Le plus grand!

« On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme. »

Jacques Parizeau

Il était plus qu’un être ordinaire parmi les siens. Il résumait, à lui seul, le tracé d’une nouvelle route proposée; il était le soc du présent bien mesuré; il avait le regard perçant, tourné et tendu vers le champ de la liberté.

Un mot résume son exceptionnelle vie politique jamais égalée: conviction. Il était toujours devant nous, affirmant ce qu’il croyait, ne cachant jamais ce en quoi il croyait. Il incarnait le bien-fondé de ce qu’il voulait faire et dévoilait, sans cachoterie, l’horizon ses espoirs.

Il soutenait par ses paroles et ses actes, par ses écrits et ses gestes, la passion qui l’habitait, le faisait vivre, le faisait prophétiser que quelque chose de neuf était possible, que quelque chose d’inédit allait paraître dans le ciel de son pays rêvé.

Il n’a jamais dévié. Il n’a jamais abandonné. Il n’a jamais joué dans le spectacle de la demi-mesure, les «peut-être bien» et les «on verra bien».

Il a quitté momentanément «le beau risque» pour revenir avec un courage à imiter, une fermeté à ensemencer dans le cœur des timorés.

Il portait la fierté d’un peuple. Il la portait noblement, dignement, sans ostentation, sans détours, avec les bagages accumulés des déceptions. Il croyait à une carte  politique à redessiner.

Il faut un siècle, et parfois encore plus, pour que se dresse un tel géant dans la vie politique d’un peuple. Le grand est parti. Il laisse un grand vide. Un trou dans le paysage, un point d’interrogation dans nos réflexions. Il est parti doucement, aux abords de la nuit. Il faut espérer, qu’un bon matin, un soleil semblable vienne réveiller notre société délabrée, décontenancée, à l’idéal brisé.

Un nouveau jour va-t-il se lever? La jeunesse semble avoir oublié le géant qui vient de s’éclipser. Il y a quelque part, dans la lointaine Europe, un de ses semblables qui pourrait prendre la pointure de ses souliers fatigués. Il a le bagage pour reprendre les traces des pas laissés, porter le flambeau jusqu’à la ligne d’arrivée. Il ne lui reste qu’à prendre la décision de les emprunter.

Nestor Turcotte Matane