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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
LE SCANDALE DE PONTIAC Imprimer

LE SCANDALE DE PONTIAC

Le 3 avril 1997, le Comité d'action francophone Pontiac faisait parvenir au Premier Ministre du Québec une lettre dans laquelle est décrite la situation des francophones du Pontiac, situation scandaleuse dénoncée depuis plus de 42 ans mais que personne ne prend au sérieux.

Voici le contenu de cette lettre:

Comme organisme récemment constitué, pour la défense de la langue et de la culture françaises au Pontiac, nous avons commencé le montage d'une banque de données de toutes natures, pour illustrer, expliquer et tenter d'améliorer le sort des francophones d'ici.

Une heureuse coïncidence nous a fait frapper à la porte de l'Action nationale d'où nous avons obtenu des documents qui expliquent l'essentiel de ce qui se passe ici depuis plus d'un siècle. Ils nous apprennent également que ce scandale a été porté à l'attention publique dès 1954. Qu'ont fait les gouvernements successifs depuis ce temps, pour redresser la situation du Pontiac et que s'y passe-t-il aujourd'hui?

  • La loi 101 ne s'est pas rendue jusqu'ici et n'offre pas aux francophones la protection qu'elle offre aux francophones de l'ensemble du Québec.
  • En 1978, le gouvernement de René Lévesque nous a accordé une radio communautaire qui a tôt fait de devenir bilingue sous la pression anglophone.
  • Nous sommes toujours sous la juridiction du diocèse de Pembroke dont les prêtres n'ont rien trouvé de mieux que de faire prier leurs ouailles afin qu'il n'y ait pas de violence dans la crainte d'un résultat positif au référendum d'octobre 1995.
  • La loi québécoise sur les fabriques paroissiales est totalement ignorée et notre patrimoine religieux est à l'entière disposition de Monseigneur O'Brien de Pembroke.
  • L'hopital local n'est pas toujours en mesure de dispenser des soins aux francophones dans leur langue; il arrive encore qu'ils doivent s'exprimer en anglais.
  • Il se passe dans nos écoles primaires des irrégularités que personne n'ose dénoncer; des maternelles bilingues et une propagande fédéraliste débridée.
  • Le bilinguisme (pour les francophones, bien sûr) est la vertu suprême de la très grande majorité d'entre nous qui craint l'ire anglophone. Les francophones sont constamment appelés à plier, au nom de l'harmonie sociale.
  • La MRC et la voie navigable récemment ouverte comptent toujours des employés unilingues anglais dont l'arrogance envers les francophones manifeste leur hostilité.
  • L'incidence de votes illégaux est très élevée, la loi électorale est ignorée ou bafouée; encore au dernier référendum, notre député Libéral s'est présenté dans plusieurs sections de vote accompagné de son organisateur politique qui est en même temps maire de l'Île-aux-Allumettes.
  • Certains de nos villages abritent encore des loges orangistes actives qui disent n'être que des relents historiques inoffensifs «One God, One Monarch, One Language» tout de même.
  • Il n'y a toujours pas de route carrossable directe reliant Rapides-des-Joachims au reste du Pontiac et du Québec. On doit emprunter la route 17 ontarienne et y accéder via Rolphton Ontario; leur indicatif régional et leur code postal officiel sont aussi ceux de Rolphton. Il y a 3 ans, les citoyens de Rapides-des-Joachims ont réussi à obtenir un code postal québécois mais ce dernier est contesté par le Bureau de poste de Rolphton qui ralentit la livraison du courrier aux têtes fortes qui insistent pour affirmer qu'ils résident au Québec.
  • Le chômage est endémique et le taux de suicide chez nos jeunes est alarmant.
  • Notre unique polyvalente française n'est plus qu'une école secondaire faute d'étudiants.
  • Des familles entières, des villages entiers (Chapeau, Sheenboro, Île-aux-Allumettes, Chichester, etc.) ont cessé de parler français au foyer.
  • Plusieurs municipalités émettent des permis de toutes sortes en anglais seulement, affichent une appellation anglaise sur leurs documents officiels (Allumette Island East) et se permettent de contribuer à même les taxes municipales à divers mouvements partitionnistes locaux et au Parti Libéral du Canada.
  • Plusieurs francophones se sont non seulement assimilés aux anglophones, ils sont devenus carrément francophobes; ce phénomène pathologique témoigne de la pression insuportable exercée sur les uns par les autres.
  • L'analphabétisme affecte une grande partie de la population ce qui la rend vulnérable à la désinformation systématique, aux peurs et aux menaces.
  • Les partitionnistes sont venus chez-nous comme s'ils étaient chez-eux pour implanter leurs idées. Ce qui n'a rien de surprenant étant donné ce qui précède.

Il existe encore des francophones au Pontiac. Nous sommes de moins en moins nombreux comme le signale le texte du professeur Charles Castonguay daté le 17 avril 1996.

Nous sommes parmi ceux qui restent et nous venons aujourd'hui dénoncer l'insouciance coupable des gouvernements du Québec qui ont successivement négligé la population francophone du Pontiac.

Nous exigeons par la présente, réparation pour les torts que nous avons subis à cause de cette insouciance:

  • Nous demandons un examen critique de la situation actuelle des paroisses, des municipalités, du régime scolaire primaire et secondaire, du fonctionnement de la MRC où les citoyens francophones doivent s'adresser et présenter des documents en deux langues et nous revendiquons les mesures correctives requises.
  • Nous demandons l'intervention gouvernementale pour assurer qu'une information claire, objective et factuelle soit véhiculée auprès de la population trop souvent bernée par une désinformation malhonnête.
  • Nous demandons une présence gouvernementale ferme et active dans notre milieu pour soutenir la population francophone.
  • Nous demandons sérieusement l'intervention de spécialistes pour expliquer aux francophones qu'ils ont le droit de revendiquer la liberté de s'exprimer dans leur langue maternelle.

Certains vous diront qu'il n'appartient pas au gouvernement de former la conscience linguistique et nationale d'un peuple. Ce n'est pas notre avis. Certains iront même à réduire le peuple à une collectivité de consommateurs qui ne demandent que des "jobs". Nous pouvons vous assurer que la faim qui existe ici en est une d'idées et de convictions.

Nous estimons normal qu'une personne choisisse de s'assimiler à la culture d'un autre et en adopte la langue; c'est d'ailleurs ce que nous demandons à ceux et celles qui quittent leur pays pour venir au Québec. Nous estimons par contre tout à fait anormal qu'un ensemble de personnes s'assimilent à la culture de la minorité en son propre pays et en adopte la langue. Voilà la situation du Pontiac et nous ne risquons pas de nous tromper en affirmant que ces gens n'ont pas eu la liberté de choisir.

Sans partisanerie aucune, nous misons sur la présence d'un gouvernement du Parti Québécois comme étant seul capable de redresser les torts qu'ont subi les gens d'ici. Nous espérons ne pas être déçus de la confiance que nous vous manifestons.

En terminant, il est bon que vous sachiez que l'Action nationale publiera cette lettre dans son édition du mois de mai; nous songeons également à la soumettre pour publication à différents journaux tels Le Devoir, Le Droit et le Journal du Pontiac.

à ce jour, le Comité d'action francophone Pontiac a reçu un accusé de réception du bureau du Premier Ministre annonçant que le dossier avait été transmis au bureau de la Ministre de la culture et des communications; une copie de la lettre, des documents de l'Action nationale et des statistiques du professeur Castonguay ont été transmis au Devoir de Montréal et au Droit d'Ottawa; le résumé des documents de l'Action nationale intitulé «Le scandale de Pontiac» (Vol. XLV, No 1, septembre 1955) a été publié dans le Journal de Pontiac.

Il est minuit moins une pour les francophones d'ici! Notre avenir est incertain. Ceux et celles d'entre nous qui avons par miracle échappé à l'assimilation ne peuvent pas ne pas lancer ce cri d'alarme.

Le Comité d'action francophone Pontiac sera heureux de recevoir vos questions et commentaires: Sébastien Beaudoin C.P. 214, Campbell's Bay QUéBEC, J0X 1K0 et Lise Séguin R.R. # 1, Fort-Coulonge QUéBEC, J0X 1V0. Pour obtenir copie de notre programme ou tout autre document, prière de joindre quelques dollars à votre correspondance puisque nous sommes «cassés comme un clou».

 

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