| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | DU MYTHE DU CHARMANT « COUSIN QUÉBÉCOIS » |
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Texte publié par lhebdo Courrier international du 23 mars 1999 DU MYTHE DU CHARMANT « COUSIN QUéBéCOIS »"Argument" (Sainte-Foy) "Il faut oser se lavouer, la relation que les Québécois entretiennent avec la France est beaucoup plus complexe que les clichés soigneusement entretenus ne le laissent croire", écrit "Argument". Cette nouvelle revue québécoise vient de publier un dossier sur cette épineuse amitié franco-québécoise. A mon retour de France, mon entourage se félicitait de me voir parler québécois sans accent, ou plutôt avec un léger accent français. On était rassuré, parce quon savait que cet accent disparaîtrait rapidement et que je ne commettrais pas ainsi le crime absolu de continuer à parler à la française de nombreuses années après mon retour. Ma résistance à attraper laccent français sexpliquait peut-être par lexpérience pénible de la rencontre de certains compatriotes qui essayaient, tant bien que mal, deffacer toute trace de leur propre accent. Paris, et la grande aventure intellectuelle quelle peut représenter, est "un alcool qui monte à la tête", comme lécrivait André Laurendeau. Pour certains, cet alcool est trop puissant. Sous leffet de livresse, ils veulent faire oublier au plus vite possible leurs origines. Tout aussi pénible et ridicule est, à lautre bout du spectre, celui qui résiste au forcing de la culture française en surenchérissant sur son identité québécoise. Cela donne le Québécois qui aimerait que tous les Français comprennent immédiatement son accent et ses expressions, qui ne fait aucun effort pour se mouler aux manières françaises, et qui se fait une gloire de revendiquer à tort et à travers sa québécitude. Ce dernier, au fond, ne veut littéralement rien savoir. Serait-ce quil soupçonnât vaguement que la fragilité de son identité ne résisterait pas à une affirmation moins fanfaronne ? Cette attitude daffirmation excessive semble dailleurs encouragée discrètement par les Français. Ceux-ci ont en effet tendance à folkloriser les Québécois, à vouloir les faire entrer de force dans leur petite cabane au Canada. Dans une société aussi codée que la France, il est important dassigner au Québécois une place précise et déterminée. Ainsi le Québécois est le cousin à laccent charmant, dont on admire la simplicité et la spontanéité. Il a gardé quelque chose du coureur de bois et du bon sauvage. Il est celui qui affronte courageusement des blizzards terribles et des températures polaires. Il rappelle vaguement aux Français leur puissance passée et leur aventure américaine. Mais en même temps, cette image folklorisante rassure le Français quant à sa propre place. Le cousin canadien ne le menace nullement ; il demeure étranger aux enjeux réels de son monde. Au pire, le Français affichera une attitude à peine déguisée de condescendance et jettera un regard amusé sur lanimal québécois perdu qui gesticule et sépoumone dans le cirque parisien. Encore là, celui qui offre ainsi gratuitement une caricature de lui-même est le dernier à se rendre compte quil est victime de son aveuglement [...] Daniel Tanguay |
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