| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | LE MYTHE DU MULTICULTURALISME |
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LE MYTHE DU MULTICULTURALISME
Jean-Luc Gignac Même sil se targue de promouvoir un modèle de citoyenneté multiculturelle, le Canada, dans les faits, fonctionne toujours selon la logique dun état unitaire. La reconnaissance de la diversité culturelle nest que symbolique dans cette contrée et, en dernière analyse, ne représente quune stratégie douce dassimilation à la société dominante. Le multiculturalisme canadien en est un de façade qui ne sert quà flatter le narcissisme du Canada et à nourrir son patriotisme en procurant à ce pays lillusion dêtre la société ouverte et tolérante par excellence. Par ailleurs, en se concoctant une telle image de pureté, il parvient à faire passer pour démoniaques tous ceux qui viennent le remettre en question. Laffaire Osvaldo Nunez1, vient confirmer que le multiculturalisme réduit lexpression des différences culturelles au folklore. On tolère ce Néo-Canadien arrivé ici il y a plus de 20 ans seulement quand il chante des chants du Chili. Mais lorsque celui-ci exprime un point de vue qui marque une différence profonde, il est illico sommé dentrer dans le rang et de suivre la cadence. Sinon: Go home! Bien plus, cest le ressentiment à légard de lidentité québécoise non assimilable et qui, au surplus, réclame le droit à la différence qui sest manifesté à lendroit de M. Numez. Celui-ci est jugé comme un traître à la nation précisément parce quil défend un principe différentialiste non assimilationniste en Amérique du Nord. Pour certains Canadiens, il rappelle une fois de plus que ce vieux rêve du nation-building est chose du passé. Pourtant, en principe, lidéologie du multiculturalisme a la prétention de proposer une alternative au modèle dintégration jacobin «à la française» et au Melting Pot «à laméricaine». Le modèle mosaïque «à la canadienne» nexigerait pas lassimilation des nouveaux venus et reconnaîtrait les spécificités culturelles, dit-on. En dépit du discours officiel, le Canada est aussi assimilationniste que la France ou les é.-U., quoiquil le soit de façon plus subtile. Dans les faits, les pressions sociales et économiques vécues au quotidien forcent lassimilation aux valeurs et à la culture de la majorité anglophone2 dominante. Cette observation savère fort instructive car elle démontre que même au Canada, qui se veut la terre par excellence du pluralisme identitaire, la pratique du multiculturalisme révèle que la reconnaissance du pluralisme nécessite dabord un cadre dintégration socio-lingistique et normatif commun. Par ailleurs, la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 qui a codifié juridiquement le multiculturalisme - notamment larticle 27 - est venue du même coup normaliser ce dernier par le contrôle libéral des droits. Cette politique est donc désormais clairement soumise à une charte qui propose une conception politique unitaire de la citoyenneté canadienne axée premièrement sur la promotion des droits et libertés individuelles. Ce faisant, les spécificités culturelles sont cataloguées comme relevant de la vie privée et des droits individuels. Ironiquement, la Constitution de 1982 qui veut fonder une nouvelle citoyenneté au Canada, unifiée par le patriotisme de la Charte, sinscrit davantage dans une logique de citoyenneté relevant du modèle unité plutôt que du modèle diversité. Malgré un modèle de citoyenneté multiculturelle qui le distingue du modèle jacobin et du Melting Pot, le Canada ne semble pas, dans les faits, sécarter de façon significative de ces pays dans sa pratique dintégration. En revanche, la reconnaissance de la «double appartenance» demeure une politique dintégration plus souple, car elle nexige pas un déracinement total des nouveaux arrivants. Lappartenance affective et symbolique à une communauté permet au processus dassimilation de sétaler sur plusieurs générations au lieu dêtre immédiat. Le Canada croit ainsi favoriser une intégration en douceur - sans rupture brutale avec la culture dorigine. Ce qui fait la spécificité du modèle canadien, cest quil étale le processus dassimilation sur la deuxième voire la troisième génération3. Mais il ne sagit là que dune question de temps car, au bout du compte, cest lassimilation à la culture canadienne dominante qui est rendue effective. Voilà bien la source du ressentiment que provoque le député Nunez. Celui-ci, en affirmant son appartenance à laltérité de lidentité québécoise, non assimilable au fil des générations, vient rompre avec le modèle canadien dintégration/assimilation. En guise de conclusion, nous pourrions ajouter que le refus de la reconnaissance du Québec en tant que «société distincte» - comme le proposait lAccord de Meech - montre que le Canada fonctionne toujours, malgré les apparences et les discours incantatoires, sur le modèle dune nation homogène qui va même jusquà nier sa dimension plurinationale. Même sil saffiche comme «multi-culturel», ce pays demeure très unitaire. M. Young aura-t-il laudace de nous contredire ?
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