| Mercredi, 29 novembre 2000 21:46 | CANADA-QUÉBEC : VERS LA SÉPARATION ? |
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QUéBEC : VOYAGE DANS UNE NATION INCERTAINELhebdo Courrier international du 23 mars 1999 publie quelques textes sur le Québec : voyage dans une nation incertaine. Nous reproduisons quelques-uns de ces textes. CANADA-QUéBEC : VERS LA SéPARATION ? Alexandre Adler Avant de se demander si le Québec veut bien continuer à vivre avec et dans le Canada, posons dabord la question de savoir ce que veut le Canada lui-même. Comme dans le cas britannique (Irlande, Ecosse), le séparatisme québécois nest-il pas autant une conséquence quune cause de la réorganisation que connaît cette société ? Le Canada ne tient quà un fil ténu, depuis son apparition à lissue de la guerre dindépendance américaine : ce sera le compromis historique entre les loyalistes des provinces maritimes, issus pour la plupart des Etats-Unis, où ils avaient combattu pour le roi George III, et les catholiques français et peaux-rouges, inquiets de la Révolution à Paris, pour préserver une société pacifiée et lui éviter le melting-pot américain. Ce sera, à la fin de la guerre de Sécession, la reconduite de ce compromis, donnant à chacun lautonomie provinciale et à tous le statut de dominion, qui conférait tous les avantages de lindépendance sans faire perdre un seul atout de lappartenance à lEmpire britannique. Ce sera enfin le chemin de fer transcontinental de la Canadian Pacific, ouvrant un espace homogène et continu de Vancouver à Halifax. Ici, le Québec sera floué : si le Manotiba [Province du centre du Canada] était demeuré francophone par construction et volonté politiques, le Canada serait devenu effectivement biculturel comme le fut lAfrique du Sud blanche après 1906. Au Canada, lassimilation linguistique et culturelle des politiciens québécois des classes dirigeantes au modèle victorien assura leffondrement progressif de la culture française et sa cléricalisation complète. Mais le Canada - véritable plébiscite permanent - en a été durablement atteint. Dès le lendemain de la Première Guerre mondiale, le Canada entre dans lorbite américaine, et les Québécois ne peuvent que rediscuter leur place dans une société dont les syndicats, les universités, les grandes entreprises et, après 1941, larmée sont - explicitement pour les premiers, implicitement pour la dernière - des produits directs de la puissance américaine. Pourtant, un quatrième compromis historique réussit à simposer peu à peu, de la fin des années 50 au début des années 80, grâce à deux hommes, langlophone Lester Pearson, qui combat lhégémonie de Washington, et le francophone Pierre Elliott Trudeau, qui transforme lénergie de la laïque "Révolution tranquille" en reconquête du pouvoir politique et symbolique par un Québec modernisé qui recommence à faire jeu égal avec lOntario. Ce quatrième compromis, après le loyaliste, le "dominion", le ferroviaire, a volé en éclats avec la révolution reaganienne. Une fois queut sauté le verrou de la guerre du Vietnam qui rendait les Etats-Unis répulsifs à tous les jeunes Canadiens, la création dabord dun accord de libre-échange américano-canadien, puis dun marché commun étendu au Mexique, lALENA, mettait fin à lespace canadien proprement dit. Certes, le Canadien demeure cet Américain qui ne porte pas darmes et dispose dune couverture de la Sécurité sociale ; certes, les Haïtiens de Montréal et les Jamaïcains de Toronto connaissent moins de racisme et de discrimination que leurs homologues de Detroit ou de Boston ; certes, laccueil des Chinois de Hong Kong à Vancouver a été exemplaire et le compromis avec les nations indigènes du Grand Nord bien plus généreux que ce que les Etats-Unis ont proposé de leur côté aux tribus indiennes depuis vingt ans. Mais ces forces de résistance dune identité canadienne sont de peu de poids face aux tendances lourdes de la géopolitique et de la géo-économie : la Colombie-Britannique fait mouvement vers le nord-ouest des Etats-Unis, où la mégapole Portland-Seattle-Vancouver est en train de naître ; les Provinces de la Prairie attirent par leur dynamisme des Etats américains du nord du Far-West quelque peu alanguis et Toronto se verrait bien détrôner Detroit, peut-être un jour même Chicago, au sein dune mégarégion des Grands Lacs, transfrontalière. Quant aux Provinces maritimes, elles sont depuis belle lurette le prolongement de la Nouvelle-Angleterre, Halifax une grande banlieue de Boston. La ligne vitale du Canadian Pacific, le long dun grand parallèle, a été trouée de méridiens Nord-Sud portés par le dynamisme des économies. Plus flagrant encore, les partis politiques canadiens se sont cassés sur ce nouvel obstacle. La droite populiste du Reform Party et la gauche sociale-démocrate du Nouveau Parti démocratique (NDP) dominent à lOuest, les vieux partis libéral et conservateur ont survécu à lEst : mais, par un renversement en miroir, les libéraux de lOntario demeurent au centre gauche ; ceux du Québec, attachés avec Robert Bourassa et aujourdhui le Premier ministre fédéral Jean Chrétien, à lunité du Canada, incarnent au contraire un centre droit tellement conservateur que la gauche de la Belle Province, qui vote à Montréal pour le Parti québécois de Lucien Bouchard, ne dédaigne pas de temps à autre daider les conservateurs anglophones à Ottawa par parti pris tactique. Il ny a plus pour linstant de véritables partis nationaux au Canada, même si, à terme, la logique pencherait pour un regroupement des conservateurs ontariens, des libéraux québécois et du Reform Party de lOuest, à droite, et pour une entente des libéraux anglophones, des sociaux-démocrates du NDP et du Parti québécois à gauche. Mais, pour cela, il faudrait un projet canadien pour demain, et Lucien Bouchard et ses amis ont beau jeu de dénoncer son absence. Alors que le Québec assimile ses immigrants francophones, quils soient noirs ou blancs, le Canada anglophone exalte le différentialisme et léconomie de marché sans lEtat. Dans ces conditions, beaucoup jugent à Montréal quun Québec dynamique, égalitaire et fièrement francophone a plus de chances de survie dans le grand ensemble nord-américain quun conglomérat canadien qui ne croit plus trop en lui-même. Ce qui ne veut pas dire que la séparation soit pour demain. CI 437 - 18/03/99 |
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