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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
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MéMOIRE SUR L’AVENIR DU FRANçAIS
à MONTRéAL ET AU QUéBEC

Jean Alfred
Premier député noir
du Québec

(Mémoire présenté à la Commission de la culture de l'Assemblée nationale du Québec à l'occasion des auditions sur Le français, langue commune du Québec - août 1997)

Préambule

Le français, c’est notre raison d’être. Sans le français, nous ne sommes pas. Le français, c’est notre être, nous-même. Sans le français, nous ne sommes pas. Nous n’existons pas. Sans le français, il n’y a pas de Québec, il n’y a pas de culture québécoise, il n’y a pas de société québécoise, il n’y a pas de Québec. Nous sommes définis par notre langue.

A Montréal, nous devons parler français et seulement français et tout le monde doit s’exprimer en français à l’exception de 7 % d’anglophones du Québec qui ont des droits que nous respectons.

Le français, c’est notre trésor. Nous sommes les mots que nous employons. Nous sommes les phrases que nous utilisons. Nous sommes des gréco-latins de l’Amérique du Nord. Nous ne sommes ni français de France, nous ne sommes ni les Américains ordinaires, nous sommes des Québécois, des parlants français. Nous voulons être québécois français. Nous voulons vivre en français, nous sommes un peuple français. Nous ne sommes ni distincts ni spécifiques ni uniques. Nous sommes québécois de langue francaise, nous voulons un pays français et francophone.

Le prochain référendum qui ne saurait tarder, car j’ai confiance en Lucien Bouchard, va enfin nous donner un pays. ça presse, c’est urgent. C’est la condition du respect des Québécois et la fin de la descente dans la rue pour faire respecter notre langue.

Depuis 1969, je suis, de près, les problèmes de la langue française au Québec. Si en 1977 nous avons voté la loi 101, c’était pour faire du Québec une terre française. L’objectif était louable et nous disons merci au Dr Camille Laurin, mais la loi 101 a réglé peu de choses et vous comprendrez pourquoi. J’entre d’emblée dans le sujet. Tant que nous vivons dans le régime fédéral, où nos lois sont soumises à la Cour suprême, nous ne pourrons prétendre que l’Assemblée législative du Québec est efficace à moins de recourir tout le temps à la clause nonobstant. Tout le monde le sait: la Cour suprême c’est comme la tour de Pise, elle se penche toujours du même bord. La Cour suprême est là pour protéger les intérêts individuels au détriment des intérêts collectifs. Or, la langue n’est pas un fait individuel, mais un fait collectif.

Dire que la langue française n’est pas menacée relève de la bêtise, c’est mentir aussi au peuple québécois.

Autrefois, l’église était là pour protéger la langue et la culture. Aujourd’hui, cette situation est révolue et comme il y a un manque de natalité au Québec, nous pensons que l’immigration aurait pu maintenir le poids de francophones au Québec. Pour arriver à ceci, nous avons créé une politique d’intégration et de francisation des nouveaux arrivants au Québec. J’affirme tout de suite que cette politique d’intégration et de francisation a totalement échoué. J’explique pourquoi:

Les immigrants disent qu’ils viennent au Canada et non au Québec. Or, le Canada a une politique multiculturelle et bilingue, ce qui amène le Canada, avec l’argent des Québécois, à financer les groupes ethniques pour conserver leur culture et à faire sournoisement la promotion de l’anglais.

Nous assistons ainsi à une juxtaposition des cultures. Alors comment parler de francisation et d’intégration à la société d’accueil.

Donc nous ne pouvons pas parler de francisation et d’intégration dans le système actuel.

Quel est le rôle des Cofis, des cours sur mesure et des Pafi dans la francisation et l’intégration des nouveaux arrivants?

Depuis 1992, j’oeuvre dans ces milieux, il y a des phrases creuses, il y a des gens qui protègent leurs jobs, mais il n’y a pas de francisation ni intégration réelle parce que tout d’abord, si théoriquement les termes sont clairs mais pratiquement ce n’est pas vrai. Les dirigeants des COFIS n’ont jamais expliqué aux nouveaux arrivants qu’au Québec c’est en français que ça se passe. De plus, nombreux sont les profs qui ne croient pas en cette intégration à la vie québécoise.

Nombreux sont ceux qui dénigrent la culture et la façon de parler des Québécois. Alors, comment amener les nouveaux arrivants à aimer et apprécier la culture et la langue francaise québécoise?

Le manque de fierté et de leadership des dirigeants et la neutralité voulue de certains professeurs, et en même temps l’obscurité du discours, n’amènent pas les immigrants à s’intégrer à nous. Bref, les deux missions: intégrer et franciser ne sont pas expliquées avec conviction.

Si nous ne croyons pas, nous ne pourrons pas inculquer l’amour de la langue et de la culture française aux nouveaux arrivants.

Je dis donc que la langue française est menacée et c’est alarmant et il faut le dire haut aux Québécois et aux Québécoises. Le seul remède qui puisse sauver la langue est la souveraineté qui doit arriver vite.

En attendant quoi faire?

  • Dire clairement aux immigrants et aux réfugiés politiques au Québec que le Québec est français (à prendre ou à laisser). Le Québec et le Canada sont deux entités distinctes.
  • Enseigner au Cofi, n’est pas un job mais une mission: il s’agit de la survie d’un peuple.
  • Le fédéral doit cesser de financer les groupes ethniques vivant au Québec pour paraître comme le «bon papa».
  • Il faut cesser de taxer de radicaux ceux qui disent aux Québécois que la langue française est menacée.
  • Les tenants du fédéralisme au Québec doivent cesser de dire aux immigrants et aux réfugiés que les Québécois nationalistes sont racistes et xénophobes. Je demande aux députés libéraux d’origine étrangère de ne pas monter les groupes dont ils sont issus contre les Québécois de souche.
  • Je demande de revoir totalement la gestion de la francisation et de l’intégration des immigrants.
  • Ce n’est pas à la majorité de descendre dans la rue pour parler sa langue. Laissons à nos enfants un pays français et francophone. Je veux que les nouveaux arrivants respectent la société d’accueil.
  • Le Québec doit et devra bouger pour rester français. Pour y arriver, il faut et il faudra la souveraineté.

Je demande à ceux qui choisissent et qui choisiront de vivre au Québec, de comprendre et de respecter les valeurs québécoises: la langue française, la culture française, la solidarité, la fraternité, l’ouverture sur le monde, la laïcité.

Jean Alfred
Premier député noir du Québec
Québécois d’origine haïtienne

P.S.: Quand au référendum 97 % des allophones, ceux-là que nous avons censé franciser et intégrer à la culture québécoise, disent non, c’est ce que j’appelle un refus global et qu’on me pardonne de le dire c’est un vote ethnique anti-québécois.

 

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