'imprévisible. La complexité de la réalité freine leurs projets basés sur l'anticipation rassurante de leur réussite. Cette désillusion s'accompagne d'un besoin d'être rassurés et de faire confirmer leur capacité à relever les défis, à diagnostiquer les difficultés et à initier des processus de résolution de problèmes. Selon l'accueil que vont leur réserver les différents sous-groupes avec lesquels ils entrent en contact, ils vont modifier leurs schèmes de pensée, revoir leurs projets et leurs stratégies. Ce sont ces paramètres qui définiront la qualité de leur adhésion au cadre civique commun. De son côté, le Québécois se perçoit comme un citoyen accueillant et généreux. Le discours de l'immigrant en phase de désenchantement lui apparaît comme une méconnaissance de sa propre société et un signe du refus de s'intégrer. Il découvre que sa communauté est accusée de ne pas correspondre à l'image embellie de la société dont l'émigré s'est éloigné. La frustration parfois exprimée par le nouvel arrivant en termes de reproche crée de l'incompréhension et risque de rompre le dialogue.

Cette frustration traduit les efforts de rapprochement qui annoncent la réorganisation des références à une réalité inattendue. La reconnaissance de cette transition permet de les situer comme une étape du processus d'adaptation. Avec le temps, celui-ci débouchera sur la relativisation des généralisations excessives et sur la recherche des informations manquantes. Les tensions s'apaiseront au fur et à mesure que l'immigrant aura l'occasion de faire reconnaître sa capacité de participer au développement de la société. En général, il exprimera alors son attachement à cette communauté qui lui permet de retrouver sa fierté. Ces échanges mettront en évidence que le refus de s'intégrer n'est souvent qu'une tentative de se protéger contre un environnement dont les ouvertures ne semblent pas offrir la possibilité de se développer.

Au-delà de la résistance et des inquiétudes, il faut donner le temps à la générosité d'apparaître. Alors, chacun de nous pourra se rassasier des avantages inimaginables que les uns et les autres sont prêts à partager dès lors qu'ils se sentent invités à la table des convives.

La langue est le véhicule de cette rencontre. Le plaisir de l'échange génère la recherche et la maîtrise des mots pour le dire. Comme vous le savez, les déclarations d'amour enrichissent davantage le vocabulaire que les mots d'ordre et les vexations. Le goût de parler une langue se développe avec la possibilité de rencontrer des interlocuteurs, d'accéder à un savoir particulier et de faire valoir ses talents.

L'intégration des immigrants est un mouvement de rencontre où les membres de la société d'accueil et l'immigrant se reconnaissent et se respectent. L'assimilation est un choix où le minoritaire abandonne, de gré ou de force, ses caractéristiques identitaires pour correspondre à l'image normative imposée par la majorité ou la culture dominante. Les atouts culturels et sociaux du Québec, autant que son histoire politique, le prédisposent à tabler sur la séduction pour susciter l'adhésion de ceux qui, par choix ou par défaut, décident d'y vivre. Ce jeu de la séduction exige que le cadre institutionnel et l'aménagement linguistique soient clairement établis et respectés. Ceci ne va pas sans ambiguïtés dans le contexte actuel du dénigrement de la politique linguistique du Québec.

Il nous faut donc réinventer la fête qui donne le goût de l'harmonie où chacun se fond dans l'ensemble et met provisoirement de côté les inévitables frustrations liées à la condition humaine.

3.0.1. Après la lutte pour la survie, le confort du cadre institutionnel pour que s'épanouisse la capacité d'accueil de chacun.

La sécurité libère l'énergie nécessaire à l'accueil. Les Québécois ont besoin d'un cadre efficace pour préserver le caractère fondamental dela langue française comme langue commune. Cette présence institutionnelle assure la stabilité du Québec dans le temps. Elle replace les difficultés d'acquisition de la langue chez les allophones dans la perspective de la succession des générations.

Le respect des rythmes et la reconnaissance du cheminement d'autrui sont favorables à l'adhésion commune alors que la contrainte engendre soumission ou révolte. Elle altère la disponibilité de l'énergie requise pour l'apprentissage.

La culture québécoise doit sa vitalité au combat mené pour vaincre les obstacles destinés à l'étouffer. Ce combat a porté ses fruits: L'organisation politique que se sont donnée les Québécois leur livre l'accès à une partie des leviers de commande nécessaires pour assumer leur destinée. Ce contexte politique a produit un cadre institutionnel et légal veillant au maintien de certains acquis.

Le peuple québécois a résisté aux politiques assimilatrices par des stratégies de protection contre la différence et de défense de son identité. Les naissances assuraient alors sa vitalité. Aujourd'hui le maintien de la langue et de la culture nécessite d'autres stratégies Les gains politiques acquis au moyen des anciennes stratégies rendent possible ce renouvellement. Le maintien de la culture francophone repose en effet sur la prise en considération de la réalité démographique. Il est aujourd'hui nécessaire d'adopter des attitudes d'accueil, de séduction et d'intégration pour élargir le cercle de famille. L'avenir sera façonné par cette adaptation à la situation actuelle, par le nombre et par la qualité des adhésions à la société québécoise que nous serons capables de susciter.

4. Où et comment intervenir

4.1. L'image du Québec véhiculée dans le contexte pré-migratoire.

Avant de choisir sa destination d'émigration, le candidat à l'émigration façonne parfois un projet de vie à partir des données accessibles, tant par les médias et les canaux officiels que par les réseaux informels et son entourage.

Aussi, la diffusion des informations sur la culture du Québec, sa langue, le marché de l'emploi et ses relations avec le Canada doit-elle être l'objet de notre préoccupation. Il semble qu'à leur arrivée, certains immigrants ignorent malgré les progrès réalisés, la spécificité québécoise par rapport à l'ensemble canadien, allant jusqu'à ignorer la réalité linguistique du Québec. (Berthelot; 1997, 40)

Les Québécois qui vivent à l'étranger, ainsi que les Néo-Québécois et étudiants étrangers en relation avec les communautés dont ils sont originaires, sont des relais dont la collaboration est précieuse.

Le dynamisme du Québec dans la francophonie et son apport à la visibilité du français sur le réseau «Internet», contribuent à cette reconnaissance dans certains milieux. L'utilisation de ces technologies de l'information dans les écoles pourrait confier aux élèves un rôle d'ambassadeurs de la culture et développer leur habileté en échanges interculturels.

Notre contribution à l'enseignement du français, à l'extérieur de nos frontières, doit également être perçue comme un facteur qui renforce le dynamisme de la francophonie dans le monde et la diffusion de notre culture.

4.2. Favoriser la disponibilité des Québécois à l'accueil des nouveaux arrivants par un cadre institutionnel qui garantisse le maintien des caractéristiques essentielles du Québec.

Une bonne partie de l'immigration actuelle provient de régions du monde dont la langue, la culture, la religion, les valeurs et les coutumes diffèrent de celles de notre société. L'accueil des Québécois est notamment marqué par la nécessité qu'a leur société de préserver ses caractéristiques essentielles et de se développer grâce à cet apport de ressources disponibles. La contribution démographique et économique des immigrants les rend désirables. Cependant la confiance des Québécois dans leur propre capacité d'intégrer les nouveaux immigrants, exige qu'un cadre institutionnel garantisse la permanence des acquis économiques, sociaux, culturels et civiques échafaudés au cours des temps. Ce cadre institutionnel englobe notamment la langue d'affichage, d'enseignement, de travail, etc. De plus, le cadre constitutionnel aurait avantage à être clarifié afin de dissiper la confusion et l'incertitude engendrées par les nombreux messages contradictoires.

4.2.1. Le français, langue de travail et de relation avec la clientèle.

Les exigences linguistiques des employeurs détonnent parfois dans la composition de leur clientèle. On peut supposer dès lors, soit que l'anglais a tendance à s'imposer comme langue commune dans les lieux qui échappent à notre vigilance, soit que la politique des relations avec la clientèle surévaluent les besoins de la clientèle unilingue anglophone, ou que la politique de recrutement du personnel sous-évalue l'aptitude au bilinguisme des ressources humaines anglophones.

Rappelons que 91,5 % des anglophones du Canada sont unilingues et que 40% des francophones affirment parler anglais (Impératif français, 1996, 7). Nous voulons que le bilinguisme progresse chez nos compatriotes anglophones, même si nos comportements linguistiques sont davantage tolérants que ceux qui ont abouti à l'assimilation massive des francophones en Amérique du Nord.

Ainsi que l'a voulu le législateur, l'application de la Charte de la langue française doit éliminer toute exigence non justifiée de la maîtrise de la langue anglaise pour accéder au marché du travail, y compris au sein de la fonction publique qui devrait donner l'exemple.

46. [Interdiction d'exiger une autre langue] Il est interdit à un employeur d'exiger pour l'accès à un emploi ou à un poste la connaissance d'une langue autre que la langue officielle, à moins que l'accomplissement de la tâche ne nécessite la connaissance de cette autre langue.

[Fardeau de la preuve] Il incombe à l'employeur de prouver à la personne intéressée, à l'association de salariés intéressée ou, le cas échéant, à l'Office de la langue française que la connaissance de l'autre langue est nécessaire. L'Office de la langue française a compétence pour trancher le litige, le cas échéant.

L'ajout de l'exigence de la connaissance de l'anglais pour l'accès à un emploi est une pratique d'exclusion à l'endroit des nouveaux arrivants. En effet, seulement 11,5% des immigrants admis au Québec, en 1996, avaient une connaissance «du français et de l'anglais ».(M.R.C.I., 1996).

4.3. Assurer, en complément de la francisation en établissement, l'encadrement de l'immersion linguistique.

Le nombre d'heures allouées à la francisation des stagiaires dans les Centres d'orientation et de formation des immigrants (COFI) prévoit une formation de base préparant à l'insertion socioprofessionnelle. à la suite des difficultés rencontrées par les allophones à percer un marché du travail marqué par un taux de chômage élevé, et à l'utilité de compléter la formation dispensée par les COFI, plusieurs commissions scolaires et organismes communautaires offrent des programmes complémentaires de francisation et d'insertion socioprofessionnelle.

Cette francisation systématique garde toute sa raison d'être. Elle doit faire l'objet d'ententes de complémentarité entre les différents dispensateurs de services de manière à répartir les mandats et les budgets en fonction des exigences des programmes et de l'efficacité de chacun.

Les programmes de francisation doivent rejoindre une plus grande partie de leur clientèle potentielle. (Berthelot; 1997, 40)

En complément à ces apprentissages, il faut prévoir et élargir les possibilités d'immersion linguistique. C'est dans l'interaction quotidienne, par la participation à la dynamique et à la production économique, sociale et culturelle que se développe l'habileté linguistique.

4.3.1. élargir l'admissibilité à d'autres lieux d'immersion linguistique tels que les milieux de travail et le bénévolat.

L'intégration des immigrants se fait surtout par le biais du travail. L'accès au travail est le moyen de la majorité d'assurer son autonomie financière et de contribuer à la production des biens et de services nécessaires au fonctionnement et au développement de la communauté d'établissement. L'activité professionnelle absorbant la plus grande partie de la vie constitue une source essentielle d'interaction et de communication motivant l'acquisition de compétences linguistiques. Les personnes qui ne peuvent avoir accès au marché de l'emploi éprouvent davantage de difficultés à se motiver et à s'exercer pour perfectionner leur maîtrise de la langue.

Outre le souci de promouvoir le français comme langue de travail, il faut donc faciliter l'immersion dans le milieu du travail, comme le recommande le Conseil des relations interculturelles ( Berthelot; 1997, 48-57 ) en vue de continuer à développer l'acquisition du vocabulaire utile à la technologie, à l'analyse et au développement des processus de production, à la recherche et à la socialisation.

Lieux de production de biens et de services, les organismes communautaires et tout le secteur de l'économie sociale sont aussi des lieux de vie et d'intégration (1). Ils ont développé une expertise dans la valorisation de la contribution de leurs membres et de leurs bénévoles à la réalisation de leur mission. L'insertion de nouveaux arrivants dans ces circuits, en échange de leur disponibilité et de leurs compétences spécifiques, est pour eux un moyen d'acquérir et de perfectionner leurs compétences linguistiques.

Le nombre de places propices à une immersion linguistique dépend de l'analyse des exigences linguistiques nécessaires à l'accomplissement de la tâche. Il est possible d'augmenter ce nombre de places en soumettant l'analyse des défis à la créativité de l'immigrant. Cette créativité peut même enrichir la panoplie d'outils d'intervention de l'organisme «employeur». Pour l'apprenant, la possibilité d'améliorer ses moyens d'intégration socioprofessionnelle à partir de ressources linguistiques minimales stimulera l'assimilation des notions enseignées.

L'efficacité des programmes de francisation bénéficiera de l'allocation d'une partie de nos ressources à la multiplication et à la stimulation de lieux d'immersion sociolinguistique.

Notons entre autres, la participation d'immigrants dans les programmes de maintien à domicile, les services d'animation pour personnes âgées dans les centres d'accueil, etc.

4.3.2. Que chaque citoyen soit un francophone qui prenne le temps de parler aux immigrants et de les écouter.

L'immigrant est motivé par l'apprentissage de la langue qui porte ses projets de travail et de vie dans son nouveau cadre. Cependant, l'acquisition de ce nouveau savoir est parfois une épreuve qui peutintroduire le doute sur ses capacités d'apprentissage. Il a honte de cette maladresse linguistique. En effet, elle entache le curriculum professionnel et intellectuel sur lequel reposaient sa fierté et l'assurance de son intégration.

Difficulté supplémentaire: il apprend à parler mais ne trouve pas à qui parler! L'exemple de l'enseignant qui suggère aux élèves d'appeler Tel-Aide pour avoir l'occasion de parler la langue du pays, met en doute la facilité des contacts avec la population francophone. Ce conseil sous-estime probablement la disponibilité et le goût pour la «jasette» de la population... quoique, selon le père Julien Harvey, la timidité interculturelle puisse caractériser une partie de la population québécoise.

De nouveaux arrivants affirment avec résignation que les Québécois n'ont pas le temps de leur parler. Alors que dans plusieurs cultures les liens familiaux et amicaux sont primordiaux, le déracinement de l'immigrant se traduit la plupart du temps par une perte de la majeure partie de son réseau social. Le dynamisme de certaines associations et la solidarité à l'intérieur de certaines familles nous font croire qu'il n'y a pas de problèmes. Mais la pudeur, la fierté, et la crainte de nous déranger masquent l'isolement dans lequel vivent plusieurs d'entre eux, nos voisins.

Certains immigrants rapportent aussi qu'ils se font aborder en anglais avant d'ouvrir la bouche ou dès que leur interlocuteur perçoit qu'ils ne maîtrisent pas parfaitement le français. Pour ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais, cette situation constitue une indication supplémentaire qu'il serait bien utile de combler cette lacune. Mais pour les autres qui font l'effort d'apprendre le français comme deuxième ou troisième langue, c'est de l'héroïsme que de refuser cette solution de facilité. Quand, au magasin, dans l'autobus ou au guichet de la poste, il y a une file derrière soi, il faut faire vite pour se soustraire à la pression de l'attente! Mais quand parlera-t-il le français si personne ne lui accorde du temps pour essayer?

Nous n'avons pas les moyens de payer davantage d'agents de francisation pour mener à terme le processus. Il nous faut donc prendre conscience, institutions et individus, de notre responsabilité dans la francisation des immigrants.

Le jumelage qui permet à une famille immigrante de trouver les renseignements nécessaires à l'organisation de la vie quotidienne et qui donne l'occasion de parler la langue est un exemple de participation à l'accueil des immigrants. D'autres initiatives éclosent ici et là, telles que l'aide à la rédaction de demande de services et à l'établissement de formulaires, le covoiturage, les habitations partagées, l'invitation à une partie de balle ou de volley, ...

4.3.3. Suppléer aux difficultés des parents à superviser les travaux scolaires de leurs enfants.

En dehors du travail, l'incitatif majeur à la maîtrise de la langue est l'éducation des enfants. Les parents ont à coeur d'aider ou de superviser l'éducation de leurs enfants. Certains nouveaux arrivants ne peuvent plus assumer ce rôle parce qu'ils ne maîtrisent pas la langue. En outre, ils se trouvent à la merci de leurs enfants pour des démarches auxquelles ils n'ont pas l'habitude de les associer.

Les jumelages entre familles immigrantes et familles québécoises développent le goût de se rapprocher et créent des occasions de parler. Plusieurs associations interculturelles recrutent activement dans la société québécoise des personnes intéressées à accueillir des familles immigrantes et à les informer du fonctionnement des institutions québécoises et des moyens de s'intégrer.

Certaines de ces associations ont mis sur pied des écoles de devoirs pour suppléer aux carences linguistiques des parents. Ainsi appuyés, les parents allophones intègrent plus facilement les réseaux d'échanges sur l'éducation des enfants. D'autres associations permettent aux jeunes immigrés d'«adopter» une grand-mère ou de se faire «adopter» par elle. Ainsi se transmettent des trésors d'affection disponible, le plaisir de l'échange et les souvenirs qui éclairent un présent privé de racines.

5. Deux partenaires responsables

5.1. échanger, ça aide à parler et ça nous grandit.

Les relations avec les personnes d'autres cultures nous intimident parfois parce que nous ne savons pas ni où elles vont nous mener, ni comment nous comporter. Ce n'est pas toujours facile, spécialement lorsque l'apprentissage linguistique débute ou stagne. La méconnaissance des habitudes et des valeurs culturelles font craindre à chacun de blesser l'autre. Mais la satisfaction croît avec l'usage! Plusieurs personnes engagées considèrent que c'est un enrichissement pour elles de fréquenter les immigrants venus des quatre coins du monde. Ils ouvrent leur esprit sur d'autres choix et leur permettent de voir différemment les leurs. Ces fréquentations interculturelles permettent aussi de découvrir que l'image que chacun se construit de la différence est bien plus menaçante que la personne elle-même. Quand nous prenons le temps d'établir un lien, bien entendu!

Dans notre société de plus en plus de citoyens, en pleine possession de leurs ressources intellectuelles, sont libérés de l'obligation de travailler pour subvenir à leurs besoins. Le goût d'être utile et d'élargir leur horizon pourrait s'accomplir dans une multitude de relations comme l'aide aux devoirs scolaires, le partage de commentaires de lectures, le bavardage par dessus la clôture, la «jasette» ou encore le covoiturage. Ces démarches et d'autres sont à la portée de clubs sociaux intéressés à déborder leur recrutement traditionnel, à la portée de services attentifs à la croissance de l'isolement ou de citoyens et citoyennes prêts à une démarche individuelle. Il suffit d'être fier d'être francophone et de prendre le temps d'inviter l'autre.

5.2. La responsabilisation sociale des immigrants.

Bien que le Québec doive investir de nombreuses ressources pour faciliter l'accueil et l'intégration des immigrants, il convient toutefois de rappeler, ici, qu'il est du devoir des immigrants de s'intégrer à la société d'accueil par l'apprentissage de la langue commune, le français.

Il s'agit là d'une responsabilité partagée et par la société québécoise et par l'immigrant. Ce dernier ne peut ni ne doit se soustraire aux exigences de ce devoir à l'endroit de son hôte.

Les immigrants qui se soustraient au respect des lois linguistiques mises en place par le Québec contribuent aux tensions culturelles de la société d'accueil alors qu'un climat détendu ne peut qu'être favorable à la mise en commun des énergies. L'utilisation et la maîtrise de la langue officielle est perçue comme une marque de la volonté de s'inscrire comme partenaire effectif de l'histoire du Québec. Comme pour la grande majorité des Québécois, le français leur permettra de travailler, de faire valoir leurs droits, de participer aux institutions publiques, de se former et de soutenir les apprentissages de leurs enfants.

6. Conclusion

Nous préconisons donc que l'ensemble des forces vives du Québec unissent leurs efforts pour augmenter notre capacité d'accueil des immigrants et leur intégration dans une communauté francophone dynamique. Il est de notre responsabilité d'inviter et d'encourager à partager, à soutenir et à enrichir notre culture.

Ainsi, nous recommandons que le cadre institutionnel et légal garantisse:

  • l'usage de la langue française comme langue commune dans tous les rouages de la vie publique et, en particulier, du travail, de l'éducation, des services de santé;
  • la promotion de la langue française dans les domaines technologique, commercial et scientifique où l'usage de la langue anglaise a tendance à être perçu comme inéluctable;
  • la reconnaissance du pluralisme du Québec et son ouverture «aux apports multiples dans les limites qu'imposent le respect des valeurs démocratiques fondamentale et la nécessité de l'échange intercommunautaire» (Berthelot; 1997, 8), la langue française étant le véhicule de ces interactions;
  • la sensibilisation de l'ensemble des établissements publics ou privés, et de chaque citoyen, à leur pouvoir sur la francisation des nouveaux immigrants.

Ce pouvoir sur l'intégration linguistique des immigrants s'exerce par:

  • le respect de la politique linguistique du Québec;
  • une admissibilité plus large aux stages dans les milieux de travail et de bénévolat;
  • l'élargissement de l'accessibilité des lieux d'immersion sociolinguistique;
  • la multiplication des écoles de devoirs accessibles aux enfants et aux parents allophones;
  • la multiplication du parrainages de jeunes immigrants;
  • la multiplication du parrainage de familles immigrantes par des familles québécoises;
  • la mise sur pied, dans les bibliothèques publiques de clubs de lecture sur les thèmes de l'histoire, de la géographie, du voyage, de l'immigration, de l'échange interculturel, etc.
  • la sensibilisation des nouveaux arrivants aux activités des clubs sociaux, des organismes d'entraide, des groupes communautaires et à l'amorce de rencontres interculturelles ;
  • l'invitation des associations ethnoculturelles et interculturelles, par les clubs sociaux, les groupes communautaires et les comités de quartier à des activités de connaissance mutuelle, de collaboration thématique, etc.

Nous rappelons que la probabilité que le français devienne une langue commune augmente avec:

  • le rayonnement de la fierté d'être Québécois;
  • la multiplication des initiatives visant la rencontre;
  • le respect attentif de l'autre, de ses valeurs, de ses intérêts;

et qu'elle diminue avec:

  • le préjugé que l'autre préfère s'exprimer en anglais;
  • l'impatience face aux difficultés de l'autre de s'exprimer en français;
  • le dénigrement de la qualité du français parlé par l'autre;
  • l'absence de disponibilité pour communiquer avec l'autre;
  • le rejet de l'autre, de ses coutumes ou le mépris pour l'une ou l'autre de ses différences;
  • l'intolérance et la sous-évaluation des exigences imposées à l'autre;
  • l'absence de reconnaissance des efforts de l'autre.

Nous avons mis en évidence l'importance pour le Québec de développer sa capacité d'accueil et d'intégration des immigrants. Nous avons rattaché cette nécessité à l'impact du facteur démographique sur l'avenir de la langue française en Amérique du Nord.

Génération après génération les Québécois construisent un pays où il est possible de se réaliser et de s'épanouir en français. Ils ont besoin de renforts pour maintenir le cap mais ceux qui les rejoignent doivent savoir que les tâches sont à partager. Pour assurer l'avenir du Québec, les voix des immigrants doivent se mêler au choeur, appuyer la mélodie et l'enrichir.


Bibliographie

Berthelot, J., (1997), Un Québec pour tous ses citoyens. Les défis actuels d'une démocratie pluraliste , Conseil des relations interculturelles, Montréal

Ministère des relations avec les citoyens et de l'Immigration, (1997), Prévoir et planifier. L'immigration au Québec de 1998 à 2000. Caractéristiques de l'immigration récente au Québec

M.R.C.I., (1996) l'immigration en région en 1996. Statistiques de l'immigration dans les régions administratives du Québec

Statistique Canada, Cat. 96-313F, cité par Impératif français, (1996), Le français langue commune du Québec , Mémoire soumis à la Commission de la culture

Statistique Canada, cité par Impératif français, (1996), Le recul du français au Canada , Mémoire soumis au Comité parlementaire sur les langues officielles, Ottawa.


Renseignements:

Jean-Paul Perreault
Président
Tél.: (819) 684-7119
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1 (renvoi de bas de page) La recherche par les immigrants de lieux d'immersion linguistique, la disponibilité de leur expertise professionnelle pour le bénévolat ne devraient pas occulter leur droit d'obtenir une rémunération équitable pour leur travail. Il en est de même pour tous les candidats au travail amenés à offrir leurs compétence sans compensation monétaire, dans le seul but de maintenir et de mettre à jour l'expertise et l'expérience requises par la concurrence sur le marché du travail. Malheureusement le contexte actuel tend à faire percevoir les immigrants comme des voleurs d'emplois, vu les concessions qu'ils sont prêts à faire aux employeurs pour avoir l'occasion de ne plus dépendre de l'aide du dernier recours et de faire valoir leur aptitude au travail. Leur désir de s'intégrer économiquement est alors perçu comme menaçant.


 

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GUY PERREAULT
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