Avancement du français

Remise du titre « Patriote de l’année »

Crédit photo : France Langlais

Notes de l’allocution de Jean-Paul Perreault, président du mouvement Impératif français, prononcée à la soirée hommage à Gaston Miron à la Boîte à chanson Le Patriote et à la remise du titre « Patriote de l’année » à la SSJB de Montréal les 14 et 16 décembre 2016.

Je veux profiter du titre de Patriote de l’année que l’on me décerne pour rendre hommage au poète Gaston Miron dont le 20e anniversaire du décès était le 14 décembre 2016.

Un des grands combats de Gaston Miron a été celui qu’il a mené pour la langue française au Québec.

Allocution de Jean-Paul Perreault, président du mouvement Impératif français

Crédit photo : Michel Kieffer, Photographe-reporter

Il s’insurge contre l’idée selon laquelle les Québécois ne parlent pas bien et doivent être corrigés. Et il a raison de s’insurger. On cherche à nous faire taire, à nous priver de notre droit ou notre liberté de parole lorsque l’on nous dit que, comme peuple, l’on ne sait pas parler, que l’on parle mal. On cherche ainsi à nous faire taire ! À nous soumettre ! On nous culpabilise pour le simple fait d’exister.

Nous sommes fiers de notre moi collectif, de notre langue aux nombreux accents québécois, de son histoire, de sa géographie, de son origine. Elle est nous, notre identité au sein de la francophonie.

Nous avons, toutefois, un beau défi, celui d’en reprendre possession en extirpant les anglicismes qui nous rappellent notre statut de peuple occupé. Il faut l’aimer, la reconquérir, la refranciser…

Miron nous dirait que le Québec participe à la démocratie culturelle mondiale par ses créations culturelles, ses artistes, ses écrivains, son cinéma, ses universités, ses collèges, ses centres de recherche, ses entreprises, son savoir-faire… Le Québec est une des nations les plus évoluées de ce monde. Il sert de modèle. Par son existence, sa vision, sa différence, la création, l’innovation, le rayonnement, la multiplication, l’avancement, la diffusion, l’exportation, il s’oppose à la vision et à la pensée uniques et aux nombreux mythes ou fausses vérités que l’anglosphère cherche à imposer à la diversité planétaire, malheureusement avec un certain succès.

Des exemples ? Pensez aux « Press Nine » des établissements publics et privés du Québec; au français « second language » ou « deuxième langue »; à « l’anglais langue universelle » (qui s’exprime aussi de diverses façons : « l’anglais, langue des affaires », « langue des publications »), etc. Peut-il y avoir plus prédateur pour la richesse de la diversité culturelle mondiale que ce dernier concept, « l’anglais langue universelle  », qui rend toutes les autres langues et cultures «  secondes  » ou «  deuxièmes » ? C’est laid ! Qui veut plus d’américanisation à la lumière de la dernière campagne électorale étatsunienne ! Il ne faut pas se « Trump… er »!

Cette occupation des cerveaux conduit, même au Québec, journalistes, professeurs, parents, artistes, élus, fonctionnaires à utiliser, à répéter et parfois même à justifier ces concepts destructeurs d’effacement. Plus c’est sournois, plus c’est efficace, car moins on s’en défend.

L’avancement de la diversité et de la démocratie culturelles est nécessaire pour faire reculer la vision, la pensée, la culture et la langue uniques. Pour ce faire, il faut que la diversité mondiale, le Québec et la francophonie innovent, créent, publient, diffusent, exportent…

Et c’est ce que le mouvement Impératif français vous invite à faire.

Gaston Miron ajoutait qu’il faut aussi changer le contexte où encore aujourd’hui trop de patrons parlent en anglais et les employés francophones, en anglais avec eux ou, pire, entre eux. Autrement dit, selon Miron, on ne réglera pas la question linguistique si on ne règle pas la question de dominance économique et politique et le rapport de force entre les langues. Il aurait aussi pu ajouter : « On ne réglera pas le problème si le Canada, par ses pratiques suprémacistes, continue à angliciser le Québec en lui imposant l’anglais et en subventionnant les organismes dont la mission est d’angliciser le Québec. Il suffit de penser, par exemple, au Quebec Community Group Networks et à ses membres, aux universités anglophones du Québec qui reçoivent quelque 25 %, et plus, des fonds publics québécois et quelque 35 % de l’aide du gouvernement fédéral, alors que la population anglo-québécoise ne représente que 7,8 % de la population québécoise. Ceci revient à dire que les universités québécoises francophones ne reçoivent pas leur juste part.

Ce contexte québécois a, selon Miron, un effet subliminal et psychologique, parce que pour occuper un poste important, il faut se défranciser, s’angliciser, parler anglais. Entre les lignes, on comprend qu’être un Québécois francophone est perçu comme un handicap. Il se crée une mentalité d’infériorisation, et même une pression pour trafiquer son identité. Les Robert deviennent Bob, les Bernard des Bernie, les Pierre des Pete… C’est ultra laid et d’archi-mauvais goût!

Pour Miron, c’est cela qu’il faut changer. Pour Miron, le Québec est français et pour ce faire, tout le monde doit parler et travailler en français au Québec. C’est la langue commune d’usage public et de la diversité, la langue du rapprochement et de la cohésion sociale, la langue de l’inclusion. Au Québec, tout ce qui est en français s’adresse à tout le monde. Inutile et insultant donc de tout répéter en anglais ce qui devrait être compris en français, de discriminer en exigeant la connaissance de l’anglais pour travailler au Québec! Il ne peut y avoir d’excuses pour ne pas connaître et pour ne pas parler français au Québec puisque des cours de français, il s’en donne !

Je terminerai par une citation de Miron : « Je sais que la poésie parle la même langue dans toutes les langues. Je sais qu’elle est une autre langue dans la même langue. Je sais que la poésie n’a qu’une seule patrie, la langue, mais ma langue, elle, ma langue à moi, ma langue à nous, a une patrie : le Québec. »