Les crucifiés de la bonne entente!

Quand le Québec devient l’Ontario

CrucifixDes évêques ontariens redessinent les frontières du Québec.

Le 22 février dernier, Mme Kathleen Wynne, première ministre de l’Ontario, a offert ses excuses aux Franco-Ontariens pour le traitement injuste que leur a fait subir le gouvernement de James Whitney avec le Règlement 17.

Première partie : Côté Ontario

En 1912, le gouvernement de l’Ontario impose le Règlement 17 qui stipule que :

(a) Dès que l’élève entre à l’école, il doit être mis à l’étude et à la pratique de la langue anglaise.

(b) Dès que l’élève a acquis une connaissance suffisante de l’anglais, il doit poursuivre dans cette langue l’étude de l’anglais.

Cette mesure vise à faire de l’anglais la langue d’enseignement dans les écoles élémentaires franco-ontariennes. Le Règlement 17 limite l’enseignement du français aux deux premières années du primaire. Londres juge « constitutionnel » le Règlement 17 et « inconstitutionnels » les mouvements qui s’y opposent. La « Constitution » de 1867 qu’on nous demande de fêter en 2017 était manifestement biaisée contre les francophones.

Mais le gouvernement Whitney frappe un mur. La résistance franco-ontarienne s’organise, son combat va durer 17 ans. Mais l’assimilation aura laissé de multiples cicatrices. Une école clandestine s’ouvre à Pembroke où une centaine d’élèves sont accueillis par Jeanne Lajoie. Cette jeune femme enseigne bénévolement, recevant quelques contributions des parents la plupart pauvres et qui sont quand même tenus de payer la taxe scolaire.

Deuxième partie : Côté Québec

En 1912, c’est Mgr Zéphirin Lorrain qui siège au diocèse de Pembroke. Les problèmes entre francophones et anglophones existent, mais ne sont pas dus à la direction religieuse. Ils sont dus à l’isolement du comté avec le cœur du Québec, à l’influence des députés successifs, tous anglophones en vertu de la Constitution de 1867 et à l’économie parce que les deux groupes sont très pauvres et se disputent les emplois.

Sous Mgr Lorrain, c’est évident, tous les prêtres qui desservent des paroisses bilingues doivent pouvoir prêcher et donner les sacrements dans la langue des fidèles. Pour ce qui est des écoles, c’est une tout autre histoire.

La province de Québec est française, mais la Constitution de 1867 garantit le respect de la langue des minorités des provinces, notamment et surtout dans l’enseignement. Que l’Ontario viole délibérément cette entente avec son règlement 17 est scandaleux pour les Québécois.

Des journaux québécois soutiennent la cause des Franco-Ontariens, dont Le Devoir de Montréal, L’Action sociale et Le Soleil de Québec. Dès 1914, un front commun des évêques et du gouvernement québécois met sur pied la campagne du « sou français » pour soutenir la cause franco-ontarienne devant les tribunaux. Le diocèse de Sherbrooke recueille la plus grande somme pour une quête spéciale pour les frères « blessés de l’Ontario ». Le premier ministre du Québec, Lomer Gouin, demande au premier ministre de l’Ontario de faire preuve de la même générosité envers sa minorité francophone que le Québec accorde à sa minorité anglophone.

Mais en 1914, c’est aussi le début de la guerre et Henri Bourassa, directeur du Devoir, trouve intolérable que le gouvernement canadien demande aux Canadiens français d’aller combattre pour la liberté et la démocratie en Europe alors que les « Boches » de l’Ontario s’attaquent aux droits des Canadiens français en Ontario. Le problème se déplace.

Personne au Québec ne soupçonne ce qui va bientôt se passer ici, dans le Pontiac, avec le décès de Mgr Lorrain et l’arrivée de Mgr Ryan en 1916.

Drapeau ontarienLe rôle des évêques

Au début du XXe siècle, le gouvernement ontarien n’est pas le seul à tenter d’imposer l’anglais dans les écoles franco-ontariennes. En effet, il est appuyé par plusieurs évêques irlandais catholiques.

L’évêque de London, Mgr Michael Francis Fallon, encourage le gouvernement ontarien à éliminer les écoles bilingues sous le prétexte qu’elles donnent de piètres résultats. Dans une union contre nature, évêques catholiques et orangistes font front commun contre les Canadiens français.

Dès 1910, Mgr Fallon se prononce ouvertement contre les écoles bilingues de son diocèse.

En 1911, il ordonne aux Sœurs de Saint-Joseph de Walkerville de cesser d’enseigner le français dans leurs écoles.

En 1912, Mgr Fallon laisse bien savoir au ministre de l’Éducation de l’Ontario, R. A. Pyne, qu’il s’oppose à l’enseignement du français dans les écoles séparées. Son intervention aboutit à la mise en application du Règlement 17 par le gouvernement ontarien.

En 1913, plusieurs prêtres franco-ontariens sont convaincus que les évêques ontariens cherchent à faire disparaître les écoles bilingues et à assimiler les Franco-Ontariens. Ils se regroupent derrière les Canadiens français et organisent la résistance.

En Ontario, le Règlement 17 fut modifié en 1913, puis abandonné dès 1927 à la suite des recommandations du Rapport Merchant-Scott-Côté, lequel révélait que la réussite dans l’apprentissage de l’anglais devait commencer par l’enseignement de la langue maternelle.

Dans le Pontiac, à partir de Mgr Ryan, en 1916, le Règlement 17 fut appliqué plus sévèrement et plus longtemps qu’en Ontario, soit vers 1936.

À quand les excuses et réparations!

Lise Séguin, Mansfield-et-Pontefract (Québec)

6 commentaires

  1. Grâce a ses excuses maintenant ils demanderont au Québec de faire le m^me geste en annulant la loi 101 , vous le voyez pas venir ce bon coup et si nous refusons alors nous seront des racistes .

  2. Bande de racistes. J’ai honte d’être canadien

  3. Troy, il y a une autre différence entre le Québec et l’Ontatirio. Au Québec le français est menacé alors que l’Ontario est menaçant pour le français.

    • M. Synnott,

      À mon avis, une discrimination, c’est une discrimination, c’est une discrimination. Jamais bon, jamais juste.

  4. Retournons-nous au temps de présent :

    En Ontario : aucune restriction au sens d’éducation. Les francophones, anglophones, allophones peuvent envoyer leurs enfants aux écoles anglais ou français comme ils veulent.

    Au Québec : les écoles anglaises ont réservé pour la minorité de la population seulement, un permis spécial est requis.

  5. L’école normale de Fort -Coulonge que j’ai fréquentée a été ouverte en 1956 justement pour aider à la francisation. Le Pontiac était anglicisé et aujourd’hui on en ressent encore les conséquences de cette loi.

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