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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
NOS ÉCOLES NOUS ONT TRAHI Imprimer

Nos écoles nous ont trahi

Brian Jewitt
Cantley (Québec)

Ces derniers jours, nous avons entendu des nouvelles écoeurantes, d’une hausse de l’incidence du suicide chez les jeunes; et aussi d’une demande des stations de radio, dites "française", à diffuser plus de musique américaine. Les sondages démontrent que les jeunes sont, de toute façon, déjà branchés aux postes dits "anglais", qui ne font que le relais du message américain, omniprésent. Un message qui évoque souvent des liaisons sordides, la destruction et même l’autodestruction. Une novocaïne engourdissante de la cervelle.

à quelle agence peut-on demander de l’aide pour les parents dans la brèche? Il y a trente ans, la radio franco était dans les lignes de la défense, "au front". Aujourd’hui, elle est la cinquième colonne. Elle dévalorise son propre idiome.

De la même façon, l’église, il y a quelques ans, aidait les familles à résister au panaméricanisme et à des crypto-stoïques.

On ne peut plus compter sur l’école. Autrefois, oui. On enseignait la littérature, philosophique et civilisatrice des grands humanistes, tels que de Chardin, Pascal, Platon, Alain, Sartre, Nerval, Balzac, Vian, Roy, Alphonse Daudet (celui qui servait d’inspiration à la jeune Antonine Maillet, l’écrivaine récemment honorée par la France). Voilà les écrivains qui se moquaient de l’embourgeoisement irréfléchi. Voilà les grands penseurs qui faisaient avancer l’humanisme dans le monde.

On ne les enseigne plus, même pas dans les cours de "morale" où, récemment, la classe de ma fille a visionné un film américain intitulé Pumping Up the Volume. (sic). On ne les enseigne plus, parce que les écoles ont maintenant la charge de former des cybernautes et des consommateurs, du fourrage pour le marché. Ceux et celles qui arrivent finalement aux institutions postsecondaires sont souvent des non-littéraires, même des illettrés... ! Des Epsilons, tels qu’imaginés par Aldous Huxley, dans son Meilleur des mondes. Nos écoles, en effet, nous ont trahis. Elles permettent à nos élèves de porter des tenues qui véhiculent souvent les messages nihilistes américains. Elles offrent à nos jeunes des pèlerinages aux Wonderlands, des films américains à gogo, et des arrêts chez McDo. Le nirvana, gracieuseté de l’école.

Récemment, quand on a projeté à la classe d’un de mes enfants un autre film américain fantaisiste et nihiliste, j’ai contacté le directeur par téléphone. Pourquoi, lui ai-je demandé, l’école ne cherche-t-elle jamais à promouvoir des films autres qu’américains? "Les films offerts en tant que récompenses comme c’était le cas, m’a répondu-t-il sont le choix des enfants".

Or, de quel choix parlait-il? Des 15 films à l’affiche en Outaouais, très rares, sont ceux qui ne soient pas américains. Même chose pour les films à la télévision. En pleine conversation avec le directeur de l’école, le souvenir d’Herbert Marcuse m’est venu à l’esprit. Ce grand philosophe allemand estimait dans son chef-d’oeuvre, éros et civilisation, qu’aussitôt américanisée, une société abandonnerait ses principes altruistes (éros) pour le nihilisme (Thanatos).

La culture américaine, selon lui, s’est métastasée, à cause de la fausse allure d’éros, qui n’est qu’un camouflage de la nécrose (thanatos, mot grec, signifie mort). Propulsé dans cette ambiance, les jeunes trahissent leur culture et leur patrimoine en faveur du matérialisme kitsch et des sociétés multinationales, ces porteurs de néo-libéralisme et de chômage.

Au Québec, Thanatos s’est installé sans grande difficulté. Du nihilisme passif (drogue, alcool, informatique, télévision,) au nihilisme actif (accidents routiers, suicide ou mort précoce, en raison de la surconsommation des mauvais aliments, tabac, violence). Les jeunes adhèrent à cette forme de pensée avec un aveuglement étonnant. "Les gens n’obtiennent la liberté qu’au prix d’un esprit libre", écrivait Marcuse.

J’ai informé ce même directeur que, durant les années scolaires de mes deux enfants (toujours aux écoles francophones), ils n’avaient vu que deux ou trois films non américains à l’école.

Son irritation, face à mon insistance sur la question, évidemment dépourvue de sens pour lui, m’a fait penser au chef de cuisine qui, en train de brasser un gros pudding, trouve soudain une mouche dedans.

Ce pudding sera bientôt présenté dans des moules identiques, tous couronnées de cerises décoratives qui représentent éros...au marché.

Il reste toujours l’espoir de réformes adéquates pour bientôt. Peut-être Mme (Pauline) Marois connaît-elle aussi la fameuse citation de J.S. Bach: "La plus grande liberté se trouve dans la discipline". Alors, vive la liberté! Et à mort Thanatos!


 

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