facebookFlux RSS 2.0

Bienvenue dans notre site Web qui encourage la liberté d'opinion et la liberté d'expression en faveur de la diversité culturelle mondiale par la promotion de la langue française. Nous vous invitons à nous faire parvenir vos textes, à diffuser très largement ceux que nous publions et à intervenir en appui à ceux-ci. La démocratie repose sur l'expression des opinions. À vous de l'exercer!

Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
LE QUÉBEC INVITÉ D'HONNEUR DU SALON DU LIVRE DE PARIS, L'EXCLUSION Imprimer

Le Québec invité d'honneur du Salon du livre de Paris, l'exclusion

En d'autres éditions, le Salon du livre de Paris n'invite pas le Nebraska ou le Vermont, il invite les états-Unis ; il n'invite pas le Mato Grosso ou le Bahia, il invite le Brésil. Pourquoi, alors, l'invité d'honneur de l'édition 1999 se trouve-t-il être le Québec plutôt que le Canada ?

S'agit-il d'affirmer implicitement que la France veut toujours s'imposer en directeur de conscience dans ses relations avec les autres Etats francophones et renforcer davantage un strict impérialisme dans le commerce des idées ? Ou bien regrette-t-elle trop fort une colonie cédée en contrepartie d'une garantie de tranquillité dans les Antilles sucrières ? S'agit-il, en termes diplomatiques, de dire aux autres Canadiens : Vous ne comptez pour rien, Atwood, Davies ou Munro dans la littérature anglaise — sinon américaine, et le Québec dans la littérature — française — d'Amérique ? S'agit-il, à des fins purement «cocorico», de masquer la réalité quotidienne d'une nation étrangère sous une image subjective empreinte d'un folklore exotique propre à un tourisme imbécile ?

Québec, un accent d'Amérique, est le titre des thèmes qui seront abordés à la Sorbonne à l'occasion du Salon de Paris. Il tend à nous indiquer qu'il s'agit d'un peu tout cela. Québec, un accent d'Amérique, sous-entendu : qui en fait géographiquement partie, mais qui nous appartient de coeur ; sous-entendu : qui n'appartient pas aux «Anglais» ; sous-entendu : en Amérique, oui, mais la nôtre ; sous-entendu : notre colonie d'Amérique.

Un certain milieu français — ou tout au moins le Salon du livre de Paris — semble vouloir en rester là.

Non, gens de la Sorbonne et du Salon du livre de Paris, le Québec n'est pas un morceau de France à l'accent amusant égaré en Amérique ! Mais cela je laisse aux Québécois le loisir de vous le faire savoir, ce que je tiens à vous dire, ici, c'est que nous, des autres provinces canadiennes, nous existons ! Vous semblez vouloir faire fi d'une réalité quotidienne qui, à Windsor, Moncton, Saint-Boniface, Chéticamp ou Val-Marie est sensiblement la même qu'à Chicoutimi, Trois-Rivières ou Sherbrooke. Faire fi d'un million de francophones auxquels, à présent, je crois qu'il faut poser la question dramatique :

Pour nos enfants, faut-il continuer à vivre en français ? Est-il raisonnable de continuer à utiliser dans notre vie de tous les jours la langue du Salon du livre de Paris ?

Si nous n'y avons aucune place en tant qu'écrivains ontariens, albertains, fransaskois, yukonais ou néo-brunswickois, bref, en tant qu'écrivains canadiens non québécois, ne vaudrait-il pas mieux nous tourner vers Toronto, Calgary ou Vancouver si nous voulons qu'un jour nos enfants soient entendus pour ce qu'ils sont ? La langue est un outil de communication, à quoi servira aux prochaines générations cette langue, si belle soit-elle, qui aujourd'hui, par la volonté ou l'ignorance de ceux qui la pratiquent ailleurs, commence à dresser les barrières de nos ghettos. Nos enfants qui demain voudront s'exprimer ne pourront le faire que dans la langue qui a accompagné leur enfance. Mais à quoi cela servira-t-il si on leur refuse la parole sous prétexte qu'ils n'existent pas ? Leur propre langue leur interdira de s'exprimer.

Tôt ou tard, il faudra choisir.

Ici, je propose une minute de réflexion à la mémoire de Jack Kerouac — à qui même l'Universalis a retiré l'accent. Eut-il été entendu de Paris en français ? Eut-il été entendu ?

Nous ne sommes pas les Hébreux de la Diaspora qui pouvaient se tourner vers Jérusalem pour espérer, cela pour la bonne raison que nous ne sommes pas en exil ; nous sommes chez nous ! Paris n'est pas notre capitale, mais il se trouve qu'elle est la métropole de notre langue. En tant que telle, elle a des responsabilités qui ne doivent pas nécessairement s'ajuster sur celles de Paris, siège du gouvernement français ; et c'est pourquoi nous refusons que le Salon du livre de Paris nous dise que Montréal, Gaspé ou Val-d'Or ne font pas partie de notre maison — ou que nous n'en faisons pas partie. Pas tant, du moins, que les gens du Québec ne l'auront pas choisi eux-mêmes. En rappelant qu'ils ont encore refusé dernièrement de devenir les «Français du Québec» tels qu'envisagés par De Gaulle.

D'où nous vient notre américanité ? est un autre titre proposé pour cette conférence à la Sorbonne. Pour répondre à la question elle-même — stupide s'il en est ! — je dirais tout aussi bêtement : de ce que nous habitons sur le continent américain. Demande-t-on aux Français invités à Montréal ou ailleurs d'où leur vient leur européanité ! Débattre de ce que sous-entend cette question implique une remise en cause péjorative de l'environnement qui nous a constitués et cela nous subordonne en tant que curiosités folkloriques. Venez voir le cochon à deux têtes ! Venez voir des Français égarés en terre américaine ! Toujours, parce que nous utilisons la même langue, le réflexe de nous coller l'étiquette «Français» là même où nous voudrions montrer notre identité. Si des remises en cause peuvent et même doivent se faire, c'est uniquement au niveau personnel. Ne laissons pas les autres prétendre ce que nous ne sommes pas. Surtout, ne les laissons pas prétendre que nous ne sommes pas.

J'ose espérer que le Conseil des arts du Canada ne subventionnera rien de tout ceci. Aux auteurs du Québec qui vont se rendre au Salon (je ne leur demande pas, bien sûr, de boycotter l'invitation, après tout, ce serait difficile de se refuser trois ou quatre jours à Paris) je suggère simplement de ne pas jouer le jeu proposé. Pour le bien de tous, qu'ils dénoncent clairement cette initiative aberrante qui, durant trois mois, fera que leurs livres seront «clairement identifiés» chez trois cents libraires «sélectionnés». Et après ? Après, j'entends déjà les commentaires : Vous avez eu votre tour, les petits cousins, la fête est terminée, rentrez chez vous et, soyez sérieux, achetez les livres de l'Hexagone. Achetez nos traductions et, l'Amérique où vous vivez, voyez-la à travers nos yeux.

Non ! Ce qu'ils doivent exiger, c'est la reconnaissance pleine et entière de notre identité propre en tant que nation s'exprimant dans une langue commune. C'est l'assurance que cette langue, justement, ne nous vaudra pas le paternalisme sinon l'ignorance. Et cela pourrait se manifester, par exemple, par la possibilité pour les éditeurs canadiens d'être distribués sans plus de conditions que n'en rencontrent ici ceux des Tom Clancy ou des Danielle Steele traduits à Paris (tiens ! d'où leur vient cette «américanité» à ces deux-là ?). Cela pourrait se manifester encore par le dévoilement de certaines maisons d'éditions dites québécoises à des fins de subventions fédérales et de commercialisation, mais qui en réalité sont dirigées depuis Paris. Souverainistes ou non, ils devront dénoncer la gifle donnée à leurs compatriotes des autres provinces. La dénoncer et en exiger les raisons véritables.

Lorsque nous aurons ces raisons, nous saurons peut-être mieux choisir.

Philippe Porée-Kurrer
17, Avenue Garry
Blenheim (Ontario)
N0P 1A0 Canada
519 676 9112
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.


 

Nous avons besoin de vous !

Faites un don ou devenez membre d'Impératif français


Pour faire un don rapidement

Montant: 

Calendrier

Février 2012
D L Ma Me J V S
29 30 31 1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 1 2 3

Événements à venir

25.02.2012 à 18h00 -
SOIRÉE HOMMAGE À JACQUES LACOURSIÈRE
25.02.2012 à 20h00 -
CONCERT BRASSENS
Articles Articles - 2000 et moins LE QUÉBEC INVITÉ D'HONNEUR DU SALON DU LIVRE DE PARIS, L'EXCLUSION