Suis-je un passeur ou un geôlier linguistique ?

Crédit : Le Devoir

Les enseignants nous parlent : « J’entends de plus en plus souvent cette parlure anglaise d’élèves dans les couloirs de l’école, mais aussi en classe… »

Extrait du résumé du mémoire d’un enseignant présenté à l’occasion de la consultation « Pour une politique de la réussite éducative.  L’éducation, parlons d’avenir » du ministre de l’Éducation et Enseignement supérieur :

Enseigner, durant près d’un quart de siècle, à des milliers d’élèves d’horizons divers, venant culturellement et géographiquement dans tous les azimuts, développe chez l’enseignant(e) de l’école publique, un tant soit peu observateur, une perspective singulière, voire une prospective empirique sur la société.

Comme plusieurs collègues des écoles secondaires et de CÉGEP de Montréal, j’entends de plus en plus souvent cette parlure anglaise d’élèves dans les couloirs de l’école, mais aussi en classe… Au-delà de la parlure anglaise, j’entends, blessé dans mon identité, que je ne suis pas un modèle pour ces élèves. Je suis peut-être le modèle d’une connaissance instrumentale, mais assurément, je ne suis pas ce modèle du passeur de l’héritage des Canadiens français et encore moins de leur langue. Pis, je me vois dans leurs yeux comme le geôlier d’une geôle linguistique. Ces élèves, comme des prisonniers qui purgent leur peine, « qui font du temps » semblent attendre leur libération pour se joindre aux Canadiens anglais et s’inscrire aux cégeps et universités anglophones. Ne serais-je pour eux qu’un geôlier culturel et linguistique? Telle est la question qui me tarabuste depuis des années.

«… la réussite éducative dépasse les murs de l’école et s’adresse à un environnement sociétal composé de multiples acteurs, partenaires et communautés. » (Document de consultation) Cette affirmation interpelle au premier chef notre élite politique, le premier ministre, les ministres, les députés, les maires et conseillers municipaux, les commissaires des commissions scolaires francophones, anglophones et de celles à statut particulier du Québec.

À l’instar des grands chefs d’États qui s’expriment dans leur langue nationale à l’étranger lorsqu’ils participent à des événements publics, Philippe Couillard doit s’exprimer en français lorsqu’il agit au titre de premier ministre du Québec. De même, l’actuel maire de Montréal, M. Denis Coderre, doit insister sur l’importance de la francisation de tous les immigrants qui débarquent en sol québécois. Toutes ces élites sont aussi des modèles pour les Québécois.

C’est à cette condition que nous pourrons atteindre le grand objectif que vous avez fixé aux Québécois, M. le ministre de l’Éducation : «  […] Pour que l’école remplisse pleinement sa mission d’instruire, de socialiser et de qualifier, nous devons responsabiliser et mobiliser les acteurs et les partenaires du système scolaire ainsi que tous ceux et celles qui ont des attentes légitimes envers elle. »

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Intéressés à en savoir plus, nous vous recommandons fortement la lecture de la « version complète du résumé » du mémoire de M. Benoît Bergeron, enseignant.