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Mercredi, 29 novembre 2000 21:46
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BISHOP'S FRANçAIS

Extrait du Franc-Parler, avril 1997

Jacques Poisson

Dans la Tribune du lundi 31 mars 1997, les porte-parole de Bishop’s University se plaignent de la discrimination dont ils sont victimes de la part de Québec. S’agit-il de discrimination positive ou négative?

Imaginons-nous un instant en Ontario dans un monde futuriste et utopique. Le gouvernement décide qu’à Toronto la principale université sera francophone et qu’en plus une deuxième université francophone d’importance y sera installée.

L’équivalent de McGill et de Concordia. Bien plus, dans un élan de générosité incommensurable, le bon Mike Harris décide d’ériger une troisième université francophone, comparable à Bishop’s, cette fois-ci à Windsor près de la frontière Ontario—états-Unis. Cette dernière uni- versité francisante servira essentiellement à accueillir les Ontariens anglophones et les Québécois francophones. Pour célébrer l’événement, Mme Sheila Copps commande immédiatement 100 000 grands drapeaux canadiens et des costumes de parade. Le célèbre sénateur boute-en-train Jacques Hébert ose déranger le Sénat et le convie aux festivités. Pour agrémenter le tout, quelques figures historiques vivantes ont accepté de prendre place dans les chars allégoriques: Pierre Elliott Trudeau, Jean-Louis Roux, Michel Dupuy, Claude Ryan, Diane Marleau et plusieurs autres. C’est la fête quoi!

évidemment, cette absurdité ne risque pas de se produire en Ontario. Inspirée du colonialisme, elle est réservée au Québec. Depuis longtemps, à grands frais, nous la subissons... sans qu’aucun défilé l’ait souligné.

Et Bishop's de se plaindre de « l'illogisme de nos dirigeants» qui ont décidé qu’à la rentrée 1997, les Ontariens fréquentant nos universités québécoises paieraient des frais de scolarité comparables à ce qu’ils paient en Ontario! De plus, Bishop's s’insurge quand le Québec conclut des échanges d’étudiants avec la Belgique, la France et d’autres pays francophones. Un peu surprenant pour une université qui prône « I'ouverture sur le monde » et les «échanges culturels». Quand les porte-parole de Bishop’s nous disent que « I'anglais est LA langue que l’on retrouve partout lorsque l’on sort du Québec» et que « I'anglais est LA langue des affaires », pourraient-ils deviner quelle langue utilisent les Caisses populaires et l’Hydro-Québec, par exemple? Pourraient-ils profiter de leurs nombreux voyages au Mexique pour découvrir quelle langue est la SEULE langue officielle dans ce pays? Le gouvernement mexicain entretient-il une seule université anglophone aux frais des contribuables hispanophones? à tout prendre, l’intégration de Bishop's dans un Québec français est fort bien commencée: plus de 26 % de sa clientèle est francophone. On voit bien que le melting pot social et culturel style USA est une réussite. Sauf qu’aux états-Unis, pays non-colonisé, le creuset fonctionne dans la langue de la majorité.

Bishop’s accuse le gouvernement «d'intimider et de décourager les étudiants qui habitent dans le reste du Canada ». Est-ce que l’on craint que les étudiants canadiens soient intimidés et découragés par notre générosité unique et masochiste ou bien par nos efforts pour atteindre la normalité de tout pays non colonisé? Au lieu de crier à l’injustice, que les défenseurs de Bishop’s s’essaient à faire adopter une portion du système d’ici par l’Ontario; qu’ils se battent pour que les francophones là-bas aient au moins une université francophone et conserve leur seul hôpital. En passant, les Franco-Ontariens aimeraient bien avoir des Royal Vic, des Montreal General, des Montreal Children, des Douglas Memorial, etc., etc.

Les sommes délirantes que le Québec consacre chaque année à gaver les universités anglophones sont en effet une preuve flagrante de l’illogisme ou de l’esprit colonisé de nos dirigeants. Quand cesseront enfin ces détournements de fonds de l’Université de Sherbrooke vers Bishop’s University, de la majorité francophone vers la minorité anglophone?

Au Mouvement estrien pour le français, nous préconisons à nouveau un pacte de réciprocité TOTALE entre le Québec et l’Ontario pour le traitement de leurs minorités francophone et anglophone semblables en nombre. Le jour où il y aura un McGill français à Toronto, nous goberons toutes les jérémiades des étudiants de Bishop’s. En attendant ce jour hypothétique, à l’exemple du bilinguisme à sens unique anglais pratiqué par l’Université d’Ottawa, nous n’aurions aucune objection à ce que Bishop’s emprunte la voie du bilinguisme à sens unique... français il va sans dire. En terminant, est-ce que Bishop’s privilégie un Québec français ou un Québec anglais?

Jacques Poisson


 

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