| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | L'ABANDON DU MOT HÔPITAL OU LE MASSACRE DE LA LANGUE |
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L'ABANDON DU MOT HôPITAL OU LE MASSACRE DE LA LANGUERobert Auclair La Loi sur les services de santé et les services sociaux qu'a fait adopter le ministère de la Santé et des Services sociaux a entraîné la disparition du mot hôpital pour désigner certains établissements où des humains reçoivent des soins médicaux et chirurgicaux. Ainsi, B Montréal, l'hôpital Notre-Dame, l'hôpital Saint-Luc et l'Hôtel-Dieu ont été fusionnés pour former le CHUM (Centre hospitalier de l'Université de Montréal). Cette opération leur a valu de perdre leur titre d'hôpital pour devenir des campus. Pourtant, l'Office de la langue française a normalisé ce mot le 4 juillet 1987 de la façon suivante : campus Ensemble scolaire constitué d'un vaste terrain, comportant ordinairement des espaces verts, sur lequel sont regroupés les bâtiments d'un établissement d'enseignement collégial ou universitaire, et formant ainsi une unité en soi par rapport au milieu dans lequel il s'insère. Que vient faire le mot campus pour désigner un hôpital en 1998? A-t-on oublié la normalisation faite il y a plus de 10 ans? Sans compter que ce mot est alors utilisé dans un sens qu'aucun dictionnaire ne mentionne. Curieusement, dans cette même ville, les hôpitaux fusionnés pour former le Centre hospitalier de l'Université McGill continuent d'être appelés hospitals. Tel est le cas du Royal Victoria Hospital, du Montreal General Hospital et du Montreal Neurological Hospital. La loi est-elle la même dans la version française et dans la version anglaise? A Québec, l'hôpital Saint-François-d'Assise, l'Hôtel-Dieu et le Centre hospitalier de l'Université Laval, dit le CHUL, sont devenus des pavillons. On parle dorénavant du Pavillon CHUL du CHUQ (Centre hospitalier universitaire de Québec). Il y a donc un CHUL (pavillon) dans le CHUQ (centre hospitalier). Quelle confusion! Pourtant, l'OLF a normalisé ce mot il y a 16 ans, soit le 29 mai 1982, de la façon suivante : pavillon Subdivision d'un établissement (au sens de la Loi sur les services de santé et les services sociaux), située dans l'enceinte générale de celui-ci, auquel elle se rattache administrativement et matériellement. Le Robert donne précisément comme exemple *Pavillons d'un hôpital +. Comment expliquer alors l'appellation pavillon pour désigner l'hôpital Saint-François-d'Assise et le CHUL qui sont situés à plusieurs kilomètres de distance et dans des villes différentes? A Sherbrooke, le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul et l'Hôtel-Dieu ont été regroupés pour former le Centre universitaire de santé de l'Estrie (CUSE). Cette fois, les hôpitaux sont devenus des sites. Ainsi, l'Hôtel-Dieu a perdu son nom et il est devenu le Site Bowen. Pourquoi proscrire le spécifique Hôtel-Dieu, qui a une histoire intimement liée à la communauté sherbrookoise, et le remplacer par Bowen, le nom d'une rue? Quant à l'anglicisme site pour désigner un bâtiment, il est scandaleux. Le choix de ce mot a-t-il été fait par des anglophones? Dans d'autres villes de la province, des hôpitaux sont fusionnés et , chaque fois, ils cessent d'être appelés hôpital pour devenir n'importe quoi. On peut prévoir que les malades ne seront plus hospitalisés, mais plutôt campusés, pavillonnés ou sités. Heureusement, le législateur a fait une exception pour les animaux. Votre chien ou votre chat pourront continuer d'être soignés dans des hôpitaux vétérinaires. Les chanceux! Qu'arrive-t-il du symbole international H? Imagine-t-on un C, un S ou un P? Comment chercher le numéro de téléphone de votre campus, de votre pavillon ou de votre site, alors que c'est déjà une aventure compliquée de trouver hôpital. En fait, les nouveaux centres hospitaliers universitaires ne sont pas une réalité physique. Si une personne vous demande comment aller au CHUQ, au CHçUM ou au CUSE, vous ne pouvez lui répondre. Vous devez d'abord lui demander dans quel pavillon, quel campus ou quel site elle veut aller. En effet, ces centres hospitaliers ne sont pas situés à un endroit quelconque; ils n'ont même pas de centre. Ce sont des trous de beigne; les hôpitaux sont autour. Mieux vaudrait parler de circonférence hospitalière puisqu'on nage dans l'irréel. L'ASULF a protesté, il y a déjà plus de deux ans, contre cette situation ridicule. Elle a porté plainte contre le remplacement du mot hôpital à Sherbrooke par l'appellation site. La Commission de protection de la langue française a répondu qu'il n'y avait pas violation de la Charte parce qu'il s'agissait d'une question concernant la qualité de la langue (réponse difficile à avaler) et elle a suggéré à l'ASULF de s'adresser à l'Office de la langue française, ce qui a été fait. La Commission de terminologie de l'OLF a consulté plusieurs personnes, en particulier des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux, des régies régionales de la Santé et des Services sociaux et de la Commission de toponymie du Québec. Un document contenant les conclusions des membres de cette commission constate * que la contrainte terminologique imposée par le vocabulaire administratif et sa réglementation est le facteur qui a le plus contribué à créer cette situation terminologique confuse + et que cela aura pour effet de sortir le terme hôpital de l'usage, du moins dans le vocabulaire de l'Administration. On y suggère, au besoin, de modifier l'article 438 de la loi, qui est à l'origine de cette confusion et de plusieurs autres appellations douteuses. Quinze mois se sont écoulés et rien n'a changé. Une constatation brutale s'impose : le ministère de la Santé ne * veut rien savoir +. Tant pis pour la langue. On a décidé, pour des motifs difficiles à concevoir, que le mot hôpital ne pouvait cohabiter avec le terme centre hospitalier, même si le mot hospital continue d'être utilisé pour désigner les hôpitaux qui forment le McGill University Health Centre dans une langue non officielle : l'anglais. Curieusement, en France, un centre hospitalier peut être formé de plusieurs hôpitaux. Ainsi, une Québécoise, hospitalisée récemment à l'hôpital André Mignot à Versailles a pu constater, par la papeterie utilisée, que cet hôpital était l'un des établissements hospitaliers faisant partie du Centre hospitalier de Versailles. C'est là une solution pleine de bon sens, mais pas dans notre monde hospitalier au Québec. Haro sur le mot hôpital! On préfère des pavillons, des campus ou des sites ou autre chose. Ce massacre de la langue française n'est pas le fait d'anglophones, mais bien de francophones, bardés de diplômes, dans les secteurs public et parapublic. Tout cela se fait sous l'oeil impuissant des organismes chargés de protéger et de promouvoir la langue française. Le supplice dure depuis plus de deux ans. Les suggestions de la Commission de terminologie de l'OLF n'ont pas été acceptées par le ministère de la Santé. La secrétaire de cette commission a été délestée de ce dossier et des discussions doivent être entreprises entre la présidente de l'OLF et la sous-ministre du ministère de la Santé. C'est revenir à la case départ. Sera-ce pour consacrer l'élimination du mot hôpital ou pour ramener ce mot dans le vocabulaire administratif? Pourtant, la solution pourrait être facile si l'opinion récente de l'OLF est fondée. En effet, le directeur des services linguistiques vient de nous écrire en juillet dernier ce qui suit : De plus, parmi les démarches effectuées par l'Office, il y en a une qui mérite la plus grande attention. Contrairement à ce qu'on peut penser de prime abord, il appert, d'après nos spécialistes, que la loi du MSSS n'empêche pas l'utilisation du terme * hôpital +. Ainsi, les conseils d'administration des établissements de santé (ex. Le Conseil d'administration du CHUM) ont le libre choix des appellations de leur établissement et de leurs installations (des hôpitaux fusionnés). Par conséquent, les conseils d'administration pourraient dénommer leur établissement ou leurs installations par le terme * hôpital + (suivi d'un spécifique). Alors, le mot hôpital, qu'on nous disait interdit depuis deux ans, ne le serait plus si l'OLF, qui doit s'y connaître en matière de langue, a raison. Tant mieux. Vive HôPITAL ! Que faire en attendant? Continuer d'utiliser le mot hôpital. Le bon sens devrait finir par s'imposer. La langue française ne s'en portera que mieux. HôPITAL! HôPITAL! HôPITAL! Association pour le soutien et l'usage de la langue française Le 2 février 1999 |
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