MéMOIRE SUR LAVENIR
DU FRANçAIS
à MONTRéAL ET AU QUéBEC
Jean Alfred
Premier député noir
du Québec
(Mémoire présenté à la
Commission de la culture de l'Assemblée nationale du Québec à
l'occasion des auditions sur Le français, langue commune du
Québec - août 1997)
Préambule
Le français, cest notre
raison dêtre. Sans le français, nous ne sommes pas. Le
français, cest notre être, nous-même. Sans le français,
nous ne sommes pas. Nous nexistons pas. Sans le français,
il ny a pas de Québec, il ny a pas de culture
québécoise, il ny a pas de société québécoise, il
ny a pas de Québec. Nous sommes définis par notre langue.
A Montréal, nous devons
parler français et seulement français et tout le monde doit
sexprimer en français à lexception de 7 %
danglophones du Québec qui ont des droits que nous
respectons.
Le français, cest notre
trésor. Nous sommes les mots que nous employons. Nous sommes les
phrases que nous utilisons. Nous sommes des gréco-latins de
lAmérique du Nord. Nous ne sommes ni français de France,
nous ne sommes ni les Américains ordinaires, nous sommes des
Québécois, des parlants français. Nous voulons être
québécois français. Nous voulons vivre en français, nous
sommes un peuple français. Nous ne sommes ni distincts ni
spécifiques ni uniques. Nous sommes québécois de langue
francaise, nous voulons un pays français et francophone.
Le prochain référendum qui
ne saurait tarder, car jai confiance en Lucien Bouchard, va
enfin nous donner un pays. ça presse, cest urgent.
Cest la condition du respect des Québécois et la fin de
la descente dans la rue pour faire respecter notre langue.
Depuis 1969, je suis, de
près, les problèmes de la langue française au Québec. Si en
1977 nous avons voté la loi 101, cétait pour faire du
Québec une terre française. Lobjectif était louable et
nous disons merci au Dr Camille Laurin, mais la loi 101 a réglé
peu de choses et vous comprendrez pourquoi. Jentre
demblée dans le sujet. Tant que nous vivons dans le
régime fédéral, où nos lois sont soumises à la Cour
suprême, nous ne pourrons prétendre que lAssemblée
législative du Québec est efficace à moins de recourir tout le
temps à la clause nonobstant. Tout le monde le sait: la Cour
suprême cest comme la tour de Pise, elle se penche
toujours du même bord. La Cour suprême est là pour protéger
les intérêts individuels au détriment des intérêts
collectifs. Or, la langue nest pas un fait individuel, mais
un fait collectif.
Dire que la langue française
nest pas menacée relève de la bêtise, cest mentir
aussi au peuple québécois.
Autrefois, léglise
était là pour protéger la langue et la culture.
Aujourdhui, cette situation est révolue et comme il y a un
manque de natalité au Québec, nous pensons que
limmigration aurait pu maintenir le poids de francophones
au Québec. Pour arriver à ceci, nous avons créé une politique
dintégration et de francisation des nouveaux arrivants au
Québec. Jaffirme tout de suite que cette politique
dintégration et de francisation a totalement échoué.
Jexplique pourquoi:
Les immigrants disent
quils viennent au Canada et non au Québec. Or, le Canada a
une politique multiculturelle et bilingue, ce qui amène le
Canada, avec largent des Québécois, à financer les
groupes ethniques pour conserver leur culture et à faire
sournoisement la promotion de langlais.
Nous assistons ainsi à une
juxtaposition des cultures. Alors comment parler de francisation
et dintégration à la société daccueil.
Donc nous ne pouvons pas
parler de francisation et dintégration dans le système
actuel.
Quel est le rôle des Cofis,
des cours sur mesure et des Pafi dans la francisation et
lintégration des nouveaux arrivants?
Depuis 1992, joeuvre
dans ces milieux, il y a des phrases creuses, il y a des gens qui
protègent leurs jobs, mais il ny a pas de francisation ni
intégration réelle parce que tout dabord, si
théoriquement les termes sont clairs mais pratiquement ce
nest pas vrai. Les dirigeants des COFIS nont jamais
expliqué aux nouveaux arrivants quau Québec cest en
français que ça se passe. De plus, nombreux sont les profs qui
ne croient pas en cette intégration à la vie québécoise.
Nombreux sont ceux qui
dénigrent la culture et la façon de parler des Québécois.
Alors, comment amener les nouveaux arrivants à aimer et
apprécier la culture et la langue francaise québécoise?
Le manque de fierté et de
leadership des dirigeants et la neutralité voulue de certains
professeurs, et en même temps lobscurité du discours,
namènent pas les immigrants à sintégrer à nous.
Bref, les deux missions: intégrer et franciser ne sont pas
expliquées avec conviction.
Si nous ne croyons pas, nous
ne pourrons pas inculquer lamour de la langue et de la
culture française aux nouveaux arrivants.
Je dis donc que la langue
française est menacée et cest alarmant et il faut le dire
haut aux Québécois et aux Québécoises. Le seul remède qui
puisse sauver la langue est la souveraineté qui doit arriver
vite.
En attendant quoi faire?
- Dire clairement aux immigrants et aux
réfugiés politiques au Québec que le Québec est
français (à prendre ou à laisser). Le Québec et le
Canada sont deux entités distinctes.
- Enseigner au Cofi, nest pas un
job mais une mission: il sagit de la survie
dun peuple.
- Le fédéral doit cesser de financer
les groupes ethniques vivant au Québec pour paraître
comme le «bon papa».
- Il faut cesser de taxer de radicaux
ceux qui disent aux Québécois que la langue française
est menacée.
- Les tenants du fédéralisme au
Québec doivent cesser de dire aux immigrants et aux
réfugiés que les Québécois nationalistes sont
racistes et xénophobes. Je demande aux députés
libéraux dorigine étrangère de ne pas monter les
groupes dont ils sont issus contre les Québécois de
souche.
- Je demande de revoir totalement la
gestion de la francisation et de lintégration des
immigrants.
- Ce nest pas à la majorité de
descendre dans la rue pour parler sa langue. Laissons à
nos enfants un pays français et francophone. Je veux que
les nouveaux arrivants respectent la société
daccueil.
- Le Québec doit et devra bouger pour
rester français. Pour y arriver, il faut et il faudra la
souveraineté.
Je demande à ceux qui choisissent et qui
choisiront de vivre au Québec, de comprendre et de respecter les
valeurs québécoises: la langue française, la culture
française, la solidarité, la fraternité, louverture sur
le monde, la laïcité.
Jean Alfred
Premier député noir du Québec
Québécois dorigine haïtienne
P.S.: Quand au
référendum 97 % des allophones, ceux-là que nous avons
censé franciser et intégrer à la culture québécoise,
disent non, cest ce que jappelle un refus
global et quon me pardonne de le dire cest un
vote ethnique anti-québécois.
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