| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | JEUX OLYMPIQUES DE SYDNEY ET SALT LAKE CITY |
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JEUX OLYMPIQUES DE SYDNEY ET SALT LAKE CITY
Institut de France 75015-Paris, le 1er janvier 1999 Monsieur le Directeur, Avec beaucoup de retard et grâce à la vigilance de Québécois qui mont alerté, jai récemment pris connaissance de larticle dans lequel M. Philip Derriman sindigne de voir le Comité dorganisation des jeux olympiques de Sydney préparer des informations en français. Pour expliquer ce quil appelle un « anachronisme », lauteur met en cause lhomme grâce à qui notre époque connaît lolympisme. En ma qualité de président du Cercle Pierre-de-Coubertin, qui défend luvre et la mémoire du personnage que vous citez, jexerce le droit de réponse que mouvre cette attaque ; mon désir est de mieux éclairer vos lecteurs. Votre rédacteur écrit dabord que le français noccupe plus en Australie la place quil avait autrefois. Cest fâcheux pour lui mais encore plus regrettable pour les Australiens qui se coupent ainsi dune des grandes cultures du monde. Pour expliquer cette décadence, lauteur déclare que le français nest plus « une langue adaptée ». Il serait bien en peine de justifier cette formule aventurée. Mais lessentiel est ailleurs. Il cherche une explication dans le fait que Coubertin a « fondé les JO modernes » à une époque où le français « se voulait la langue des échanges diplomatiques » et que « par conséquent, cet idiome se trouve gravé dans les JO comme dans le marbre ». Et il ajoute que, depuis, le français a perdu son importance mais a réussi à conserver sa place dhonneur aux Jeux. à lépoque, le français, non pas « se voulait », mais, effectivement, était, depuis de nombreuses générations (le traité de Rastadt, 1714), la langue diplomatique. Ce nest quen 1919, au Traité de Versailles, qui mit fin à la première guerre mondiale (et prépara maladroitement les conditions de la seconde), quon lui adjoignit langlais en remerciement de la participation de certains anglophones (dont, je noublie pas, des Australiens) à notre victoire sur lAllemagne. Mais, en 1894, la déclaration des Rénovateurs dadopter le français comme première langue officielle avait une autre raison. Certes, les personnages éminents que Coubertin avait réunis autour de lui pour réaliser son idée de ressusciter lOlympisme, Grecs, Anglais, Allemands, Autrichiens, Russes etc., tous gens cultivés, parlaient naturellement français souvent déjà même chez eux, toujours quand ils étaient à Paris, et plus encore quand ils se trouvaient là où se tenaient leurs débats, à lillustre Sorbonne, la prestigieuse université fondée en 1257 (cinq siècles avant que lon découvre lAustralie) -- ; il leur parut tout naturel que la langue du CIO soit celle dans laquelle ils avaient décidé de créer cet organisme. Coubertin avait une vision planétaire des choses et pensait beaucoup aux autres ; cest ainsi quil refusa que les premiers Jeux, ceux de 1896, aient lieu à Paris, comme tous le voulaient, et, par souvenir de lantiquité, exigea quils se tinssent à Athènes ; dans le même esprit, il fit ajouter langlais qui devint donc, aussi,, langue officielle, toutefois au second rang car, pour éviter des discussions, on précisa que, en cas de contestation, cest le français qui ferait autorité. Première langue officielle du CIO, le français est aussi, est dabord, la langue des jeux. Cest pourquoi le règlement prévoit que, si on craint que sur le stade tout le monde ne comprenne pas bien le français, il sera permis de traduire les informations Traduire en quoi ? Dans la deuxième langue, langlais ? Pas du tout ! dans la langue du pays organisateur puisquil sagit de rendre service sur place. Assurément à Sydney, la langue locale est langlais et cest légitimement quon prévoit de répéter en anglais ce qui, réglementairement, doit être dit en français. Cest vrai en Australie, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans quelques autres pays, mais point ailleurs. Cest par une dérive, à laquelle les Francophones nont pas à temps pris garde, que sous la pression des Anglophones, voulant faire croire que leur langue est celle de lunivers, lhabitude vicieuse sest prise dajouter langlais au français où que se passent les JO. Cette erreur, saggravant, aboutit, en février 1984, au scandale de Sarajevo, ville yougoslave où les Jeux dhiver se passèrent entièrement en anglais. De cette époque date le réveil des Francophones. Leur action remit les choses en ordre des le mois daoût suivant (1984) à Los Angeles, où les Jeux dété se passèrent, comme il convient, en français, traduit ensuite par commodité sur place, dans la langue locale, langlais. Vous voyez, Monsieur le Directeur, que le problème nest pas du tout celui quimaginait votre rédacteur. La question nest pas de savoir si le français est la première langue du CIO et la langue des Jeux, cest pour rendre hommage au pays qui a ressuscité lolympisme en 1984. Un hommage parallèle mais différent est rendu au pays qui a créé lolympisme dans lAntiquité : les athlètes hellènes défilent en tête, lhymne grec est joué, le drapeau grec flotte. Personne, fort heureusement, ne discute cette marque de légitime reconnaissance. Son heureux effet est dobliger les journalistes, notamment de télévision, dexpliquer ce qui pourrait sembler des anomalies : puisque les athlètes se présentent dans lordre alphabétique du nom de leur pays, pourquoi un pays dont linitiale est G passe-t-il avant ceux de la lettre A ? Pourquoi cet hymne, ce drapeau ? Grâce à cela, à chaque olympiade, des millions de gens dans le monde, qui nont aucune culture classique, apprennent que lolympisme nest pas une invention américaine du xxe siècle comme ils le pensent spontanément mais a été fondé en 776 avant Jésus-Christ par un peuple qui avait créé une civilisation raffinée dans un petit et remarquable pays méditerranéen. De même le fait quon doive expliquer pourquoi sur le stade inscriptions, annonces, discours sont dabord en français révèle au monde que lolympisme, supprimé en 394 par lempereur romain Théodose 1er, fut, en 1501 ans après, ressuscité par un Français, en France et en français, Pierre de Coubertin. Cet hommage à la Grèce, il serait scandaleux de le supprimer et même de le contester sous prétexte, par exemple, quAthènes nest plus, comme sous Périclès, le centre du monde. Cest une faute semblable que commettent ceux qui, comme la fait votre journal, voudraient supprimer le français. Scandaleux aussi serait, sous prétexte que les athlètes grecs actuels ne sont guère vainqueurs, de faire défiler en tête avec eux léquipe nationale la plus médaillée. Cest ce qui se fait quand la langue locale, fut-ce la seconde langue officielle, passe en tête sous prétexte quelle est très répandue. Vous voyez, Monsieur le Directeur, combien la réalité est loin de ce que vous supposiez. Reste lultime réflexion de votre rédacteur : la présence du français cause des dépenses supplémentaires. Il écrivait cela en novembre dernier. Je pense quil naurait pas osé le faire en décembre : entre temps, on a découvert le scandale financier des Comités organisateurs des Jeux qui ont versé dénormes pots-de-vin aux autorités olympiques pour que leur ville soit choisie ; à côté des centaines de voitures offertes par celui-ci, des millions distribués par celui-là, les quelques messages et inscriptions à faire ne français sont une dépense dérisoire. Dailleurs, rassurez-vous ! Avec une générosité que bien des Français jugent excessive, nos autorités prennent en charge une partie des frais provoqués par la présence de la langue olympique. Votre ingratitude fait regretter que notre gouvernement nait pas plutôt, appuyé par les 45 pays formant la Francophonie, cest-à-dire une grande partie des membres du CIO, rappelé avec la fermeté nécessaire la règle aux autorités olympiques. Cela aurait fait trembler le Comité International, colosse au pied dargile, et nul ne se permettrait de parler comme votre journal la fait. Les comités organisateurs, non plus, ne se permettraient pas de tout préparer, comme en témoignent leurs sites internet, seulement dans leur propre langue et non en français. Cest la très grave faute que commettent actuellement les organisateurs de Sydney et, à leur imitation, ceux de Salt Lake City (Jeux de 2002). En revanche on constate que le site officiel des Jeux de 2004 à Athènes est quadrilingue : dans lordre, tout est en français, langues des JO, en grec, langue du pays organisateur et, pour aider ceux qui ignorent ces langues réglementaires, dans deux autres idiomes lespagnol et, enfin, langlais. Je marrête pour ne pas dépasser la surface que me vaut le droit de réponse. Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées.
Pierre-Louis MALLEN
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