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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
LA VENTE DE PROVIGO Imprimer

LA VENTE DE PROVIGO

Rosaire Morin
Directeur de L'Action nationale

Esaü vendit son droit d'aînesse.

"Et ainsi ayant pris du pain et ce
plat de lentilles, il mangea et but,
et s'en alla, se mettant peu en peine
de ce qu'il avait vendu son droit d'aînesse."
Genèse, XXV, 33-34.

Loblaw a acheté à prix d'argent Provigo, l'une des plus grandes entreprises québécoises. "Ce qui fut le plus difficile à négocier, c'est le prix" déclarait le président de la Caisse de dépôt et placement, monsieur Jean-Claude Scraire. La CDPQ a senti l'argent grossir dans ses coffres. Elle a obtenu 566 millions $ pour son bloc d'actions. Elle encaisse un profit pour l'exercice en cours de 328 millions $. Pour de l'argent, elle a vendu à Toronto l'un des fleurons du Québec moderne.

Les actionnaires de Provigo et les membres de la direction, avec leurs options d'achat, réalisent des millions $ de profit. L'argent est un si bon esclave et un si bon maître. Le président du conseil de Provigo, Pierre Michaud, et le président et chef de la direction, Pierre Mignault, demeurent en poste. Loblaw les a même invités à se joindre à son conseil. Les personnes qui n'ont pas "réussi à assurer aux actionnaires une appréciation normale et constante de leurs investissements dans le cadre de l'expansion et de la croissance d'une grande entreprise performante" sont désignées pour réaliser l'expansion du géant ontarien. Ils devront accomplir sous la nouvelle bannière ce qu'ils ne pouvaient faire lorsqu'ils possédaient la pleine autorité.

Il est vrai que Loblaw s'engage à "maintenir ses achats de biens et services auprès des fournisseurs québécois au même niveau que 1998 pour une période minimale de sept ans". Mais doit-on comprendre que la croissance de la consommation au Québec n'augmentera pas au cours des sept prochaines années? Le Québec connaîtrait sept années de vaches maigres? Et qu'est-ce qui empêchera Loblaw, propriétaire à 90% de Provigo, de concentrer ses achats au Québec auprès d'une autre société filiale, par mesure de rationalisation, et d'oublier ainsi l'ensemble des agriculteurs actuellement fournisseurs de Provigo? Et que surviendra-t-il après le septennat? Aucune garantie n'est offerte. L'espérance est une vertu.

Désormais, deux géants se disputeront le marché québécois. Loblaw-Provigo et Sobey-Oshawa. Les consommateurs paieront le prix. Les agriculteurs aussi. Au pays du Québec, on oublie trop souvent que l'argent n'est pas la richesse, même s'il en est le signe. L'argent ne doit pas décider de tout. La propriété de l'entreprise est toujours préférable au statut de locataire.

Il convient aussi de dénoncer l'expédient, l'échappatoire d'une annonce un soir d'élection provinciale... Prendrons-nous pour de l'argent comptant un procédé moins honorable que celui du Comité olympique qui avait remis après l'élection le choix de la ville hôtesse.
________________

1. Jean-Claude Scraire, dans Robert Dutrisac, Le Devoir, 1er décembre 1998, B.2. 2. Le Soleil, 1er décembre 1998, B1.


 

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