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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
MORT OU SURVIE DE MONTFORT Imprimer

MORT OU SURVIE DE MONTFORT

Hubert Laroque
Hull, Québec

Dans quelques jours, on saura ce qu'il adviendra de l'hôpital Montfort. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'avenir s'annonce menaçant. Le gouvernement Harris s'est hypocritement retranché derrière un Comité en prétendant que la décision était de pure technicité. Les politiciens fédéraux, si prompts à voler au secours des Anglos de Montréal, se sont commis du bout des lèvres, avec des réticences, des euphémismes qui disent bien de quel côté se trouve leur allégeance. Les députés et les ministres «franco-ontariens» ont suivi le même chemin de lâcheté et de démission en prétextant la solidarité ministérielle. Quand on est serviteur de la majorité anglophone, la conscience et la solidarité nationales sont sacrifiées les premières. Telle est la loi du fédéralisme canadien. L'unité nationale, comme l'entendent les messieurs du fédéralisme, signifie un divorce total entre un discours de tolérance et d'égalité, et des actes qui tranchent toujours en faveur de l'Anglais.

La question de Montfort n'est pas une question purement locale, elle est le reflet fidèle de la relation entre les Canadiens français, les Québécois et les Anglo-canadiens. Nos politiciens ont habitué le pouvoir fédéraliste anglophone à tant de complicité, de vile acceptation de tout ce qui nous diminue que le Canada anglais tient pour acquis qu'il peut tout tenter contre nous impunément. Il est sans doute bien tard, et le pli de la soumission, de la servitude politiques nous marquent bien profondément, de façon quasi indélébile. Et pourtant, il suffirait d'un seul ministre fédéral québécois ou canadien français qui dise un «non» sans faille, d'un seul homme qui serait indifférent aux faveurs et aux honneurs du régime pour que les Canadiens français redeviennent un peuple, au lieu d'une minorité de plus en plus réduite et consentante à sa banalisation. Nos élections cesseraient alors d'être la triste et sempiternelle répétition du désarroi et de la confusion par laquelle on élit à pleines urnes des complices de notre humiliation et de notre effacement politiques.

Il faudrait, de façon urgente, que les Franco-ontariens et les Québécois retrouvent le sens de la solidarité nationale. Les droits du Québec, et ceux de l'Ontario français sont, en effet, une seule et même chose. Tout recul, tout échec a son contrecoup, de part et d'autre d'une frontière que l'histoire anglaise nous a imposée, et qui, malheureusement, l'assimilation faisant son chemin, s'est intériorisée sous forme de suspicion et d'animosité.

Cette absence d'intelligence et d'intégrité nationales chez nos politiciens a engendré un effet bien pervers. Quand on a défendu ses droits, de façon purement verbale, et que survient l'échec, on se félicite de «s'être battu», mais c'est pour mieux plier l'échine, agiter l'unifolié et entonner tous en choeur le «ô Canada!». C'est ainsi que les fédéralistes québécois qui ont échoué complètement dans leur tentative de renouvellement du Canada, qui ont essuyé un refus total de reconnaissance de la «société distincte», font encore semblant de croire à l'avenir du Québec et du Canada français au sein de la fédération canadienne.

Au lendemain d'un échec de la cause de Montfort, les Franco-ontariens vont-ils rentrer dans le rang, reprofesser une foi canadienne indéfectible, prendre parti contre l'indépendance du Québec? Ou bien, apprendront-ils enfin l'éloquence de la réserve, du silence, la force et l'efficacité de la solidarité nationale qui les lie au Québec et non au Canada anglais, le sens d'une lutte et d'une détermination qui invente des moyens nouveaux, quand les recettes du passé ont fait échec? Si la cause de Montfort devait être défaite, le peuple de l'Ontario français devrait en sortir grandi par une conscience exacte de sa situation réelle. Il devrait trouver dans l'échec même la conviction salutaire qu'il faut abandonner les hommes et les méthodes de l'échec et inventer un nouveau nationalisme conforme à la vérité et à l'exigence de sa survie et de son affirmation.


 

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