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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
LES MAUVAISES TRADUCTIONS Imprimer

Où SE PLAINDRE ?

Vous avez acheté un produit dont les instructions ne sont pas traduites ou sont à peine compréhensibles ? N’hésitez pas à porter plainte auprès de l’Office de la langue française en composant le (514) 864-2648. Si le coeur vous en dit, faites-nous également parvenir une copie de ce texte. Il nous fera plaisir de le publier dans nos pages, ainsi que de mentionner sa provenance.

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«LES MAUVAISES TRADUCTIONS»
C’est pas parce qu’on rit que c’est drôle

Isabelle Rivest
Consommation
Magazine d'information et d'action
ACEF-CENTRE

Vous êtes-vous déjà retrouvé devant des instructions que vous aviez du mal à déchiffrer ? Avez-vous déjà dû consulter la version anglaise d’un mode d’emploi afin d’en comprendre la version française ? Avez-vous déjà acheté un bien dont le mode d’emploi en français était inexistant ?

Eh oui ! Encore aujourd’hui, il arrive que les intstructions accompagnant un bien vendu au Québec ne soient pas traduites en français. Quant aux mauvaises traductions, elles sont partout : sur les menus des restaurants, les étiquettes des produits pharmaceutiques, les modes d’emploi des outils électriques et les garanties des appareils électro-méagers.

Vous croyez que les mauvaises traductions ne sont l’apanage que des petites entreprises ? Détrompez-vous. Dans un de ses dépliants, la clinique médicale de l’Université McGill annonçait un «accès garantie» pour ses clients. Revenu Canada avisait une dame de Longueuil que son «"tat du maximum dductible" annex cet avis de cotistion».

Des exemples du genre, on pourrait en aligner à l’infini. On sourit, on rit parfois, mais ce n’est pas drôle. Et ça peut même être dangereux. Que se produirait-il, par exemple, si on avait oublié de mentionner, dans la version française, qu’un produit contenait un dérivé d’arachide (auquel plusieurs personnes sont allergiques) ? Et que dire de la posologie sur la boîte du laxatif Ex Lax, qui invite les francophones à prendre «une tablette par jour» plutôt que «a tablet (un carré) a day» !

Aberrant ! Surtout quand on sait que quelque 68% des francophones du Québec ne parlent pas d’autre langue que le français.

Traduction Taiwan Inc.

Lorsqu’on pose des questions sur les mauvaises traductions, on se fait d’abord dire que c’est souvent le cas des traductions faites à l’étranger, dans le pays de fabrication du produit. Les détaillants d’ici, en particulier les grandes surfaces, ont une multitude de fournisseurs un peu partout sur la planète. Ces fournisseurs, surtout quand ils commencent à distribuer leurs produits au Québec, ne voient pas toujours à quel point il est important que leurs instructions soient traduites en français. Et ils font souvent appel à leurs «traducteurs» maison. Dans bien des cas, ces personnes ne parlent pas un mot de français. Pour traduire, elles se servent mécaniquement du dictionnaire. Elles peuvent ainsi créer des perles comme le célèbre «fait en dinde» pour «made in Turkey» !

Dans certains cas, les fautes d’orthographe ou de syntaxe sont si nombreuses qu’elles peuvent venir à bout de la patience des moins puristes d’entre nous. Dans d’autres cas, on a beau lire et relire, il n’y a rien à comprendre. Les mots sont français, mais les phrases n’ont aucun sens. On peut imaginer la tête que ferait le nouveau propriétaire unilingue d’une roue «scie-bois-dur» fabriquée à Taiwan et vendue chez le Rénovateur Rona: «Ne trodre serrés écrous qu’entière roue-scie a été assemblé», expliquait-on dans le mode d’emploi.

«Les traductions faites à l’étranger posent un problème bien particulier», reconnait M. Gilles Racine, secrétaire de l’Office de la langue française. Au Québec, l’article 51 de la Charte de la langue française exige que «toute inscription sur un produit, sur son contenant ou sur son emballage», ainsi que tout «document ou objet accompagnant ce produit, y compris le mode d’emploi et les certificats de garantie» soit rédigé en français. Or, les lois québécoises ne permettent pas de poursuivre un contrevenant à l’extérieur du Québec. «Comme ce sont les fabricants qui sont responsables des inscriptions sur leurs produits, dit M. Racine, lorsque ces fabricants sont étrangers, nous ne pouvons rien faire.» Et on ne peut poursuivre que les fabricants...

Pitié pour le traducteur

Les entreprises étrangères ne sont pas les seules à ignorer la nécessité de retenir les services d’un traducteur. Encore aujourd’hui, il arrive que des entreprises québécoises fassent faire leurs traductions par n’importe qui parlant bien les deux langues, la secrétaire du patron ou son collègue. Ces gens sont souvent bien intentionnés, mais leurs efforts peuvent donner des résultats déconcertants.

Il arrive aussi que des entreprises fassent appel à des traducteurs chevronnés, mais sans leur donner les moyens de bien faire leur travail. Hélène Dandurand, traductrice agréée et responsable des relations publiques de l’Ordre des traducteurs et des interprètes agréés du Québec (OTIAQ), en sait quelque chose. Au magasin, alors qu’elle cherchait un cadeau pour sa fille, elle est tombée sur un jouet où il était écrit: A = pomme; M = singe, etc. «Je me suis aperçue que cette horreur, c’était moi qui, à mon insu, l’avais créée ! Puisque c’est moi qui avait exécuté "contrat de traduction" !»

Il faut dire que son client lui avait fourni une liste de mots à traduire, sans lui expliquer le contexte dans lequel ils allaient être utilisés. C’est un problème auguel les traducteurs se heurtent souvent. Parfois, ce sont les explications qu’on omet de fournir, parfois c’est l’image qui accompagne le texte.

à l’OTIAQ, on déplore les conditions dans lesquelles les membres de la profession sont contraints de travailler. «Les traducteurs sont souvent mis dans des situations impossibles, déplore Betty Cohen, traductrice agréée et vice-présidente de l’Ordre. On les utilise comme des pompiers, alors qu’il faudrait plutôt les intégrer plus rapidement au processus de production. Mais la traduction est le parent pauvre des communications. Quand il ne s’agit que d’une ou deux phrases, c’est souvent à l’imprimeur qu’on commande d’en donner la version française !»

Ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas

Presque le quart des plaintes reçues à l’Office de la langue française (OLF) concernent des textes mal traduits. Ce qui représente quelque 2000 récriminations par année. C’est Yves Béliveau, directeur de la Direction du traitement des plaintes de l’OLF, qui est chargé d’évaluer si le texte faisant l’objet d’une récrimination respecte ou non les dispositions de la Charte. La Charte ne précise pas le niveau de qualité de langue nécessaire, mais à l’OLF, on s’est fixé des balises. «Nous ne regardons pas le français pour le français, dit M. Racine. Nous regardons le français afin de vérifier si le texte est suffisamment clair pour que ni la santé ni la sécurité du public ne soient compromises.»

Pour trancher, M. Béliveau fait d’abord une lecture à voix haute du texte qui lui est soumis. Par exemple, s’il est écrit, sur les instructions accompagnant une ampoule électrique: «Ne reste pas dans lumière si ton peau sentir chaude», à son avis, ça peut aller. «Ce n’est ni correct ni élégant, mais on comprend le sens», explique-t-il. Dans un tel cas, il n’y a pas d’infraction. L’Office peut alors faire des suggestions à l’entreprise, afin de l’aider à corriger la situation. Un service que la plupart des entrepreneurs accueillent très favorablement, puisqu’il leur permet de soigner leur image publique.

Mais les choses peuvent être toute différentes. «Quant on doit se référer à la version originale pour comprendre le sens, c’est que ce n’est plus du français, poursuit Yves Béliveau. Dans ces cas-là, il y a infraction à la loi.» Les entreprises établies chez nous recevront alors un avertissement. Si la situation ne se corrige pas, elles recevront ensuite une mise en demeure. Souvent, il n’est pas nécessaire d’aller plus loin. «Plusieurs entreprises contreviennent par simple ignorance de la loi», constate Yves Béliveau.

Il arrive cependant que certains entrepreneurs, pour des raisons idéologiques ou autres, refusent de se soumettre au règlement. «J’ai beau leur dire que c’est un de leur client qui s’est plaint, il n’y a rien à faire», déplore M. Béliveau. à ce moment-là, la seule solution est d’avoir recours aux tribunaux. Actuellement, le fautif peut être condamné à une amende de 50 $ à 700 $ pour une première offense et de 75 $ à 1400 $ pour une récidive. «Certains préfèrent accumuler les amendes plutôt que de se conformer à la loi, déplore M. Béliveau. Nous, on ne peut pas faire comme le fait la CSST et décider de fermer une usine ! Quand il n’y a rien à faire avec un entrepreneur, je rapelle le plaignant pour lui avouer mon impuissance.»

Quelques solutions possibles

Le gouvernement devrait-il donner plus de mordant à sa législation en précisant mieux ce qui est correct et ce qui ne l’est pas ? «Surtout pas !, répondent en choeur les membres de l’OTIAQ. Ce serait ouvrir une boîte de Pandore. Est-ce qu’on demandera à des avocats de déterminer quel est un niveau de français acceptable ? Et à quoi serviraient des lois plus strictes si les fabricants d’Asie ne les connaissent pas ?» Selon M. Racine, la solution serait plutôt de se donner le pouvoir de poursuivre aussi les détaillants et les distributeurs, pas seulement les fabricants. «Après tout, eux aussi ont une responsabilité dans tout cela», dit-il.

Le désir de M. Racine est sur le point de devenir réalité. Au moment d’écrire ces lignes, les projet de loi 40 était en voie d’adoption. S’il est adopté, ce projet de loi permettra de poursuivre quiconque contrevient à l’article 51 «en distribuant, en vendant au détail, en louant, en offrant en vente ou en location ou en offrant autrement sur le marché». «Lorsque le projet de loi 40 sera adopté, nous aurons un réel pouvoir, dit M. Racine. Et le message que nous lancerons aux fabricants étrangers sera clair : s’ils veulent faire des affaires au Québec, ils doivent les faire en français correct.»

Il va sans dire, l’adoption du projet de loi 40 et l’augmentation des amendes sont deux mesures qui inciteront les distributeurs et les détaillants à faire pression sur les fabricants afin d’obtenir des traductions correctes. Les fabricants qui refuseront pourraient éventuellement ne plus trouver preneur sur le marché québécois. «La Baie et Zeller’s ont déjà commencé à agir de la sorte, dit M. Racine. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous leur avons récemment décerné un certificat de francisation.»

En attendant l’adoption du projet de loi 40, que peut-on faire ? Dans les cas où la santé ou la sécurité des consommateurs risque d’être compromise par une traduction mal faite, les consommateurs peuvent avoir recours aux tribunaux. «Le Code civil du Québec interdit les clauses incompréhensibles, dit Me éric Fraser, responsable du service d’aide aux consommateurs à l’ACEF-Centre. Pour quelqu’un qui ne dit pas un mot d’anglais, un texte non traduit est tout à fait incompréhensible. Et il en va de même de certaines traductions particulièrement boiteuses...»

Il y a aussi une autre solution: celle de se plaindre. «Les consommateurs ne s’en rendent pas toujours compte, mais ils ont un énorme pouvoir, dit Yves Béliveau. Les entreprises sont rarement indifférentes à leurs plaintes.» L’opinion de M. Béliveau est partagée par les membres de l’OTIAQ. à leur avis, la façon la plus efficace de réagir serait d’organiser une «action directe» auprès des détaillants. «Si les gens se plaignaient systématiquement des mauvaises traductions comme ils le font pour un produit de qualité douteuse, dit Betty Cohen, les choses pourraient changer.»

Des exemples de mauvaise traduction fournis par Consommation

Sur l’étiquette de la boîte de haricots germés de marque Montréal Chop Suey apparaît une recette de chop-suey à la viande. Dans les ingrédients de la version anglaise de cette recette, on demande notamment «1/4 cup pure lard». Sur la version française, cet ingrédient est devenu «1/4 lb. de graisse». Plus du double, et ce n’est même pas le même produit. ça ne donne sûrement pas le même résultat...

Voici ce qu’on peut lire sur le côté de la boîte de bouillon végétal de marque Nutri-Chef : «Vite fait pour une assiette : 1/2 cube pour une tasse (250 ml) d’une bouillon délicieuse à calories basses.»

Et sur la boîte d’édulcorant hypocalorique Les petites gâteries, de Weight Watchers: «Chaque Sachet Renfirme moins de 3 calories et ai pouroir sucrant de 2 cuillerées à thé de sucre.» à noter: c’est Heinz, une entreprise ayant sûrement les moyens de s’offrir les services d’un traducteur, qui fabrique ce produit...

Trouvé sur des bouteilles de vernis à ongles:

Essence of Nails
L’essence de Cloux

Organic nail grow
Le clou organique croît

Fiber enriched fortifier
La fibre enrichissait fortifiant pour clou

Calcium enriched top coat
Le calcium enrichissait manteau en dessus

Ceramic nail smoother
Les céramiques pour des clous lisses

Extra strenght base coat
La force extra manteau pour base

Aperçu sur une étiquette apposée sur un vêtement:

Félicitations ! Le Vêtement qui vous avez seulement a acheté est fait de 100 % SOIE PURE, pour siècles, les la plupart luxueux et fiable de tout (fibres) naturel. La qualité de ce vêtement de l’amende est apparent de sa exécution supérieure, au (slubs) naturel cela donne sa apparence du (textured) unique à cette structure. (ils ne sont pas dégâts.)

Aimez! Nothing Jamais Sérieux.

Vu sur l’emballage d’un jeu d’enfant:

Merci à acheté cette service à thé de porcelean par signet pour vos enfant. Chaque service a été projeté pour assurer des heurs d’amusement pour vas enfant. Cette service a été projeté pur utilizer seulement sur des étuve à joue et ne les jamais pas exposé au chaleur. Tout les jouets qui peut être aller en contact avec la nourriture aurais lâver dans l’eau chaud et avec le savon doux avant de l’utilization par les enfants. Cette service est pour les enfants qui avaits 8 ans et plus. Encore merci et nous espeions que vos enfant aime nos produit.

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