| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | ET LA LANGUE DE TRAVAIL, MONSIEUR LAROSE ? |
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Et la langue de travail, monsieur Larose ? par Charles Castonguay [Texte paru dans l aut journal, numéro 193, octobre 2000,et dans LAction nationale, volume XC, numéro 9, novembre 2000] Les états généraux sur la langue nous renseigneront-ils sur la situation actuelle du français dans le monde du travail ? L équipe de Gérald Larose sera-t-elle en mesure de vraiment faire le point sur les tendances touchant lusage du français comme langue de travail à Montréal au cours des années 1980 et 1990 ? Ce nest pas sûr.Pourtant, à l époque des grandes commissions denquête sur la langue, la Commission BB puis la Commission Gendron, et même Robert Bourassa avec sa loi 22, avaient parfaitement pigé limportance primordiale de la langue de travail aussi bien pour le mieux-être économique des francophones que pour lavenir du français. Maîtres chez nous, Québec français, même combat.On s attaquait alors de front à la vision du monde formulée plus tôt par lord Durham : « Much as they [les Canadiens français] struggle against it, it is obvious that the process of assimilation to English habits is already commencing. The English language is gaining ground, as the language of the rich and of the employers of labour naturally will. » En particulier, il fallait désormais faire jouer au profit du français le puissant effet dentraînement de la langue de travail sur la langue dassimilation des immigrants allophones à Montréal.L ambitieux projet de franciser les milieux de travail a dabord marqué des points au cours des années 1970. Comparés aux informations recueillies en 1971 pour la Commission Gendron, les résultats dune enquête du Conseil de la langue française (CLF) en 1979 montraient des progrès substantiels du français comme langue de travail dans la région métropolitaine de Montréal, tant chez les travailleurs francophones que chez les anglophones et les allophones. Une partie de ce succès initial sexplique par des interventions réelles en milieu de travail, notamment dans les entreprises de 50 employés ou plus. Une partie sexplique aussi par défaut, cest-à-dire par une importante migration danglophones de Montréal vers Toronto et le reste du Canada.
Au travail le français plafonne Le mouvement s est ensuite enlisé au cours des années 1980. Une enquête menée par le CLF en 1989 montrait que depuis celle de 1979, lusage du français navait pas progressé à Montréal parmi les travailleurs francophones. Son usage par les travailleurs anglophones et allophones marquait encore des points durant les années 1980, mais à un degré moindre quau cours des années 1970.On ne peut pas dire que les Québécois ont été adéquatement informés de cet essoufflement de la francisation dans le monde du travail. On se rappellera que la ministre Beaudoin avait créé en 1995 un comité gouvernemental ayant pour but de faire le point sur la situation du français au Québec. L appareil gouvernemental a accouché dun bilan qui situe pour lessentiel entre 1971 et 1989 le progrès du français au travail, et gomme la distinction entre le progrès marqué des années 1970 et le surplace relatif des années 1980.Comment se fait-il que le CLF n a pas cru bon de saisir lopinion publique de cet aspect inquiétant de la situation du français à Montréal ? Pourquoi lappareil gouvernemental a-t-il présenté, en cette matière comme dans lensemble de son bilan, un tableau vaguement rassurant, du genre « le-français-a-fait-du-progrès-mais-il-reste-du-chemin-à-faire » ? Pourquoi le gouvernement et le CLF se sont-ils ensuite lancés tête baissée à la poursuite dun faux-fuyant, leur chimérique indicateur de langue dusage public, au lieu de mettre adéquatement à jour nos connaissances sur la langue de travail à Montréal, notamment sur son évolution durant les années 1990 ? Pourquoi a-t-on laissé filer ainsi le temps ?
Dissimuler l état du français est devenu une condition gagnante !Parce qu il ne fallait pas « réveiller les vieux démons ». Plus précisément, comme le père de la loi 101 lui-même nous la patiemment expliqué à lépoque sur les ondes de Radio-Canada, il ne fallait pas insister pour raffermir davantage la loi 101 car, autrement, les anglophones crieraient au martyre, ce qui ameuterait à son tour lopinion internationale contre le Québec et, finalement, compromettrait la reconnaissance éventuelle dun éventuel petit oui à un éventuel troisième référendum.à force de finasser de la sorte, on finit avec un monde à l envers. Dissimuler létat du français à Montréal fait maintenant partie des conditions gagnantes ! « Maîtres-chez-nous » et « Québec-français » navancent plus du même pas, bras-dessus bras-dessous.Voilà pourquoi un CLF trop à la remorque du gouvernement a concocté un indicateur biaisé de langue d usage public qui a si bien fait paraître la situation du français que The Gazette et Alliance Québec en sont morts de rire. Lavocat Brent Tyler se vante fort de pouvoir maintenant se servir du rapport du CLF sur la langue dusage public pour plaider devant les tribunaux la fin des restrictions touchant laccès à lécole anglaise.Quel manque de jugement ! Quel gâchis ! Le gouvernement Bouchard, la ministre Beaudoin, le CLF, tous censés veiller sur le français au Québec, se sont tiré dans le pied ! Des têtes tomberont-elles ? Que non ! Même qu on reconduit pour un autre mandat de cinq ans la présidente du CLF, qui a linsigne mérite davoir été vice-présidente du PQ.
La fumisterie sur la langue d usage public nous a fait perdre un temps précieuxLa chose est d autant plus difficile à avaler, pour qui a à cur lavenir du français et du Québec, quon peut trouver parmi le fouillis de résultats consignés dans le rapport sur la langue dusage public certaines données qui suggèrent un recul de la position du français dans le monde du travail à Montréal au cours des années 1990. Serait-ce pour cette raison que la ministre a depuis commandé au CLF de se pencher maintenant sur la langue de travail ? Toujours est-il que la fumisterie sur la langue dusage public nous a fait perdre de précieuses années en désinformation et tergiversations de tout genre.Le temps perdu va demeurer tel. Gérald Larose pourra-t-il nous donner l heure juste sur les tendances touchant la situation du français comme langue de travail à Montréal ? Cest à suivre.Quoi qu il en soit, ce sont surtout des francophones qui votent oui. Et lopération langue dusage public na pas empêché les anglophones de grimper dans les rideaux, loin de là ! Ne vaudrait-il pas mieux viser une information transparente et complète sur la situation linguistique ? Cela préparerait un oui plus retentissant et demblée plus convaincant aux yeux des observateurs internationaux.« Maîtres-chez-nous » et « Québec-français » reprendraient alors leur marche, main dans la main. |
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