| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | LE « FRANGLAIS » : UN PATOIS, UN DIALECTE... |
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LE « FRANGLAIS » : UN PATOIS, UN DIALECTE...Je félicite la journaliste France Pilon pour son excellent reportage sur la conférence de la professeure Shena Poplack au sujet de linfluence de langlais sur le français parlé en Outaouais québécois et ontarien (Le Droit, le 20 janvier 1999). Elle a également bien rapporté un de mes arguments. Toutefois, jai pensé que certaines personnes pourraient être froissés par mes propos en lisant le reportage, dautant plus que je ne suis pas originaire de la région comme mon cousin agent d'immeuble qui porte le même nom que moi. Cest pourquoi je vous écris pour faire une mise au point. En effet, jai bel et bien dit que lhabitude dalterner entre le français et langlais dans une même phrase ou dans deux phrases consécutives, qui est courante dans la région, trahit une difficulté dexprimer complètement sa pensée dans lune ou lautre des deux langues. Cela sappelle le bilinguisme « substractif ». Cest à dire quà mesure quune personne francophone apprend un mot juste en langue anglaise, elle tend à le substituer au mot juste quelle connaît dans sa langue maternelle et elle finit par loublier. Alors, elle passe de plus en plus souvent du français à langlais, elle emploie des mots anglais dans ses phrases françaises, et en modifie peu à peu la syntaxe. Nen déplaise Madame Poplack, il nen résulte pas un enrichissement de la langue française, puisquon cesse dutiliser des mots français existants. Le parler qui en découle nest plus du français, car les autres francophones du monde sont incapables de le comprendre. Dans mon esprit, ce phénomène est attribuable à la situation de frontière linguistique dans laquelle se trouve la région, et à la dominance de langlais dans le secteur privé nord-américain et dans la fonction publique canadienne. Dans un tel contexte, la volonté des locuteurs du français ne résiste pas bien longtemps. Bref, ce nest pas la faiblesse morale des francophones qui est en cause. Ainsi, je nai jamais porté de jugement sur les gens de la région, mais plutôt sur la pénible situation minoritaire de la langue française en Amérique du Nord, au Canada et dans la région. Madame Poplack prétend que linterpénétration des langues est un phénomène universel et que, dans le cas qui nous intéresse, il nest pas lié au « contact » avec langlais. Si cela était vrai, pourquoi le phénomène est-il plus marqué à Ottawa quà Hull et dans lOutaouais quailleurs au Québec ? Et que dire du peu dinfluence du français sur la façon de parler langlais dans la région ? On peut faire dire ce que lon veut aux chiffres, surtout lorsquon sélectionne son échantillon de manière à éliminer les personnes qui éprouvent des difficultés linguistiques. La sociolinguiste de lUniversité dOttawa a ajouté quil y a pas de lien de cause à effet entre la pénétration de langlais dans la langue française et labandon du français comme langue dusage lassimilation, si vous préférez. Daprès elle, les francophones qui passent à langlais fondent leur décision sur la pertinence du français au travail, dans les loisirs, etc. Là-dessus, je me range en partie avec elle. Mais comment une langue pervertie et appauvrie, minoritaire de surcroît, pourrait-elle demeurer « pertinente » alors quelle a cessé dêtre un outil précis permettant dexprimer clairement sa pensée ? Même Madame Poplack admet quune langue est un « code ». Si cest le cas, le « franglais » est un mélange de codes. Ce nest plus du français et ce nest pas encore de langlais. Ce nest donc pas une langue. Quand on parle le « franglais », on nest ni anglophone, ni francophone, on est « biphone » comme la dit le professeur Castonguay. Nallez pas penser que je sois un croisé de la langue française. Mais puisque la langue est devenu le marqueur essentiel de notre identité, je trouve important que nous puissions nous exprimer en français, et non pas dans un dialecte ou un patois qui ne sois compréhensible que par un petit groupe de gens anglicisés. Notre manière de parler en dit beaucoup plus sur nous que notre manière de nous habiller ou la marque de notre voiture. Notre langue est le reflet de ce que nous sommes. Michel Sarra-Bournet Hull, le 20 janvier 1999 |
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